L’état des lieux de la place financière suisse après la crise de 2008


Le premier élément qui attire l’attention dans ce nouvel environnement de l’après-crise est que plusieurs choses ne se passeront plus comme avant. Ni en Suisse, ni ailleurs. Du moins, c’est la garantie que se sont empressés de formuler les leaders et capitaines de l’industrie de la finance internationale aux lendemains de la déculottée de 2008. La redéfinition des modèles d’affaires, le changement des rapports de force sur le marché et la renégociation des règles à travers une lutte sans pitié ont fait de ces deux dernières années une période d’adaptation difficile pour les différents compétiteurs actifs dans le secteur financier en Suisse et dans les principales places financières concurrentes de l’hémisphère nord. Cette redéfinition des règles du jeu financier mondial, bien qu’elle soit différemment perçue de part et d’autre de l’océan atlantique, se justifie par l’apport massif des contribuables-citoyens qui ont été appelés à la rescousse du navire financier à la dérive et voué à un nauffrage certain; n’eût été l’effort consenti par les Etats sous la forme de la recapitalisation des banques ainsi mises en danger.

Aides financières étatiques pour le secteur financier en % du PIB 2008

Suisse 8%
Moyenne des Pays Industrialisés* 36%
France 19%
Allemagne 22%
Japon 22%
Etats-Unis 81%
Grande Bretagne 82%

*Source: Document FMI du 09 Juin 2009 : 11 pays d’Europe (l’Irlande et l’Italie étant les valeurs extrêmes), les Etats-Unis et le Japon ; tous les chiffres sont arrondis.

En Suisse et de l’avis même des banquiers, la gestion de la crise a globalement été jugée bonne, rapide et déterminée. De plus, aucune banque n’y a fait faillite. Comparativement aux autres pays, l’on peut dire qu’il s’agit là d’un résultat ”remarquable”.

Selon Hans-Ulrich Doerig, dans une tribune parue dans le Neue Zürcher Zeitung du 11 septembre 2009, sans les grandes banques spécialisées dans la clientèle entreprises et l’investissement, les exportations suisses et l’attractivité du pays pour les entreprises internationales auraient énormément souffert de la crise. Il poursuit d’ailleurs en disant que le fait qu’au cours de ces dernières années, les grandes banques suisses aient joué dans le monde un rôle de pionnier avec leur modèle de banque universelle apparaît aujourd’hui comme un atout d’une importance stratégique capitale: Ce modèle, selon le président du conseil d’administration du Credit Suisse Group, combine les trois secteurs Investment Banking, Private Banking et Asset Management. Ce modèle est envié par la consurrence et copié, autant que possible, à l’étranger et par conséquent, il doit être préservé.

Pourtant et contrairement à cette habile professîon de foi de Monsieur Doerig, il se trouve qu’en suisse il existe un influent groupe de réflexion dénommé ”Avenir Suisse” qui dénonce l’inaction des pouvoirs politiques face aux deux principales banques suisses que sont UBS et Credit Suisse, qui continuent de fonctionner comme «des banques d’Etat». Et sur ce sujet précisément, même le principal parti politique de droite qui concentre près de 30% de l’électorat helvétique (UDC) était déjà monté au créneau pour tirer la sonnette d’alarme et essayer de raisonner le gouvernement fédéral face à ce que Boris Zürcher, chef économiste, qualifie de ”situation intolérable”.

”Avenir Suisse” stigmatise la persistance du statut de ”too big to fail” accordé de facto aux deux grandes banques suisses après la crise de 2008. Et pour faire savoir aux milieux économiques que la situation est sous contrôle, le gouvernement fédéral a assuré qu’il devrait annoncer des décisions sur le sujet avant la pause estivale des Chambres fédérales.

La présence de banques trop grosses pour faire faillite tend à développer des effets néfastes sur certains marchés. Aux Etats-Unis, par exemple, une douzaine de sociétés financières appartiennent à cette catégorie avec des dépôts excédant les 100 milliards de dollars. Et, malgré les rappels à l’ordre du Président Obama, elles ne manquent pas d’exploiter leur statut privilégié en invoquant la sécurité accrue qu’elles offrent, mettant ainsi en danger l’équilibre nécessaire à la viabilité des marchés. Il faut, toutefois, noter que malgré ce soutien ”assuré” des pouvoirs publics en cas de crise, la nouvelle pression internationale exercée sur les grandes banques développe aussi des effets positifs dans les grandes banques. Les analystes observent désormais son influence dans la gestion de la clientèle offshore, par exemple. Une nouveauté qui permet quelques espoirs de transparence sur ce front financier. 



Categories: Economy, Subjects in French

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