L’OMS, l’industrie pharmaceutique et l’Afrique


En 2002, le marché pharmaceutique du Cameroun, Gabon, Sénégal, Burkina Faso, Togo, Bénin et de la Côte d’Ivoire génèrait environ $300 millions de chiffre d’affaire. Les laboratoires pharmaceutiques leaders sur le marché de l’Afrique francophone avec plus de 60% du chiffre d’affaire généré au début de la dernière décennie étaient Aventis-Pharma, BMS-UPSA et Sanofi-Synthélabo. En 2005, lorsque les entreprises Sanofi et Aventis ont fusionné et sont devenues Sanofi-Aventis, le chiffre d’affaire de la nouvelle entité sur le marché africain a explosé, atteignant jusqu’à 10% en augmentation chaque année. Malgré les turbulences économiques actuelles, ces résultats financiers restent robustes aujourd’hui.

Toutefois, il faut préciser que l’industrie pharmaceutique n’a pas de grandes ambitions pour la région de l’Afrique (Zone hors Afrique du Sud et Maghreb). Mais à l’heure de la mondialisation et de l’émergence des pays autrefois considérés économiquement inoffensifs, la présence sur ce marché à rendement modeste reste un outil efficace de préemption pour les conseils d’administration et les actionnaires des entreprises pharmaceutiques occidentales.

En 1991, l’industrie pharmaceutique effectuait globalement un chiffre d’affaire d’environ $195 Milliards. Dix ans plus tard, soit en 2001, celui-ci était évalué à $406 Milliards. Les experts de ce secteur prévoient en 2011 un butin d’environ $1000Milliards de chiffre d’affaire. Celui-ci réparti selon le schéma suivant: 40% en Amérique du Nord (malgré la réforme de santé de l’administration Obama prévue en 2010); 30% en Europe; 10% au Japon; 8% en Amérique Latine et 12% dans le groupe Afrique, Asie et Moyen-Orient. A l’intérieur du groupe Afrique Asie et Moyen-Orient se trouve bien évidemment le sous-groupe Afrique francophone qui dépend, plus ou moins, du bureau régional de l’organisation Mondiale de la Santé (OMS) basé à Brazzaville (Congo). Selon, les données rendues publiques par l’industrie pharmaceutique dans cette sous-région et contrairement à la liste des priorités établie par l’OMS (VIH-SIDA; Tuberculose et autres infections respiratoires; Malaria/Paludisme et différentes diarrhées), arrivent en tête des ventes: Un antibiotique, deux anti-paludéens, et un antalgique. Sur cette liste de best-sellers, aucune trace d’un traitement du VIH-Sida. La raison est simple et limpide: Regardez.

Dans les quartiers généraux de l’industrie pharmaceutique basés à Paris, Londres, Bâle, New York et Tokyo, le marché du médicament africain ne pèse pas beaucoup sur la balance des intérêts des actionnaires, des grands laboratoires et des propriétaires de brevets pour des raisons de rendement. Le lobby de l’industrie pharmaceutique mondiale fonctionnant selon le schéma d’un Cartel, verrouille l’accès de celui-ci à toute concurrence éventuelle. De fait, profitant de cette situation, les compagnies pharmaceutiques usent et abusent de leur position et de leurs nombreux réseaux d’influence. Cette situation amène à se demander comment une industrie qui considère le médicament comme une marchandise banale parvient à empêcher les lois du marché à s’appliquer correctement.

Trève de naïveté. Dans la course frénétique vers le profit, la logique voudrait que l’existence d’un régulateur dans ce type d’activité s’impose. C’est là que l’existence même de l’OMS est remise en question.  Etant donné l’absence de compassion des laboratoires du Nord envers leurs clients et particulièrement ceux du Sud – une situation qui est par ailleurs rendue difficile par l’inexistence d’une institution supranationale et régulatrice des produits de la santé – la question qui s’impose est de savoir pourquoi les laboratoires déjà présents – et qui répondent aux normes internationales – dans la sous-région francophone africaine ne sont pas actifs dans la production des médicaments qui affectent directement la santé des populations de cette région. S’il se trouve que certains laboratoires, déjà en place en Afrique, appartiennent au cartel pharmaceutique du Nord, pourquoi la ”communauté internationale” si prompte à condamner le système corrompu mis en place en Afrique ne prend pas l’initiative d’encourager des Africains visionnaires, volontaires et ambitieux à mettre sur pied de telles infrastructures. L’octroi de crédits d’investissement par le biais de la Banque Mondiale, de la Banque Européenne d’investissement, ou par la Banque Africaine de Developpement serait un coup de main appréciable à l’attention des titulaires de business plans prêts pour cette bataille de la santé. Car, seule la concurrence peut rendre les produits de ce marché efficaces et abordables.

Ces différentes interrogations amènent la question suivante: Quel rôle joue l’OMS en Afrique?

Remettre en question l’existence de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) peut provoquer plusieurs types de réactions. Les unes plus édifiantes que les autres. Pourtant à la lumière des derniers évènements qui ont eu lieu à travers le monde, et dans lesquels l’OMS n’a pas hésité à prendre position, voici qu’en tant qu’un organisme des Nations Unies chargé des questions de la Santé de l’Humanité, elle se retrouve au centre de la plus grande enquête jamais initée par le Conseil de l’Europe.

En effet, l’OMS est mise en examen pour ses liens avec l’industrie pharmaceutique. Cette enquête intervient alors que la dernière pandémie à la mode (la grippe H1N1) touche à sa fin. Le conseil de l’Europe veut connaître toute la vérité sur l’influence qu’aurait exercée l’industrie pharmaceutique sur l’OMS. Car, grâce aux vaccins que les laboratoires ont écoulé avec le concours de l’OMS, l’industrie pharmaceutique prévoit d’engranger $10Milliards de bénéfices supplémentaires, selon une étude publiée par la banque JP Morgan.

Les pays developpés, globalement frappés par une crise de croissance économique, sont devenus plus stricts dans leurs dépenses. Aujourd’hui, les pays comme l’Allemagne, La France, La Suisse, la Hollande, l’Espagne et les Etats-Unis se retrouvent avec des réserves de millions de doses de vaccins contre la grippe H1N1. En suisse par exemple, malgré le matraquage médiatique, les appels de l’office fédéral de santé (OFSP) et les messages de la directrice générale de l’OMS basée à Genève, et contrairement à l’Etat fédéral, peu de personnes ont répondu à l’appel à la vaccination. Résultat: Comme la Suisse, tous ces pays tentent aujourd’hui de revendre les surplus de vaccins et résilier les contrats passés avec les laboratoires pharmaceutiques.

Les suspicions de collusion entre l’OMS – qui a décrété la pandémie  et élevé au plus haut niveau le degré d’alerte – et les laboratoires pharmaceutiques se répandent. Le conseil de l’Europe va entièrement consacrer sa session plénière du 18 janvier 2010 à ”l’influence de l’industrie pharmaceutique au sein de l’OMS”.

En France Sanofi Pasteur, Novartis, GlaxoSmithKline et Baxter seront audités par le sénat le 20 Janvier 2010. La Douma (le parlement Russe) prévoit d’ouvrir une enquête ”pour corruption”. Et si le délit est avéré, la Russie se retirerait de l’OMS.

Et face à cette levée de boucliers, Margaret Chan, la directrice générale de l’OMS, vient de promettre un processus d’évaluation de la gestion de la pandémie H1N1. Ce processus débutera à Genève demain le 18 janvier 2010.

Question: Que doit faire l’Afrique face aux industries pharmaceutiques et face à l’OMS?



Categories: Economy, OPINION, Subjects in French

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