Incroyables révélations sur les traites négrières


David Eltis and David Richardson

D. Eltis and D. Richardson

David Eltis et David Richardson sont les co-auteurs de l’Atlas du commerce transatlantique des esclaves. Monsieur Eltis est professeur d’histoire à l’Université Emory. Monsieur Richardson, quant à lui, trône à la tête de l’Institut Wilberforce sur l’étude de l’esclavage et de l’émancipation à l’Université de Hull, en Angleterre.

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Parmi ceux qui étudient l’histoire des Amériques et qui s’intéressent particulièrement à l’évolution de leurs populations, un fait historique est éminemment central: Si l’on exclut les premiers peuples appelés ”les natifs” ou les ”indiens”, le peuplement de l’Amérique du Nord et du Sud débute véritablement dès le lendemain de l’arrivée de Christophe Colomb dans le ”nouveau monde”.  Cependant, bien peu de personnes parmi les spécialistes de l’histoire des Amériques relèvent que c’est l’Afrique, et non l’Europe, qui est à la base de ce processus de peuplement.

Et pour cause! Entre 1492 et 1820, pour chaque Européen qui quittait l’ancien monde, quatre esclaves étaient achetés en Afrique, et embarquaient dans des négriers. Pendant plus de trois siècles, les Africains ont constitué le plus important contingent de migrants – forcés de traverser l’océan atlantique – que l’histoire de l’humanité a connu.

Qui étaient ces femmes et ces hommes captifs? Qui étaient les propriétaires des négriers, des bateaux qui les transportaient? Qui les mandataient? De quelles régions d’Afrique venaient ces personnes capturées? Et où exactement les menait-on?

De manière remarquable, aujourd’hui, l’on est en mesure d’apporter des réponses claires et précises à toutes ces questions; surtout en ce qui concerne les Africains.

Volume et destinations des Africains capturés entre 1701 et 1810

Volume et destinations des Africains capturés entre 1701 et 1810

Pourquoi et comment se peut-il que la documentation soit plus prolixe sur les migrants africains que sur les européens?

Contrairement au traitement réservé aux migrants européens, durant la traite négrière transatlantique, les africains étaient réduits à l’état de marchandises. Et comme ces marchandises généraient d’énormes profits, elles étaient soigneusement répertoriées dans des registres comptables jalousement conservés.

Depuis le début de la révolution informatique des années 1960, les archives et les bases de données des entreprises modernes et des gouvernements ont permis aux historiens de reconstituer, dans les moindres détails, les 35’000 voyages ou traversées de l’atlantique effectué(e)s par les esclaves depuis les côtes africaines jusque dans le coeur des Amériques. Ces données ont jusqu’ici permis d’identifier les captifs, de retracer leurs itinéraires, de savoir qui a survécu à la traversée et comment ont-ils voyagé.

Plus pratique encore, cette information est désormais disponible sur Internet.

Résultat d’une longue recherche qui a été conduite pendant cinquante (50) ans dans les archives au Nord et au Sud de l’atlantique, 189 cartes détaillées et somptueusement dessinées viennent répondre à des questions essentielles sur la traite négrière transatlantique [arabique et maghrebine, comme cela est décrit sur la carte ci-dessus et celles qui vont suivre]. Le tout se présente sous la forme du nouvel ”Atlas du commerce transatlantique des esclaves”.

Ces cartes détaillées démontrent que chaque port du nouveau monde atlantique mandatait des négriers. Et à l’arrivée des esclaves, chaque port organisait le commerce de sa marchandise aussitôt qu’elle était débarquée. Plus le port était important, plus grand le nombre d’esclaves à vendre le devenait, pendant les siècles qu’a duré ce trafic humain.

Cette multitude de points de vente sur la côte atlantique des Amériques des captifs africains pousse à réfléchir. Elle fait penser qu’avant l’ère de l’abolition de l’esclavage, il n’y avait aucune indignation. Et, surtout, il n’y avait aucune honte à pratiquer le commerce de ces captifs (êtres humains, au demeurant).

Par ailleurs, les cartes détaillées du nouvel ”Atlas du commerce transatlantique des esclaves” démontrent qu’une bonne partie de toutes les commandes d’esclaves ne venaient pas seulement des Amériques. L’Europe avait également son besoin d’approvisionnement en esclaves africains. Cette précision vient confirmer le fait que les traversées de l’atlantique entre les Amériques et l’Afrique étaient aussi importantes que les liaisons maritimes décrites dans le fameux ”commerce triangulaire” qui inclut l’Europe.

Selon les recherches qui ont participé à enrichir ce nouvel ”atlas du commerce transatlantique des esclaves”, l’on sait désormais que la région du Rhode Island n’était pas le seul grand centre de vente des Africains capturés. New York et Charlestone (Caroline du Sud) en étaient également synonymes.

Autre trouvaille intéressante dans ce nouvel Atlas: La description par âge, sexe et origine ethno-linguistique est détaillée de sorte que ces cartes donnent un sens à l’identité des personnes embarquées dans cette indescriptible tragédie de l’humanité. De plus, des facteurs comme la mortalité et la longueur des traversées de l’océan atlantique diminuaient au fur et à mesure que les traversées à bord de négriers devenaient une routine et, donc, mieux maîtrisées par les navigateurs aux commandes de ces inqualifiables navires.

Mais, plus important encore est le fait que cet atlas permet de comprendre le concept et la logique qui guidaient ce commerce transatlantique des Africains captifs: Cette traite négrière n’était pas la conséquence d’un hasard. De la même manière que l’on peut remonter l’histoire des relations entre certaines régions des Amériques et d’Europe; à travers cet atlas, il est désormais clair que les connections commerciales entre les esclavagistes des Amériques et leurs partenaires en Afrique trouvaient leur fondement dans le sens des vents qui balaient l’océan atlantique. Les circonstances politiques faisaient le reste.

Par exemple, le territoire aujourd’hui connu sous le nom de l’Angola était le fournisseur de quatre Africains capturés sur les cinq qui embarquaient à destination du Brésil, de l’Argentine et de l’Uruguay. Quant aux Etats-Unis, ils s’approvisionnaient en esclaves principalement capturés dans la zone comprise entre le sud du territoire connu comme le Senegambia et le Liberia actuel. Les autres régions des Amériques et l’Amazonie étaient arrosées par la Guinée Conakry actuelle.

Dates de capture et destinations des captifs africains à travers le monde

Dates de capture et destinations des captifs africains à travers le monde

En plus des incroyables révélations déjà citées, il apparaît aussi dans ce nouvel Atlas que le commerce des esclaves entre les Amériques et l’Afrique était resté intense jusqu’à la veille de l’abolition de l’esclavage. L’institution de l’esclavage et l’industrie qui l’alimentait (la flotte de négriers transatlantiques) n’ont pas été victimes d’une mort économique naturelle. La preuve? Le nombre et la cadence d’arrivée des captifs africains ont atteint leur pic d’activité juste avant l’abolition de l’esclavage dans les centres majeurs d’importation de ces esclaves sur tout le pourtour atlantique des Amériques. Ces tendances étaient vérifiables partout; y compris aux Etats-Unis, au Brésil et dans les territoires Britanniques du ”nouveau monde”.

 

Pour finir, cette dernière note destinée à tordre le cou à une affirmation gratuite qui a tendance à être banalisée de nos jours, à savoir: Il y a plus d’esclaves dans le monde d’aujourd’hui et plus de réseaux mondiaux de trafic humain organisés en cartels (ou en mafias) que jamais. L”’Atlas du commerce transatlantique des esclaves” souligne que des affirmations de cette nature ont la fâcheuse tendance de minorer et de relativiser les horreurs – uniques dans l’histoire de l’Humanité – occasionnées par le transfert forcé d’un continent (Afrique) sur un autre (les Amériques) de millions de femmes et d’hommes capturés, vendus et utilisés pour le seul profit des esclavagistes. En effet, il est difficile aujourd’hui d’imaginer des circonstances dans lesquelles quelques parallèles que ce soient pourraient être opposés à ce qui fut le commerce transatlantique des esclaves africains pendant plus de trois siècles.

David Eltis, l’un des auteurs de l’Atlas du commerce transatlantique des esclaves s’exprime ci-dessous (en Anglais).



Categories: Focus, Subjects in French

1 reply

  1. J’ai parcouru avec un intérêt particulier le récit que vous faites de cette indescriptible tragédie (du passé, mais aussi et surtout du futur) . Grande consolation tout de même pour ce qui par la mise à disposition de ces éléments longtemps tenus pour secret peuvent enfin au bout d’une infernale attente entrer enfin en contact avec leur racine profonde , se redéfinir de façon globale ,et d’avoir maintenant le sentiment d’une appartenance pure et de la vivre dans sa plénitude et son authenticité.

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