Afrique, continent à vendre.


La ruée vers les terres arables africaines hypothèque la souveraineté agricole du continent noir.

Le monde dans lequel nous vivons compte aujourd’hui 6,8 milliards d’habitants qu’il faut nourrir chaque jour. Les gouvernements à la tête des pays – entre autres responsabilités – se doivent d’assurer la sécurité alimentaire de leurs populations respectives. Ils se doivent donc de trouver des solutions chaque fois qu’une crise, comme celle de 2008, éclate. En effet, la crise alimentaire mondiale de 2008 a laissé des traces dans le portefeuille des pays riches. Ceux-ci ne disposant pas toujours de suffisamment de surfaces cultivables et lassés par les spéculations du marché mondial des denrées alimentaires, les pays comme la Corée du sud et la Chine (populations très élevées par rapport aux surfaces cultivables disponibles) et les pays riches en pétro-dollars du golfe arabique (ne disposant pas du tout d’un environnement favorable à une agriculture intensive de caractère industriel, notamment du fait de la rudesse du climat) d’une part; et, d’autre part, des multinationales, des fondations ayant à leurs têtes les muti-milliardaires du Nord, et des fonds de pension – recherchant la diversification de leurs portefeuilles – ont fini par trouver une idée : Plutôt que d’acheter des récoltes, pourquoi n’achèteraient-ils pas des terres à cultiver?

La deuxième partie…

Pour être exact, c’est la Corée du Sud qui émit cette idée en premier, en novembre 2008. Acquérir d’immenses espaces, là où ils sont bon marché, dans des pays pauvres, en Asie et en Afrique, bien évidemment. L’Europe de l’Est (Ukraine et Russie, par exemple) et l’Amérique du Sud (Argentine, Brésil, etc.) étant désormais sous le contrôle des multinationales européennes et Nord-Américaines; c’est ainsi que la filiale agricole d’un des fleurons de l’industrie sud-coréenne (Daewoo Logistics) à la fin de l’année 2008 s’empare furtivement de 1,3 million d’hectares à Madagascar, soit le tiers des terres arables de l’île, pour y produire du maïs et de l’huile de palme pour le marché sud-coréen.

Cette prise de contrôle du continent Noir, qui commence avec l’initiative sud-coréenne en 2008, n’est en fait qu’une nouvelle forme de la ruée mondiale vers les richesses africaines. Cette frénésie foncière, loin de promouvoir le développement de l’Afrique – comme cela est éhontément clamé par les principales parties prenantes de cette mise aux enchères de l’Afrique – une fois de plus, vire à son exploitation. C’est du moins ce que semble relever un rapport que tient à dissimuler la Banque Mondiale et dont le Financial Times a fini par retrouver la trace. Marginal il y a encore trois ans, c’est surtout depuis 2008 que ce phénomène, mettant en scène des investisseurs des pays riches, a explosé à tel point que Jacques Diouf, le secrétaire général de la FAO, l’agence de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation, parle d’un risque de ”néocolonialisme agraire”.

Forcément, c’est en Afrique que les conséquences sont le plus spectaculaires. En effet, sur plus de 850 millions d’hectares considérés cultivables, un quart seulement serait exploité d’après les estimations de la FAO. Ce qui explique l’engouement des investisseurs à la recherche d’espaces disponibles et à bon prix (pour ne pas dire gratuits). Comme indiqué sur la carte de l’Afrique visible ci-dessus, des investisseurs étrangers ont déjà pris le contrôle de plus de 50 millions d’hectares, une superficie comparable à celle de l’Europe de l’Ouest.

De l’aveu même de la Banque Mondiale, ces investissements ne représentent pas ce qui est contenu dans la définition des IDE (Investissements Directs Etrangers). Loin d’être une aubaine pour le développement de l’Afrique, ces investissements risquent de nuire à des populations déjà mises à mal par une économie locale gérer sans vision et par des contraintes imposées par le FMI et la Banque Mondiale, elle-même. En vérité, il est clair que les nouveaux acquéreurs fonciers originaires de la Chine, des pays asiatiques, des pays occidentaux et des émirats du golfe persique ciblent les pays dotés d’une législation faible dans le domaine de la location et de la propriété foncières.

Par ailleurs, la mainmise des pays riches sur les terres agricoles de pays pauvres ou émergents n’est pas nouvelle. Partout, l’expérience coloniale a fait ses preuves en la matière. Les républiques bananières d’Amérique centrale ne datent pas d’hier, l’Amazonie est vouée aux prédateurs et les stars d’Hollywood se sont depuis longtemps taillé de petits empires en Patagonie et ailleurs dans le Pacifique. Progressivement, et pour les mêmes résultats, on est passé de la canonnière au carnet de chèques et aux avocats. La nouveauté, c’est que ces transactions prennent aujourd’hui une ampleur inédite: De vastes surfaces habitées en Afrique sont en passe de devenir la propriété des étrangers, avec la bénédiction des gouvernements locaux qui ne représentent nullement l’intérêt des populations, abandonnées à elles-mêmes – et qui n’ont guère le choix entre assister, en spectateurs dépités, à l’exploitation de leur terre ou participer à cette exploitation en fournissant une main d’oeuvre payée au lance-pierre. Ces gouvernements ne représentent d’ailleurs guère l’intérêt d’une Afrique désespérement en quête d’une vision et d’une stratégie nécessaires à son véritable décollage économique.

Pour preuve, les régimes en place au Cameroun et au Mozambique ont déjà accordé à la Chine, au grand dam des populations locales, l’arrivée sur les terres à exploiter de plus de 10’000 travailleurs Chinois pour la culture du riz. A ceux qui clament haut et fort le bénéfice que tireraient les nations africaines de ce marché de dupes, il leur est loisible de dire en quoi une terre vendue pour un dollar l’hectare, une terre qui sera exploitée par 10’000 colons Chinois et dont les récoltes et les bénéfices de celles-ci seront rapatriés en Chine…Qu’ils viennent nous expliquer en quoi ce marché de dupes est bénéfique à l’Afrique.



Categories: Economy, Focus, Subjects in French

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