Le Sud-Soudan: Un nouvel Etat africain, une nouvelle proie facile.


Entre le 9 et le 15 janvier 2011, près de 99% des Sud-Soudanais ont choisi de voter en faveur de la sécession lors du référendum sur l’indépendance. Ce résultat a eu pour conséquence immédiate: la partition du Soudan et la naissance du 54ème Etat de l’Afrique. Bien que cette partition du Soudan porte un coup sévère au sacro-saint principe de l’intangibilité des frontières héritées de la période coloniale (socle politique de l’Union Africaine [UA]), il est important de reconnaître que c’est surtout le principe cardinal de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes qui a, ici, prévalu.

Pourtant, même avec le résultat acquis lors du référendum sur l’indépendance de la partie Sud du Soudan, l’impact géopolitique de cette partition préoccupe déjà les pays membres de la Ligue Arabe (comme l’Egypte) qui essaient, dans les coulisses, de remettre en question l’indépendance de ce nouvel Etat. De la sorte, ces pays prolongent ainsi le drame soudanais et prennent en otage les espoirs de paix de six millions de personnes victimes de combats entre le Nord et le Sud. D’ailleurs, à quelques semaines de la célébration de l’indépendance du Sud-Soudan, le 9 juillet prochain, c’est la lutte pour le contrôle des zones pétrolières qui fait rage en ce moment à Abyei et à Kordofan, deux régions situées à la limite du Nord et du Sud Soudan.

La région d'Abyeï fait l'objet de violents combats entre le Nord et le Sud-Soudan

Le Nouvel Etat Sud-Soudanais, 54ème pays d'Afrique dès le 9 juillet 2011

Et cette situation devient chaque jour plus préoccupante; malgré les négociations menées à Addis Abeba (Ethiopie) par Omar El Béchir (Nord-Soudan) et Salva Kiir (Sud-Soudan) sur le tracé de la nouvelle frontière commune et la répartition des revenus issus de l’exploitation du pétrole. En visite en Ethiopie, Madame Hillary Clinton, Ministre des Affaires Etrangères du gouvernement Obama, a réclamé, ce samedi 11 juin, le retrait immédiat des forces armées soudanaises d’Abyei, et a encouragé le déploiement de troupes éthiopiennes, sous le mandat des Nations Unies.

C’est au milieu de ce décor, encore chaotique de la naissance d’un nouvel Etat, qu’une entreprise du Texas (Etats-Unis) a obtenu ce que d’aucuns appellent: le contrat du siècle. (Cliquer ici pour le lire)

Le contrat du siècle signé entre Nile Trading and Development Inc. et le Sud-Soudan. De quoi s’agit-il?

600’000 hectares ou 6’000 Kilomètres carrés, soit environ 0.86% de l’Etat du Texas, ou encore 1% du territoire du Sud-Soudan, c’est la superficie du terrain que le 54ème Etat du continent africain va céder à la Nile Trading and Development Inc. (NTD), une entreprise américaine basée dans l’Etat du Texas. Jusqu’ici, l’on peut se dire que des transactions de ce type n’engagent que le nouvel Etat du Sud-Soudan qui, de la sorte, dispose librement de sa souveraineté pour des objectifs qu’il estime bénéfiques pour son peuple. Mais, en y regardant de plus près, l’on est choqué par la somme déboursée par l’entreprise américaine qui, pour s’offrir cette portion du territoire Sud-Soudanais, n’a payé que 4 centimes par hectare acquis. Soit un total de 25’000 dollars pour 600’000 hectares bradés par la coopérative sud-soudanaise (Mukaya Payam). Par ailleurs, la NTD jouit d’une option sur la location de 400’000 hectares supplémentaires. Et selon les termes du contrat paraphé par les Sud-Soudanais de la coopérative Mukaya Payam et leurs partenaires de la Nile Trading and Development Inc.(une filiale de Kinyeti Development LLC) l’entreprise américaine se voit conférer les droits d’exploitation de toutes les ressources naturelles qui se trouvent sur cette portion du territoire sud-soudanais; et ceci pendant 49 ans. Ces droits acquis englobent la commercialisation du bois; le droit de vendre des crédits carbone grâce aux plantations d’arbre et la production agricole, y compris la production d’agrocarburants. Il n’est pas superflu d’ajouter que NTD obtient aussi le droit d’explorer le sol et de produire éventuellement les hydrocarbures qui s’y trouveraient. Derrière cette entreprise américaine, se trouve un homme: Howard Eugene Douglas. Il a servi comme ambassadeur américain sous le Président Ronald Reagan entre 1981 et 1985. Mais, le principal maître d’oeuvre de l’opération qui a abouti à la signature du contrat datant de 2008 se nomme Leonard Henry Thatcher, un banquier d’investissement reconverti dans le commerce international. Selon les termes du contrat, 60% des bénéfices issus de l’exploitation du contrat reviendraient à NTD; tandis que la coopérative Mukaya Payam empocherait les 40%. La répartition des bénéfices issus de ce contrat deviendrait plus équitable dès 2033.

Entre 2000 et 2008, l’Afrique a bradé 16 millions d’hectares de surface arable. Durant la seule année 2009, elle en a bradé 60 millions. Le cas du Sud-Soudan rentre dans la dynamique de cette ruée vers la terre fertile africaine. Depuis que les investisseurs des pays producteurs de pétrole du golfe arabique, les fonds souverains chinois, sud-coréens, européens et nord-américains ont compris que leur souveraineté alimentaire et de substantiels profits en dépendaient, les pays africains font l’objet d’une reconquête. Un nouveau pays comme le Sud-Soudan, dans ces circonstances, représente une proie facile pour n’importe quel prétendu investisseur.

La question que l’on est en droit de se poser face à cette ruée vers les terres africaines est celle-ci: Après avoir plombé l’Afrique de dettes à travers les mécanismes de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International et désorganisé son économie avec le concours de l’OMC, est-on en train d’assister à la deuxième phase de la mise à mort de la souveraineté des peuples africains qui se voient ainsi déposséder de leurs terres, de leur agriculture?



Categories: Economy

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