Cinquantenaire des indépendances africaines: Que célèbre-t-on au juste?


Cela ne vous a certainement pas échappé, l’année 2010 va être particulièrement festive en Afrique. En dehors du football mondial, qui se donne rendez-vous cet été au pays de Nelson Mandela, auront également lieu, dans 14 anciennes colonies françaises, des manifestations qui vont marquer le souvenir du départ de l’administration coloniale et le transfert de la souveraineté aux nations africaines devenues politiquement indépendantes en 1960. La France, à ce titre, compte bien faire partie de la fête.

En effet, l’histoire qui lie cette vieille nation européenne à une quinzaine de pays africains est non seulement ancienne mais volontairement ambiguë. Ici, nous n’allons pas refaire la conférence de Berlin de 1884-1885. Nous n’allons reécrire ni la première guerre, ni la seconde guerre mondiale. Nous n’essaierons pas, non plus, d’analyser les conséquences énormes que ces deux déflagrations ont eu sur le destin de la France et ses adversaires en Afrique. L’occasion ne nous y invite pas. Simplement, nous allons nous interroger sur les véritables motifs et l’intérêt qu’une ancienne nation colonisatrice aussi connue sous l’expression ”Nation des Droits de l’Homme” trouverait pour justifier de ”fêter” aux côtés des peuples anciennement soumis à sa seule volonté dominatrice et ”civilisatrice” le cinquantenaire d’une indépendance avariée.

 

En dehors des festivités multiples qui vont sembler légitimes en pareilles circonstances, il est urgent de ne pas oublier que cet enthousiasme manifeste des anciennes métropoles, [la France n’a pas été la seule nation européenne colonisatrice en Afrique] dans l’organisation ou la participation à cette célébration des cinquante années d’une indépendance tronquée en Afrique, n’est que la caractéristique même de la vision néo-coloniale que l’Europe d’aujourd’hui a de l’Afrique, malgré le nombre d’années qui séparent 2010 de 1960. En France comme en Belgique (ancienne métropole du Congo du Roi Léopold II), les responsables politiques et les grands médias se préparent. L’on va faire la fête en ” famille”. La vision raciste de l’Afrique effrontément soutenue par Nicolas Sarkozy à Dakar en juillet 2007 ne sera clairement pas à l’ordre du jour.  L’objectif, certainement, sera de ”souligner et de confirmer l’évolution des relations entre la France et l’Afrique subsaharienne qui doivent rester privilégiées tout en étant renouvelées, équilibrées et transparentes”. Bref, l’anniversaire sera très beau.

Au-delà du caractère unique du cinquantenaire des indépendances africaines, s’affirme pourtant un voeu: Les populations africaines souhaitent rappeler à l’intention des heureux festoyeurs que la pauvreté frappe toujours aussi durement les ménages, depuis les villes jusque dans les villages. La souveraineté alimentaire demeure un leurre. Le phénomène de la vie chère, lié à la flambée des prix des denrées alimentaires au niveau international, a conduit à des émeutes et à des massacres dans la plupart des pays africains. Ce phénomène continue de se développer aujourd’hui face à la réponse inadaptée des autorités africaines. La production agricole qui est tournée vers l’extérieur ne favorise pas l’économie locale. Bien au contraire. Le manque d’industries de transformation est tel que les matières premières prennent tous les jours les chemins de l’Occident et de la Chine. Transformées en biens de consommation, ces matières reviennent sous forme de produits finis, chèrement vendus aux Africains. Les échanges commerciaux, de ce point de vue, se font clairement en défaveur de ces pays économiquement fragiles. Les bénéfices accumulés par les pays industrialisés reviennent sous forme de dette, ou d’aide au développement. Ces aides internationales, en espèces ou en nature, sont devenues incontournables au point où dans l’élaboration des budgets nationaux, il faut compter désormais sur l’apport de “pays amis”. Et lorsque ces derniers sont frappés par une crise, comme ce fut le cas en septembre 2008, le désarroi s’empare des gouvernements africains qui craignent de ne plus bénéficier de la manne financière étrangère.

Il faut donc se rendre compte que les 50 ans d’indépendance de l’Afrique, jusqu’ici, ont surtout été synonymes de pauvreté chez les jeunes hommes et femmes qui tentent de rejoindre l’Europe au péril de leurs vies, en bravant des zones de conflits, la mer et des lois inhumaines, à la recherche du mieux vivre. 50 ans d’indépendance, c’est aussi un taux de scolarisation faible, un programme scolaire dont les grandes lignes sont tracées depuis l’extérieur. 50 ans d’indépendance, c’est surtout l’histoire d’une monnaie créée pendant l’époque coloniale (Franc CFA). Une monnaie utilisée dans 14 Etats africains et qui est gérée par le trésor français et est rattachée à un taux fixe (!) à l’€uro. 50 ans d’indépendance, ce sont enfin des dirigeants politiques – dont on se demande s’ils sont là pour appliquer des programmes de développement ou de sous développement – qui jouent avec les règles de la politique. Ces politiciens travestissent la loi fondamentale pour mourir au pouvoir ou – comme c’est la tendance en ce moment – le transmettent à leurs héritiers.

 

50 ans, c’est pourtant l’âge adulte, c’est même la porte du troisième âge. Mais, lorsque l’on porte un regard attentif sur tout ce vaste continent, le constat est clair: Il est évident que dans la course vers le sommet, l’Afrique qui célèbre cette année son cinquantième anniversaire d’indépendance n’a pas encore décollé des starting-blocks. C’est la raison pour laquelle, il faut s’interroger sur l’héritage que la France, si prompte à inviter ses anciennes colonies fêter avec elle le 14 juillet 2010 sur les Champs Elysées, a véritablement laissé ? Mieux, qu’est-ce que les Africains, eux-mêmes, ont fait de ces indépendances politiques ? La commémoration commune prévue le 14 juillet 2010 aurait pu avoir tout son sens si les milliards de dollars injectés chaque année sous forme d’aide publique au développement (APD) par la France avaient suffi à faire effectuer un grand pas en avant aux Etats africains concernés.

Vous l’aurez compris, la France n’invite ses satellites africains que pour renforcer sa domination et ainsi la proclamer à la face du monde le jour où elle célèbre la prise de la bastille, la reconquête de la souveraineté du peuple Français. Il faut donc voir dans les intentions de la France la volonté de marquer un territoire qui lui appartenait et qui lui appartient toujours dans son imaginaire. Enfin, l’invitation formulée par N. Sarkozy à ses ”protégés” africains  et délivrée par J. Toubon est surtout dictée par la présence de plus en plus menaçante et conquérante de la Chine sous les tropiques.

Comme à son habitude, au lieu de réfléchir du point de vue de ses intérêts propres, au lieu de privilégier sa dignité et son standing en construction, au lieu d’actionner les léviers à sa disposition et de gagner ainsi en poids comme partenaire et non plus comme ”pré-carré”, une fois de plus, l’Afrique se laisse dicter les termes du cinquantenaire d’une indépendance dont on finit par légitimement se demander pourquoi il y a lieu d’en faire une fête. Si la présence des militaires africains dans le défilé du 14 Juillet 2010, sur invitation de la France, afin de marquer le cinquantenaire des indépendances africaines n’est pas la preuve d’un manque total de personnalité, c’est que ça y ressemble beaucoup. Cette génération de dirigeants africains a clairement peu d’estime pour l’Afrique. Il ne reste plus qu’à espérer et militer pour que la tendance soit complètement différente pendant les cinquante prochaines années. L’Afrique mérite mieux.

Avant de nous quitter, sous la forme d’une vidéo, voici le rappel historique qui retrace la relation entre la France et l’Afrique.

 

Votre avis nous intéresse. Prière de répondre au questionnaire ci-dessous.



Categories: OPINION, Subjects in French

1 reply

  1. Si tout ce qui est dit dans cet article est avéré, les Africains doivent trouver le courage de s’opposer à cette décision arbitraire imposée par Sarkozy et ses amis chef d’Etats Africains

    Like

Tell us what you think. Cliquez ici et donnez votre avis

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: