Côte d’Ivoire: Démocratie, souveraineté et luttes d’influence


Plusieurs jours après une élection présidentielle qui était supposée ramener la paix en Côte d’Ivoire et dix ans après l’élection contestée de l’année 2000 qui avait porté Monsieur Gbagbo à la tête du pays – à la place d’un répit longtemps attendu et mérité – le peuple Ivoirien se retrouve dans une situation exactement identique à celle qui prévalait avant le deuxième tour de la présidentielle de 2010. Selon les partisans des deux camps, le Président Laurent Gbagbo et son adversaire de longue date, l’ancien Premier Ministre Dramane Ouattara, ont tous les deux remporté le deuxième tour l’élection présidentielle de 2010.

Qui croire?

Selon la communauté internationale (Pour peu que cette expression comporte quelque sens), le vainqueur de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire est incontestablement Monsieur Ouattara. De Washington (Barack Obama) à Paris (Nicolas Sarkozy) en passant par l’Organisation des Nations Unies, l’identité du nouveau Président de la République de Côte d’Ivoire est une évidence: C’est l’ex-Premier Ministre Ouattara.

Mais, ne se contenter que de cette version des évènements politiques en Côte d’Ivoire actuellement, c’est évidemment aller vite en besogne. C’est choisir définitivement son camp, et c’est aussi accepter d’assumer la responsabilité que cette attitude provoquerait tôt ou tard. Car, en face, les partisans du Président Laurent Gbagbo (arrivé en tête du premier tour avec plus de 38% des suffrages) soutiennent mordicus que leur champion est le légitime vainqueur de cette élection présidentielle, édition 2010.  Chiffres à l’appui, l’équipe du Président Laurent Gbagbo met en exergue l’assise nationale de son électorat et n’hésite pas à en vanter les mérites et la légitimité lorsque le caractère de cet électorat est comparé à ceux – plus régionaux et tribaux – de ses principaux adversaires. En plus d’avoir fait le plein des votes dans la région d”Abidjan (30% des votes de Côte d’Ivoire), Monsieur Gbagbo et les militants de son mouvement politique disent pouvoir compter des électeurs fidèles sur tout le territoire national. Comme argument politique, aux lendemains d’une élection présidentielle à hauts risques comme celle que vient de vivre la Côte d’Ivoire, pour peu que les preuves d’un électorat avec une assise nationale soient étayées, l’objectivité recommande le bénéfice du doute.

Bien évidemment, conscient qu’en politique, comme dans toutes les formes de lutte d’influence, le bénéfice du doute n’est qu’une quantité négligeable, parfois assimilée à de la naïveté, surtout lorsqu’il s’agit de la quête du pouvoir, il est néanmoins urgent de garder présent à l’esprit l’intérêt supérieur du peuple Ivoirien comme l’ultime finalité qui vaille dans cette vaste lutte d’influence sur ce territoire jadis considéré comme un véritable eldorado en Afrique de l’Ouest. Prendre faits et causes pour un camp est une attitude normale dans toute compétition. Mais, perdre de vue le caractère souverain d’un peuple, en balayant du revers d’une main son adversaire et les aspirations de ses militants, ne participe en rien à la construction d’une atmosphère de stabilité, de coopération et de prospérité. D’autant plus que l’institution – Cour Constitutionnel –  juridiquement légitime en matière de publication des résultats électoraux est, selon la constitution ivoirienne en vigueur, seule habileté à désigner le vainqueur.

Pour mémoire, dans une compétition, ce n’est pas celui qui l’organise qui est habileté à en déclarer le vainqueur. C’est à celui qui à été désigné comme arbitre que revient cette responsabilité. Barack OBAMA et Nicolas SARKOZY sont pourtant citoyens de pays démocratiques rompus à la pratique de ce postulat, et devraient le comprendre. De plus, en juillet 2009, dans son discours prononcé à Accra (Ghana), c’est bel et bien le Président Barack Obama qui avait – dans son style inimitable –  enjoint les Africains à laisser la place ”aux institutions fortes [et non] aux hommes forts”. Entre Juillet 2009 et Décembre 2010, que s’est-il passé pour que le conseil constitutionnel de la République de Côte d’ivoire – organe chargé d’assurer la primauté effective de la constitution – perde la force et la valeur que Monsieur Obama recommandait pourtant, il y a à peine quelques mois? Par conséquent, comment expliquer le parti pris dans lequel le Président Obama et son collègue français semblent, tous les deux, avoir été embarqués après la proclamation des résultats de l’élection présidentielle 2010 en Côte d’Ivoire par la CEI (commission électorale indépendante de Côte d’Ivoire)?

L’importance du bénéfice du doute, dans le contexte ivoirien actuel, doit par conséquent privilégier la neutralité. Elle permet même d’avancer ces quelques vérités élémentaires:

  • Avec toutes les qualités intellectuelles, la compétence, l’expérience professionnelle et le soutien total de la ”communauté internationale”,  qui sont à son avantage, Alassane Dramane Ouattara, au nom du bien être du Peuple Ivoirien devrait accorder le bénéfice du doute au Conseil Constitutionnel de Côte d’Ivoire, seule institution compétente en matière de promulgation des résultats électoraux en République de Côte d’Ivoire. Il devrait songer à servir son pays autrement et efficacement.
  • Washington, Paris et l’Organisation des Nations Unies devraient impérativement se ressaisir, abandonner la politique d’autruche (refuser de voir la réalité politique ivoirienne en face) et, comme ailleurs, composer avec le leadership en place pour le seul bénéfice du peuple souverain de Côte d’Ivoire.
  • Les forces rebelles qui règnent sur la partie nord du pays devraient, en fin de compte, songer à changer leur fusil d’épaule. Jadis considéré comme le pays francophone le plus stable économiquement, depuis 1999, avec le coup de force du général Gueï et la scission de fait de la Côte d’Ivoire, conséquence de la rébellion installée dans le Nord Ivoirien après l’an 2000, le leadership économique du pays de Houphouet Boigny en Afrique et dans le monde s’est réduit comme une peau de chagrin. Et le seul domaine économique dans lequel les Ivoiriens dominent encore le monde – la production du cacao – fait l’objet de spéculations cyniques autant à Londres qu’à New York où. Le prix du cacao a, d’ailleurs, bondi cette semaine, en raison des incertitudes entourant les suites du deuxième tour de cette élection présidentielle.

Les Etats-Unis, empêtrés dans le scandale de ”Wikileaks”, le Président Obama qui peine à rebondir après les élections de mi-mandat et ces mêmes Etats-Unis qui ne parviennent pas à imposer leur leadership au moyen-orient et partout ailleurs espèrent se refaire une main avec cette crise politique ivoirienne. La France de Nicolas Sarkozy, fidèle à sa politique africaine condescendante et paternaliste revisite ses classiques. L’Union Européenne et la représentation des Nations Unies en Côte d’Ivoire surjouent leur indignation et franchissent allègrement les limites de leurs prérogatives. Sur le plan national, Guillaume Soro, Premier ministre actuel et ses alliés de la rébellion brandissent l’épouvantail de la guerre 2.0

De son côté, le Président Gbagbo qui a remis le costume du défenseur de la nation et du peuple ivoirien assiégé par les forces étrangères repart pour un tour, assuré par le soutien de l’armée et de toutes les forces de l’ordre (Police et Gendarmerie). Et au milieu, le peuple souverain Ivoirien, désemparé et fatigué par toutes ces luttes d’influence qui travestissent la démocratie et, comme facteur aggravant, ne prennent en compte que la quête du pouvoir et non le bien être des citoyens.



Categories: OPINION, Subjects in French

Tell us what you think. Cliquez ici et donnez votre avis

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: