Ernst & Young traînée en justice par le procureur de New York


La crise financière de 2008 qui a failli faire plonger le monde entier dans la plus grande dépression économique depuis celle de 1929 va bientôt, peut-être, voir l’un de ses auteurs épinglé par la justice américaine.

En effet, le Procureur de l’Etat de New York – et futur Gouverneur du même Etat à partir de janvier 2011 – Monsieur Andrew Cuomo, selon le Wall Street Journal, s’apprête à poursuivre en justice, pour des motifs de fraude, Ernst & Young, le cabinet considéré comme étant le troisième réseau mondial de spécialistes en audit comptable et financier, de par son chiffre d’affaires.

L'un des principaux cabinets d'audit, l'un des Big Four

Troisième réseau mondial en 2005 par son chiffre d’affaires (après PricewaterhouseCoopers et Deloitte)

De quoi parle-t-on?

Active dans l’audit des entreprises (certification, amélioration de la performance financière), le conseil des entreprises (accompagnement stratégique), le droit et la fiscalité des entreprises (droit des affaires, mobilité internationale), les transactions (fusions et acquisitions, Due diligences), membre du ”Big Four” (avec PricewaterhouseCoopers, Deloitte et KPMG), Ernst & Young dit ”avoir pour mission de répondre aux enjeux majeurs de ses clients (les sociétés cotées en bourse, les entreprises du Middle Market, les jeunes entreprises innovantes, le secteur public, les fonds d’investissements, etc…)”. Et c’est dans le cadre de ses activités d’audit et de conseil que le Procureur de New York va poursuivre cette entreprise soupçonnée d’avoir cautionné les manipulations comptables ayant permis à Lehman Brothers de masquer l’ampleur réelle de son endettement.

Pour mémoire, la banque Lehman Brothers avait USD 613 milliards de dettes et USD 639 milliards d’actifs au moment de son dépôt de bilan le 15 septembre 2008.

Les poursuites judiciaires engagées par le Procureur Andrew Cuomo font partie d’un vaste ensemble d’initiatives devant permettre de faire toute la lumière sur les responsabilités réelles des banques dans leurs rapports avec la clientèle dans la période qui a conduit à la crise de 2008. Savoir si les banques impliquées avaient menti à leurs clients sur leurs comptabilités respectives en cachant délibérément leurs dettes ou en les minimisant sera la priorité du Procureur. Cette initiative judiciaire vise plusieurs banques et sociétés financières actives à Wall Street (New York), y compris Bank Of America Corporation, l’une des plus grandes banques américaines.

D’après ce que croit savoir le Wall Street Journal, il est tout à fait possible que la firme Ernst & Young, afin d’éviter que cette affaire ne s’ébruite et ne fasse ombrage à ses activités de par le monde, propose un arrangement au bureau du Procureur de New York. De même, il est absolument utile de souligner qu’un contrat évalué à USD 100 millions liait le cabinet d’audit et de conseil Ernst &Young à la banque d’investissement Lehman Brothers jusqu’au jour du dépôt de bilan de celle-ci, le 15 septembre 2008.

Quelle est la fraude dénoncée dans laquelle est impliquée Ernst & Young?

Il s’agit en fait d’un ensemble de transactions connues sous l’expression ”window dressing”. Cette expression désigne donc une opération financière qui permet de financer la balance clients, cela sans changer la manière de rentrer les données dans la comptabilité, et sans éveiller la curiosité des clients dans la relation qu’ils entretiennent avec l’entreprise. Cette méthode comptable (une forme d’emprunt à très court terme qui permet à certaines entreprises d’obtenir rapidement certains financements) permettait notamment aux banques impliquées dans l’enquête judiciaire de présenter des passifs – notamment la partie ”dettes” – fortement et systématiquement dévalués à la fin des périodes comptables (mois, trimestre, semestre, année) qui coïncident avec la publication des résultats financiers des entreprises. Un stratagème qui permettait, dans les faits, à ces banques, et notamment à Lehman Brothers, de paraître dans un bon état financier alors que la réalité était tout autre.

Chez Lehman Brothers, le Wall Street Journal souligne que cette méthode avait pour nom de code: ”Repo 105”. Et c’est au mois de mars 2010 que le liquidateur de cette banque découvre, pendant son enquête, qu’à un moment donné et sans raison apparente, USD 50 milliards avaient disparu du bilan. La véritable raison de cette ”disparition” se trouve dans le fait qu’effectivement, la comptabilité de la banque avait classé cette somme d’argent dans le chapitre ”Ventes et Transactions de valeurs” en lieu et place du chapitre ”emprunts”.

Ayant décelé la supercherie, le liquidateur, naturellement, finit par faire son rapport au Procureur. Etant donné que cette ”technique” comptable avait la certification du troisième réseau d’audit  du monde, c’est tout naturellement que le Procureur de New York enclenche immédiatement la procédure de mise en poursuite judiciaire dont Ernst & Young fait aujourd’hui l’objet. Dans son enquête, Monsieur Cuomo va découvrir que ces transactions dénommées ”Repo 105” par la banque Lehman Brothers – et couvertes par Ernst & Young – remontent jusqu’en 2001. De plus, ces transactions n’ont jamais été mentionnées dans la relation que la banque entretenait  avec ses clients. Si ces transactions ont pendant si longtemps été opérées sans que la banque s’en émeuve et n’en informe sa clientèle; c’est que, effectivement, le responsable de l’audit comptable et financier de la banque couvrait systématiquement cette pratique ”Repo 105”. Et c’est à ce niveau que toute la responsabilité du cabinet de conseil et d’audit Ernst & Young intervient.

D’où sa mise en poursuite judiciaire.

Le précédent d’Arthur Andersen

Andersen longtemps connue sous le nom d’Arthur Andersen était une société basée à Chicago spécialisée dans l’audit, les services fiscaux et juridiques, le corporate finance et le conseil. Tout comme Ernst & Young, Arthur Andersen était une référence dans le monde entier. Cette firme faisait partie des grands réseaux mondiaux d’audit financier et comptable. A l’époque, l’on parlait des ”Big Five”.

Andersen fut démantelée en 2002, suite au scandale financier de la compagnie californienne Enron. De la multinationale de plus de USD 9 milliards de chiffre d’affaires (à l’époque), il ne reste désormais plus qu’une petite structure à Chicago chargée d’apurer les conflits juridiques existant et d’assurer sa propre liquidation.

La suite prévisible de cette affaire?

Parallèlement aux enquêtes qui ont permis au Procureur de New York d’aboutir aux conclusions menant aux poursuites judiciaires annoncées, l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers (la SEC) – aussi connu sous le nom de ”gendarme de la bourse” aux USA –  et le Conseil de Contrôle Financier britannique (FRC) ont engagé des enquêtes similaires sur les activités de la firme Ernst & Young aux Etats-Unis et en Angleterre.

Dans la vidéo qui suit, le détail (en anglais) de l’exécution frauduleuse de la technique ”Repo 105” qui a déclenché la descente aux enfers de la banque Lehman Brothers (la principale cause de la crise financière de 2008) et qui, par effet de ricochet, démantèle la crédibilité de Ernst & Young.



Categories: Economy, News

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