La dette des pays, comment la comprendre.


Qu’est-ce que la dette de l’Etat?

On entend par dette de l’Etat: le cumul des déficits budgétaires antérieurs auxquels se sont ajoutés les intérêts. Habituellement, lorsque l’on évoque la notion de la dette de l’Etat, ce sont les pays africains et ceux du tiers-monde qui viennent à l’esprit. Il y a une raison à cela. En effet, être un pays pauvre et endetté n’a rien de sexy. Du moins, cela ne donne pas de votre pays une image reluisante auprès des touristes, des investisseurs et des médias internationaux.

Par contre, ce que l’on mentionne très rarement, ou au moins avec la même insistance, c’est le surendettement sous lequel croulent les pays occidentaux – l’Union Européenne, le Japon et les Etats-Unis, en tête. On en reparle en détails dans la suite de ce texte.

Pour ce qui est de l’Afrique, il est clair qu’il suffit de regarder le pourcentage consacré au service de la dette dans les budgets des pays suivants pour se rendre compte du poids de la dette sur les économies africaines sur une période qui va  de 1992 à 1997, par exemple:

  • Cameroun: 4% consacrés aux services sociaux contre 36% consacrés au remboursement de la dette.
  • Côte d’Ivoire: 11,4% consacrés aux services sociaux contre 35% consacrés au remboursement de la dette.
  • Kenya: 12.6% consacrés aux services sociaux contre 40% consacrés à la dette.
  • Zambie: 6.7% consacrés aux services sociaux contre 40% consacrés à la dette.
  • Niger: 20.4% consacrés aux services sociaux contre 33% consacrés à la dette.
  • Tanzanie: 15% consacrés aux services sociaux contre 14.1% alloués à la dette.Le FMI et les autres partenaires économiques de l'Afrique ont beau s'en défendre, leurs actions handicapent plus qu'elles ne réhabilitent.

Et maintenant, essayons de comprendre la notion de la dette. Prenons un exemple tout simple: Nous avons une petite famille (le père, la mère et les trois petits enfants). Si à la fin de l’année, cette famille se retrouve avec une somme d’argent à rembourser supérieure à la somme d’argent qu’elle a gagnée au courant de l’année, il est clair que cette famille s’est endettée.

Jusqu’ici, dans la logique économique actuelle, l’on peut dire que tout va bien. Disposant d’une source de revenus à moyen ou long terme (un emploi, un commerce, etc…), la famille pourra rembourser sa dette à moyen ou long terme.

Les choses deviennent plus compliquées lorsque cette même famille, au terme de l’année suivante, se retrouve avec une dette supérieure à l’équivalent de trois, quatre, voire cinq ans de son revenu. Et qui, en plus, emprunterait chaque année davantage que ce qu’elle gagne.

Si cette situation vous semble impossible, c’est qu’il est temps de refaire votre opinion sur l’état de l’économie de la plupart des pays du monde. Car d’après un document publié sur le site internet de la CIA, il existe un classement de pays qui montre que sur la base des termes d’échange, l’occident (les Etats-Unis, en tête de peloton) est plus endetté que le tiers-monde. Mais, les dés économiques ayant été pipés dès le départ avec la création des institutions de Bretton Woods à la fin de la deuxième guerre mondiale, le jeu économique actuel – dans lequel le libéralisme à outrance a pourtant démontré l’étendu de ses limites, avec la crise financière de septembre 2008 – est modelé de sorte que les plus faibles le restent le plus longtemps possible, à dessein.

Il y a cependant une précision importante à faire: Contrairement à un individu, les Etats ont une durée de vie illimitée. Les Etats peuvent ainsi continuer à emprunter pour financer leurs dettes et le remboursement des intérêts dus.

Le problème, toutefois, demeure dans le fait que les banques et les autres investisseurs qui achètent les titres (obligations) des Etats endettés ont un revenu à peu près fixe. Donc, si la dette publique reste stable en pourcentage du PIB, la situation est à peu près tenable (une garantie, comme une autre, du retour sur investissement); mais si elle augmente, la situation devient plus préoccupante. C’est le cas de la plupart des pays africains.

En effet, leur dette extérieure (y compris le service de cette dette) est passée de 100 milliards de dollars en 1998 à plus 324 milliards de dollars en 2010, selon les chiffres du FMI, publiés en 2009… Et pendant ce temps, leurs revenus n’ont pas augmenté (Il suffit, pour vérifier cela, d’observer la structure de la plupart de leurs budgets).

C’est également le cas de la France, dont la dette publique par personne est passée de 2’000 euros en 1980 à 20’000 euros en 2008.

Parlons justement du cas de la crise budgétaire qui secoue la Grèce et l’Union Européenne toute entière en ce moment même. Pour faire face à ce marasme, il est à noter que les annonces de plan de rigueur des différents gouvernements européens se succèdent sur une cadence soutenue ces dernières semaines. C’est que l’heure est grave.

En France, par exemple, c’est l’âge de la retraite qui est repoussé à 62 ans. Et un gel des dépenses de l’Etat pendant trois ans est prévu. L’Espagne prévoit d’annoncer un plan d’austérité de 50 Milliards d’€uros d’ici 2013. Ailleurs, c’est à une hausse générale des impôts qu’auront droit les Portugais.

La géographie de la dette dans le monde après la crise financière de 2008

Le visage de la dette dans le monde

Tous ces efforts ont un but commun: Réduire le poids de l’endettement sur les économies nationales. Le cas échéant, il faudra se préparer à l’augmentation du surendettement des Etats. Celui-ci sera suivi, selon les estimations des experts, d’une hausse des taux d’intérêt qui conduiront certains pays à se désolidariser. Si le surendettement des pays de l’Union Européenne n’est pas maîtrisé, viendra la fin de l’€uro comme le prévoient déja plusieurs spécialistes du marché des dévises. Une disparition de l’€uro qui ne permettra qu’une survie momentanée du Dollar US, lui-même empêtré dans l’économie la plus endettée dans l’histoire de l’Humanité. La suite du scénario déjà prévu par les experts en finance n’a rien d’euphorique. Toutefois, le contenu de la vidéo suivante laisse quelques lueurs d’espoir aux Européens.

 

Des leçons pour l’Afrique?

S’il y a une leçon à tirer de toute cette situation, c’est qu’il est temps que l’Afrique se prenne en main. Et le plus tôt serait le mieux.

Le service de la dette (le remboursement du principal et des intérêts) est la traduction moderne du mythe de sisyphe condamné à pousser éternellenement un énorme rocher. Quand l’on sait que l’Afrique a remboursé l’équivalent de 10 fois ce qu’elle devait en 1980 aux institutions financières internationales et aux pays occidentaux et que, malgré l’annulation de la dette intervenue en 2005 pour seulement 13 pays sur 53(*) en Afrique, les ravages de la pauvreté et la necessité de la combattre plus efficacement exigent que l’on y consacre tous les moyens à disposition, il est temps que certaines vérités soient dites une bonne fois pour toutes.

Le nouveau visage économique du monde après le crise financière de Septembre 2008

Le monde émergent conduit par la Chine dessine les contours du monde actuel. Pas nécessairement au profit des pays pauvres et très endettés.

Le G8, désormais assisté par le G20, se sert de la dette pour perpétuer le sous-développement et non pas pour promouvoir le développement. C’est l’avis affirmé de certaines ONG militant dans le développement. Et, pour asseoir leur propos, ces organismes en veulent pour preuve, la comparaison entre la gestion de la dette allemande post-hitlérienne et celle actuelle des pays africains.

En effet, le 27 février 1953, fut signé à Londres un accord sur le traitement de la dette allemande. Les partenaires étaient d’un côté l’Allemagne post-hitlérienne et de l’autre les Etats-Unis, la Grande Bretagne, la France et quelques autres pays créanciers. A l’occasion de la signature de cet accord, les recommandations des créanciers stipulaient qu’il fallait:

  • Tenir compte de la situation économique générale de la RFA
  • Prévoir des dispositions globales qui assureraient un traitement équitable à toutes les parties concernées. Autrement dit, l’objectif de reconstruire l’Allemagne devait rester présent à l’esprit durant les négociations
  • Néanmoins la délégation allemande parvient à refuser d’endosser la responsabilité  des dettes contractées par le régime Nazi et obtient que le critère d’évaluation principal soit la capacité de transfert en sa capacité à obtenir une balance excédentaire des opérations courantes. [Pour ce qui concerne l’Afrique, les dettes contractées par l’interminable lignée des dictateurs à la solde de l’occident (Bokassa, Idi Amin Dada, Omar Bongo, Sani Abacha, Samuel Doe, H. Boigny, Mobutu, etc…) n’ont jamais fait l’objet d’un tel traitement.]
  • Une estimation réaliste des capacités du débiteur pour fixer les coefficients de remboursement/paiement
  • La volonté de traiter la dette d’un coup au lieu d’une série continue de ”rééchelonnements” et ”d’allègements”
  • La reconnaissance au débiteur ; l’adoption du principe de droit d’interjeter appel au lieu de laisser les créanciers imposer des conditions rigides (exemple: Les Plans d’ajustement structurel désastreux du FMI) …

Et pour ne rien arranger, alors que le service de la dette était plafonné à 3,06% des recettes d’exportations pour l’Allemagne en 1953; en 1996, le G8 l’avait fixé à 20% (7 fois plus haut) pour les pays africains. C’est devant l’indignation et les pressions des sociétés civiles qu’il avait été ramené à 10%.

Remarquons, par ailleurs que la Banque Mondiale et le FMI continuent de calculer les indicateurs de la soutenabilité de la dette à partir d’hypothèses irréalistes sur les taux de croissance du PIB et des exportations. Et bien entendu, la décision appartient exclusivement aux pays occidentaux.

 

Le traitement de la dette des pays africains ne prévoit aucun mécanisme qui permette une discussion à caractère juridique de la responsabilité du créancier dans la reproduction de l’insoutenabilité de la dette. Et bien entendu aucune enquête n’est faite pour distinguer les dettes légitimes des dettes odieuses et des mafieuses contractées par les pays pauvres et ainsi permettre un meilleur traitement de ce problème.

Au fait, quel est l’intérêt des Etats riches à traiter honnêtement de la dette des Etats pauvres?  ”Les Etats n’ont pas d’amisIls n’ont que des intérêts”, nous apprend Charles de Gaulle, du temps où il présidait aux destinées de la France.

 

(*): Avant le mois de juillet 2011, l’Afrique comptait 53 pays.



Categories: Economy, OPINION

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