Cameroun: Quel avenir pour les télécommunications?


Une antenne téléphonique appartenant à Camtel

Une antenne téléphonique gérée par la Camtel

Au cameroun, le marché du téléphone compte environ 8,5 millions de consommateurs, selon les trois opérateurs en activité aujourd’hui. MTN, Orange et Camtel disent cumuler ce nombre total de clients à la fin de l’année 2009. En face, le ministère des télécommunications ne se gène pas pour qualifier ces chiffres de ”fantaisistes”. Par conséquent, afin de mettre un terme à cette guerre des chiffres, Biyiti Bi Essam, le ministre en charge des télécommunications a récemment lancé une campagne nationale incitant les opérateurs et exploitants des réseaux publics de téléphone de procéder à l’identification systématique des usagers et au recensement de leurs terminaux au moment de la souscription pré-payée et/ou post-payée des services de la téléphonie ouverts au grand public sur tout le territoire national. Cette procédure vient renforcer la collecte d’information sur les usagers abonnés déjà en vigueur. En plus de disposer de chiffres crédibles et mis à jour, l’Etat  Camerounais ambitionne surtout de tenir en respect les usagers du téléphone, candidats à la cybercriminalité, qui pourraient être présents dans toutes les zones géographiques couvertes par les trois opérateurs téléphoniques actuels.

Au-délà des bonnes intentions que manifeste le régime en place, il est urgent de se rappeler que le marché des télécommunications au Cameroun, comme ailleurs, constitue aujourd’hui un vaste secteur de mobilisation d’importants capitaux transnationaux. Ce régime – subissant chaque jour la pression de lobbies qui attendent un retour de l’ascenseur de la part de leurs affidés tapis dans les hautes sphères du pouvoir – ne peut que lacher du leste, et, de cette façon, livrer le marché des télécommunications à la merci des opérateurs étrangers plus compétitifs.

Les années 1998-2000, vous en rappelez-vous?

Septembre 1998, le glas sonne pour INTELCAM. Immédiatement est créée la CAMTEL (Cameroon Telecommunications). C’est une société d’Etat qui prend faits et causes pour la téléphonie fixe au Cameroun tout en fournissant les Gateways pour les communications internationales. Elle devient aussi le transporteur des signaux de la Télévision et de la Radio Camerounaises (CRTV) de leurs centres de production sis à Yaoundé vers les différents centres de diffusions présents dans les dix régions administratives du pays. Aussitôt née des cendres d’INTELCAM et de la direction des télécommunications, la CAMTEL hérite d’un lourd passif: Un personnel pléthorique et sous-qualifié, d’une part, et un outil technique désuet, d’autre part. Comparativement aux nouveaux équipements des opérateurs (Mobilis, MTN, Orange, etc.) de la téléphonie mobile qui vont se succéder devant le consommateur Camerounais, et cela au fur et à mesure des années qui passent, CAMTEL possède déjà d’innombrables faiblesses. Et pour ne rien arranger à la mauvaise condition de cette structure de l’Etat, un an après sa création, la CAMTEL se voit inscrite sur la liste des biens de l’Etat Camerounais à privatiser. Conséquence de la pression internationale dans laquelle le FMI et la Banque Mondiale sont passés maîtres.

Flash-forward 2010

Au mois de juin 2010, le ministre des postes et télécommunications, Biyiti Bi Essam, annonce l’arrivée très prochaine d’au moins un nouvel opérateur de téléphonie mobile sur le marché camerounais. Immédiatement, MTN et Orange, les deux leaders actuels de ce marché, comprennent que l’heure est venue d’ajuster et de rendre plus allèchantes leurs offres respectives. Ainsi durant ces derniers mois, ces deux entreprises vont rivaliser d’offres promotionnelles avec des prix – pour les appels sur les ”call-box” – descendant jusqu’à 25 F. CFA/la minute, au mois de juin pour l’opérateur MTN. Il est toutefois utile de comprendre que ce mouvement de panique observé chez les deux leaders actuels ne s’explique vraiment que lorsque l’on va analyser avec attention les prix pratiqués sur les différents marchés où intervient déjà  MOOV, l’un des probables et futurs concurrents récemment annoncés par le ministre des télécommunications.

La concurrence au Cameroun est mauvaise pour le business, selon MTN et Orange.

Vous rappelez-vous la grimace que faisaient Orange et MTN lorsque CAMTEL avait commencé à déployer son offre CT-Phone? Que n’avait-on pas entendu…Ces deux opérateurs avaient même pris le risque de parler de concurrence déloyale lorsque que CAMTEL avait mis la minute/50 F.CFA sur le marché, tandis que nos deux leaders continuaient de tondre le consommateur camerounais à raison d’une minute/50 F.CFA x 4 (soit 200 F.CFA/minute). Confiants et déterminés que nos deux leaders étaient, Orange et MTN avaient fini par saisir d’une plainte, en bonne et due forme, l’ART (Agence de régulation des télécommunications) à cet effet…

Beaucoup d’eau a passé sous le pont. Le consommateur Camerounais a constaté pour qui roulent les opérateurs des télécommunications et l’agence de régulation qui a la charge de ce secteur d’activité.

Face à Camtel, MTN et Orange dominent outrageusement le marché téléphonique camerounais

MTN , Camtel et Orange se partagent le marché camerounais

D’après une observation attentive –  mais guère experte – du marché camerounais des télécommunications, le constat est que l’ART et l’Etat ont, apparemment, pour mission de garder la CAMTEL sous tension jusqu’à la cession complète de son capital aux fonds de pension ou autres investisseurs étrangers, notamment chinois. Après avoir bradé la CAMTEL Mobile à un Franc CFA symbolique (à MTN), la prochaine mission de l’Etat est, manifestement, de tailler dans les salaires et les emplois de CAMTEL qui, malgré le fait qu’elle ne soit cantonée qu’à la téléphonie fixe –  notamment grâce à sa technologie CDMA qui permet, par ailleurs de proposer l’Internet, le fax et les SMS sur les CT-Phones – parvient à attirer 435’413 clients, soit 5,16% de parts du marché camerounais à la fin de l’année 2009. Tandis que ses deux principaux concurrents, qui auront, néanmoins, eu à déployer de nouvelles infrastructures, afin d’offrir des services additionnels, concentrent, quant à eux, un total de 8’004’120 clients, soit 94,84% du marché national sur la même période. Ici, se trouve certainement la raison pour laquelle Orange et MTN escomptent de faramineux retours sur leurs investissements et redoutent l’arrivée de nouveaux concurrents, jugés plus compétitifs.

En orange, les zones du Cameroun couvertes par MTN, CAMTEL et ORANGE

En orange, les zones du Cameroun couvertes par MTN, CAMTEL et ORANGE

Ce constat permet de dire que, de toutes les façons, le Cameroun semble être l’un des rares pays au monde où l’autorité de régulation et l’Etat restent permissifs à la déchéance de l’opérateur national et historique. Sans vouloir mélanger les pommes et les citrons, l’on peut se risquer à comparer le traitement dont profitent  Telefonica, Deutsch Telekom et Swisscom dans leurs pays respectifs, à celui que reçoit CAMTEL au Cameroun. Dans cette comparaison, l’essentiel de la vérité étant que l’on privilégie et favorise outrageusement les opérateurs étrangers sous les tropiques, tout en continuant d’affaiblir l’opérateur national, ou ce qu’il en reste. Et cela a précisément pour conséquence de ne pas nous permettre d’investir rapidement dans la fibre optique et, encore moins, dans les nouvelles technologies mobiles 3G et 4G. Ces erreurs stratégiques ne peuvent être corrigées que si l’Etat demande à CAMTEL de le faire en monopole, comme au Japon – qui, aux dernières nouvelles, n’a rien d’une nation communiste. Ce pays dispose pourtant du secteur des télécommunications le plus novateur du monde et d’un marché très ouvert. Et si l’exemple de l’empire du soleil levant paraît trop éloigné, que dire à propos de l’opérateur historique américain AT&T laminé par Ronald Reagan, chef de file ultra-libérale, à la tête des Etats-Unis, il y a environ trente ans? Croyant bien faire, il avait volontairement affaibli l’opérateur AT&T. Quelques années plus tard et conscient de l’échec de cette stratégie ultra-libérale, George W. Bush (qui était aussi politiquement à droite) finira par comprendre que, seul, un opérateur national solide AT&T (aux côtés d’autres acteurs comme Verizon et Sprint, etc…) peut permettre à une infrastructure de télécommunications vieillissante de rebondir et de profiter aux consommateurs, lorsque le marché devient exigeant.

L’appel est ainsi lancé aux autorités du Cameroun: Pour une plus grande satisfaction des Camerounais, dans leur quête de la qualité dans les services offerts sur le marché des télécommunications, il est urgent de renforcer la CAMTEL – en rendant la loi fondatrice des télécommunications de 1998 plus claire et en investissant massivement dans cette structure.  De plus, il est surtout question de ne point céder aux sirènes étrangères, et encore moins aux pressions des bailleurs de fonds. Le succès du Cameroun dans le monde des nouvelles technologies est à ce seul prix.



Categories: Economy, OPINION

5 replies

  1. Camtel a déjà le monopole du téléphone fixe et de la fibre optique; Que faire de plus ?

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  2. Camtel posséderait le monopole sur la fibre optique?

    Désolé, dans la loi N° 98/014 du 14 juillet 1998 régissant les télécommunications au Cameroun, et actuellement en vigueur, le supposé monopole de Camtel sur la fibre optique, que vous évoquez à l’instant, n’apparaît nulle part. Et tous les juristes vous diront qu’une loi muette donne forcément lieu à un vide juridique.
    Et ce vide juridique devrait (pour mettre un terme aux éventuels malentendus entre Camtel, MTN, Orange et tous les autres dans l’avenir) inciter ou permettre la création d’une société d’infrastructure uniquement consacrée au transport des signaux, des données (images, voix, etc…). CAMTEL et les opérateurs privés doivent vendre les services, c’est leur rôle. Le transport des signaux est un métier à part; surtout que Camtel ne dispose même pas de moyens nécessaires pour assurer correctement cette tâche que lui impose l’Etat, en dépit du vide juridique. Une situation qui conduit forcément au constat de monopole de fait que vous évoquez.

    Toutefois, si l’Etat veut vraiment privilégier Camtel, comme le font les suisses, les espagnols et autres allemands: Que la loi soit claire et que les moyens nécessaires soient mis à la disposition de Camtel.

    La qualité tant réclamée suivra naturellement.

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  3. Votre article est intéressant mais tend a faire amende honorable à une société CAMTEL en occurence qui depuis des années excelle dans l’inertie. Car comment expliquer qu’une structure en près de 30 d’existence, malgré les subventions, les exonérations fiscales, les régimes de faveurs ne puissent assurer le service minimum a ses compatriotes.
    Y’en a marre de ces incompetents qui cherche toujours à réjeter la faute au regime et à son president. Savez vous que CAMTEL a échoué meme sur l’ADSL une technologie vielle de 15 ans s’appuyant sur du RTC déjà installé mais qui reussit a federer plusieurs services donc une plus values appreciable?
    Le vide juridique donc vous faites mention est favorable à CAMTEL puisque aujourd’hui il est l’unique gestionnaire du SAT3 et toute les connexion filaire optique aux cameroun. Comment expliquer qu’une entreprise disposant du backbone d’interconnexion soit pres de 4G en montée et en descente ne puisse assurer 256 Kb/s a des clients de douala mais que Ringo dernière arrivé au cameroun avec a peine deux ans d’existence et un débit de 60Mo/s s’arrache une bonne partie des abonné CAMTEL avec un service acceptable (sans vouloir faire sa pub)? c’est paradoxal et la seule explication rationnelle est l’incompétence et l’inertie qui a élu domicile a CAMTEL depuis sa création. La CAMTEL disposerait d’une licence mobile open de 1ere, 2eme et 3eme generation mais qu’en ont il fais? Un marché de recherche d’un partenaire stratégique avait été lancé en 2005 et 5 ans plus tard nous en sommes là a attendre. Remettez cette licence à un operateur lambda et en 2 ans il vous déclarera un retour sur investissement avec des bénéfices heurtant le milliard.

    Pourquoi l’ART (CAMTEL en embuscade) refuse aux autres opérateurs (MTN, ORANGE, RINGO) de déployer la fibre optique pour faciliter l’échange entre leurs BTS? Comment peut on refuser à une compagnie qui fait du bénéfice à investir cet argent dans ce pays sous une ténébreuse raison de souveraineté nationale LAQUELLE (Mais c’est complètement fou!)? Comment peut on les empêcher d’améliorer le service rendus aux client? Internet n’est pas un réseau c’est un maillage de réseau qui a un objectif assurer la disponibilité du service quelque soit x. CAMTEL nous balade une fibre de douala au nord en passant par yaoundé mais il oubli simplement que le jour ou ça casse à yaoundé ni douala ni le nord n’auront de connexion. Par contre si MTN, ORANGE et RINGO deploient leurs infrastructures la rupture d’une fibre n’empêcheras pas la disponibilité du service.

    Vous dites que si l’Etat veut privilégier Camtel? mais Camtel a tout les régimes de faveurs dans ce pays à savoir le backbone fibre optique et satellite, les exonérations fiscales, des employés à la solde de l’Etat, une indépendance coupable face à la tutelle, les subventions, les marchés publics faramineux, les vides juridiques qu’ils savent très bien interprétés…etc mais aucune qualité de service j’en suis désolé Philemon. Le constat est flagrant et la pillule amer!

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  4. Boomerang,

    Le ton passionné de votre intervention est admirable. Votre connaissance du secteur des télécommunications au Cameroun et ses enjeux le rendent légitime.

    Cependant, Camtel, malgré tous ses défauts ici égrenés, reste l’entreprise de télécommunications de notre pays. Nous en avons besoin pour des raisons stratégiques et commerciales en tant que pays. Donc a priori, Camtel n’est pas le problème. Le véritable problème, c’est l’équipe dirigeante(Directeur Général et PCA) et ceux qui nomment cette désastreuse équipe de gestionnaires. Un pays qui a tout cédé et tout vendu aux capitaux étrangers, se doit de préserver quelques acquis. Peut-on rendre le secteur des télécommunications meilleur et plus compétitif au Cameroun? Bien sûr que oui! Mais comment? Telle est la vraie question. Et c’est ici que doivent intervenir les experts.

    Mais, à l’heure où le régime actuel est beaucoup plus occupé à satisfaire les desiderata de la Banque Mondiale et du FMI en même temps qu’il se met en quatre pour Huawei, l’entreprise chinoise à laquelle a été confiée l’installation de 2300 kilomètres de fibre optique au Cameroun, (un projet financé par 38 milliards de F. CFA prêtés par la Chine)je me pose des questions et m’interroge sur le patriotisme économique des Camerounais.

    Je n’insiste pas sur cette notion de patriotisme économique par pur angélisme. Croyez-moi, dans l’environnement mondial actuel, ce concept n’est pas que le cache-sexe d’un protectionnisme refoulé. C’est simplement de la légitime défense économique. Même des pays plus riches que le Cameroun le pratiquent de manière outrancière.

    A mon avis, la véritable question est la suivante: Avons-nous des dirigeants capables d’assurer cette légitime défense économique dont nous avons tant besoin dans les secteurs économiques stratégiques que sont l’énergie, l’eau, les mines,le transport aérien, la monnaie, etc…?

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  5. Vendre les puces independament des telephones permetra deja à camtel de controler une bonne part du car ses prix defient toute concurrence son seul obstacle sur ce plan reste cette vente obligatoire des puces avec telephones

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