L’Europe, la crise et la mésaventure grècque


”Ce n’est pas uniquement une dette accumulée par la crise. C’est une dette accumulée par la politique menée par la Grèce depuis très longtemps. La situation aujourd’hui n’est que la cristallisation en quelque sorte des problèmes anciens”, a récemment déclaré le directeur du FMI, M. Strauss-Kahn, interrogé sur la colossale dette d’Athènes. 

Oui, vous l’avez compris, la Grèce ne va pas bien en ce moment, mais elle n’est pas mourante non plus. Certains citoyens Grecs sont même très optimistes et estiment que l’on peut faire dire aux chiffres ce qu’on veut, tout n’étant qu’une question de point de vue.  Mais à titre de comparaison, la dette publique de la Grèce a atteint 113% du PIB contre 77,9 % en France en 2009 et le déficit public s’est envolé à 12,7% du PIB contre 7,9 % en France. La France, comme plusieurs autres membres de la zone €uro, aussi se place donc très loin des limites fixées par les traités européens qui, rappelons-le, précisent que la dette publique ne doit pas excéder 60% et que le déficit public doit être inférieur à 3% du PIB.

État de la dette publique dans les principaux pays de la zone euro en % du Produit Intérieur Brut 

 Pays/Années 2007 2008 2009* 2010** Accroissement depuis 2007
Autriche 59,4% 62,5% 70,4% 75,2% 26,6%
Belgique 84% 89,6% 95,7% 100,9% 20,1%
Finlande 33,4% 39,7% 45,7% 36,8%
France 63,8% 68% 75,2% 81,5% 27,7%
Allemagne 65,1% 65,9% 73,4% 78,7% 20,9%
Grèce 94,8% 97,6% 103,4% 115% 21,3%
Irlande 25% 43,2% 61,2% 79,7% 218,8%
Italie 103,5% 105,8% 113% 116% 12,2%
Pays-Bas 45,6% 58,2% 57% 63,1% 38,4%
Portugal 63,5% 66,4% 75,4% 81,5% 28,3%
Espagne 36,2% 39,5% 50,8% 62,3% 72,1%
Zone euro 66% 69,3% 77,7 83,6% 26,0%

Source :  Eurostat.  Légende: *estimation ; ** prévision. NB : Dans le cas de la Finlande, le taux d’accroissement est calculé sur 2008

Accusés de la plupart des maux économiques actuels de la Grèce et de l’Euro, les hedge funds sont actuellement dans le viseur des gouvernements et notamment en Europe. Une accusation sans fondement pour Eric Debonnet, le directeur de recherche et gestion des risques chez HDF Finance, spécialiste des fonds de fonds dans la gestion alternative.

Comme E. Debonnet, certains observateurs estiment que depuis 2001, les instances suprêmes de l’Union Européenne, et parmi lesquelles la commission européenne, ne pouvaient ignorer le manque de fiabilité des comptes présentés par les différents gouvernements grecs. Et par conséquent, recevoir des leçons aujourd’hui d’Eurostat, de la banque centrale européenne ou même des agences de notation n’est qu’une abérration. Selon l’agence Bloomberg, Eurostat – l’institut des statistiques de l’union –  était parfaitement au courant de la situation grecque. Et c’est au nom des règles comptables que cet institut a toujours écarté les encours des dettes publiques et, récemment, les milliards d’€uros donnés aux banques sans contrepartie dans le cadre des plans de sauvetage suite à la crise financière de 2008.

Dans le cas précis de la Grèce, l’on constate qu’il s’agit bel et bien d’un Etat gangréné par la corruption. Il semble établi aujourd’hui que la banque américaine Goldman Sachs, par des swaps de devises (montages financiers complexes) et des produits dérivés, avait permis au gouvernement grec de réduire de manière fictive sa dette publique de plus de 2 milliards d’euros au moyen d’un prêt invisible. Il est à souligner qu’à l’époque, cela avait permis à la Grèce d’entrer dans la zone euro sans coup férir. De plus, il est établi que les gouvernements successifs depuis 2001 ont fermé les yeux sur cette minoration de la dette publique et s’en sont donc accomodés.

Pourtant, la Grèce n’est pas le seul pays européen de la zone €uro à avoir fait usage de ces manigances hypocrites. En effet, il est su de tous que depuis 1996, l’Italie a aussi eu recours à des swaps de devises avec la banque américaine J.P. Morgan afin de réduire artificiellement son déficit public. En 2000, la France avait contracté des emprunts et inscrit le remboursement des intérêts de ceux-ci à la fin d’une période de 14 ans. Même l’Allemagne, réputée conservatrice dans la gestion de ses finances, effectuerait régulièrement des emprunts à des taux inimaginables uniquement pour éviter que l’endettement n’apparaisse dans les livres de ses comptes publics. 

Sur les 180 pays présents dans le classement de Transparency International (une ONG de lutte contre la corruption), la Grèce arrive à la 71ème place parmi les plus corrompus. Cet élément de la vie courante en Grèce n’est pas une nouveauté et n’a pas été engendré du jour au lendemain. C’est précisément cette réalité qui est à l’origine de la crise des finances dans l’archipel hellénique. Et les effets sur sa réputation internationale finissent par avoir des effets néfastes sur les conditions de vie des jeunes générations. Aujourd’hui, les jeunes Grecs sont obligés d’opérer des choix cornéliens afin de vivre, de rêver et d’espérer des lendemains meilleurs.

Alors, que doit-on penser de cette situation financière tendue au moment où l’urgence est surtout à la mise en confiance des créanciers de la Grèce?  Cette question se justifie dans le fait que dans tous les pays européens, le même message revient de manière récurrente ces derniers temps et semble suggérer la mise en place des mesures d’austérité. Va-t-on assister à une période de vaches maigres dans la zone €uro au Portugal où le gouvernement s’est lancé dans un vaste programme de privatisation des services publics ; en Espagne, où le pays est empêtré dans la crise immobilière et qui connaît un taux de chômage autour de 20% ; en Irlande dont le déficit budgétaire est voisin de celui de la Grèce ; en Italie qui détient le  record de l’UE avec une dette publique à 127% de son PIB ; ou encore au Royaume-Uni dont le déficit dépasse désormais les 14,5%, etc… 

Par ailleurs, il se pose une autre question. Il s’agit de l’argent public, obtenu à des taux très faible par les grandes banques privées auprès de la Banque centrale européenne et des différents gouvernements européens pendant la crise financière mondiale de 2008. Quelle est la destination finale de ces fonds? Finiront-ils leur course auprès des ménages ou dans la trésorerie des petites et moyennes entreprises en difficulté? Ou alors, seront-ils distraits vers la spéculation des marchés et la rémunération par bonus interposés des grands patrons et des traders?  Une chose reste certaine: Les encours de crédit, qui ont massivement diminué en 2009 partout en Europe, laissent entrevoir la suite des évènements si les gouvernements ne prennent pas le taureau par les cornes, notamment dans le domaine de la régulation du secteur financier international à travers le G20. Car l’argent gracieusement reçu des différents gournements, loin de faire l’objet d’une gestion désormais plus disciplinée, risque de retourner à coup sûr vers les terrains favoris de la spéculation, de l’endettement public des nations et des rémunérations scandaleuses dont seuls ces financiers ont le secret. S’il cela n’était encore suffisamment clair, l’Europe, comme d’autres ensembles économiques, doit imaginer de nouvelles règles et les faire appliquer par sa place financière et ce n’est qu’ainsi que le reste du monde pourra enfin espérer avoir la preuve que le système financier actuel peut encore servir la majorité et non une toute petite minorité comme cela était le cas jusqu’en 2008.

Aujourd’hui, la Grèce ; demain, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande. Après-demain, la Belgique, la France… La mésaventure grècque a fini par compliquer la tâche à l’Allemagne et à la France [considérées à juste titre comme les leaders de cette zone économique]. De fait, cette zone €uro se trouve complètement éclatée. Elle révèle son véritable visage et le désarroi de ses dirigeants. Au départ conçu pour protéger ses membres, cet espace économique se révèle au grand jour comme étant un système construit pour les économies les plus compétitives (charges sociales réduites au strict minimum) sur le dos des plus ”sociales”. Une véritable leçon de capitalisme qui ne manque pas de provoquer d’autres interrogations.



Categories: Economy, Subjects in French

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