La Libye, après l’Afghanistan, devient la nouvelle colonie de l’OTAN.


Excentrique et quelque peu mégalomaniaque, Mouammar Kadhafi, le leader libyen, a régné sur son pays pendant quarante trois (43) longues années. Des années durant lesquelles le ”Guide” a surtout été accusé, par le monde occidental, d’avoir sponsorisé le terrorisme. Aujourd’hui, ces années de règne, d’après les informations relayées par les médias, semblent désormais révolues. Cette fin de règne se caractérise surtout par le fait que ses fils – qui étaient positionnés pour lui succéder – sont tous captifs, en fuite ou morts au combat. Le Colonel Kadhafi qui ne possédait aucune fonction spécifique à la tête de l’Etat libyen – si ce n’est le titre de ”Guide de la révolution” – rentrera également dans l’Histoire comme le leader africain qui aura voulu construire en Afrique, et précisément en Afrique Noire, les Etats-Unis d’Afrique. Pas seulement avec des discours, mais avec des actions concrètes. L’illustration graphique (en anglais) ci-dessous ne recense que quelques réalisations connues par le grand public. N’y figure pas, par exemple, son influence financière en soutien à l’ANC de Nelson Mandela pendant les années de lutte contre l’Apartheid.

Avant d’en arriver à cet épisode de la révolution conduite par les rebelles du CNT (le Conseil National de Transition), le Colonel Kadhafi avait, jusque là, longtemps échappé aux diverses tentatives d’annihilation fomentées et attisées par le monde occidental et cela, semble-t-il, en raison de son soutien au terrorisme.  Durant les quatre décennies de son règne, L’Egypte, Israël, la Grande Bretagne, les Etats-Unis d’Amérique et la France ont successivement essayé de l’éliminer physiquement. Sous la présidence de Ronald Reagan, par exemple, l’on se souvient que la chambre à coucher du leader libyen fut couverte d’environ une tonne (2’000 lbs) de bombes américaines, le 15 avril 1986. Attaque militaire au cours de laquelle avait péri la fille adoptive du Colonel, âgée de 2 ans. Kadhafi en était sorti indemne. L’on sait aussi que les services secrets britanniques – le MI6 –  en représailles au soutien de Kadhafi à l’armée républicaine irlandaise, avaient, par exemple, essayé de le supprimer en faisant exploser une puissante bombe à Benghazi, tuant, au passage, un important nombre de civils libyens. La France, quant à elle, à travers son ancien service de contre-espionnage – le SDECE – arma une bombe activable à haute altitude, en la planquant dans un jet transportant le ”Guide” libyen. Toutes ces tentatives d’élimination se soldèrent, bien évidemment, par de cuisants échecs.

Mais, à présent, si l’on en juge par la tournure des évènements que rapportent les médias, il semblerait que le ”Guide” libyen ait épuisé le compte de ses neufs vies. L’opération de renversement de son pouvoir conduite par le CNT, en association avec l’OTAN, semble être en bonne voie. Cependant, malgré le succès engrangé par cette coalition, pas plus tard que mardi dernier, le Colonel Kadhafi clamait encore qu’il ”préfère mourir en martyr” dans son pays.

Mais, la question qui vient tout de suite à l’esprit est de savoir pourquoi il tient tant à mourir en ”martyr” pour un pays qui est, désormais, mis en hypothèque par l’actuel groupe – le CNT –  qui représente l’autorité en Libye… Est-ce vraiment réaliste, Monsieur le ”Guide”? Seriez-vous guidé par l’énergie du désespoir?

Si vous l’ignoriez, il est temps pour vous de savoir que le CNT a déjà commencé à liquider les biens de la Libye en promettant, par exemple, 35% du pétrole brut de votre pays à la France, pour services rendus. Ci-dessous, la lettre en arabe pour confirmer notre thèse. Il est utile de savoir que cette lettre s’adresse au cabinet de l’émir du Qatar qui sert d’intermédiaire entre la France et le CNT, depuis le début du soulèvement dans votre pays. En français, la lettre dit, en substance, que ”[…] S’agissant de l’accord sur le pétrole passé avec la France en échange de la reconnaissance de notre Conseil, lors du sommet de Londres, comme représentant légitime de la Libye, nous avons délégué le frère Mahmoud [Shammam, ministre en charge des médias au CNT] pour signer cet accord attribuant 35% du total du pétrole brut aux Français en échange du soutien total et permanent à notre Conseil.”

La promesse de 35% du brut libyen à la France par le CNT, pour services rendus.

La lettre du CNT à la France: 35% du pétrole libyen contre la tête de Kadhafi.

Interrogé sur le rôle que la France envisage de jouer pour accompagner la transition en Libye, le ministre français des affaires étrangères, Alain Juppé, n’hésite pas à dire que ”la conférence des amis de la Libye, que nous organisons le 1er septembre, a pour objectif la reconstruction du pays”.

Et dans un entretien accordé au quotidien ”Aujourd’hui en France”, le même ministre français du gouvernement de Sarkozy affirme, sans sourciller, que ”quand on m’interroge sur le coût de l’opération, le ministère de la Défense parle de un million d’euros par jour, je fais remarquer que c’est aussi un investissement sur l’avenir”.

A la question de savoir si la France sera prioritaire dans les marchés de la reconstruction, Monsieur Alain Juppé répond ce qui suit: ” Nous attendons que le Conseil national de transition (CNT) précise sa feuille de route politique et formule ses demandes. Il faut bâtir un État de droit, remettre en route la production pétrolière […] Nous serons sur les rangs : le CNT vient de déclarer qu’il s’adresserait prioritairement aux pays qui l’ont aidé ”.

Quatrième exportateur africain du pétrole, la libye arrose plusieurs pays occidentaux et émergents.

L'occident, comme par hasard, figure parmi les plus gros consommateurs du pétrole libyen.

En juillet dernier, une mission conjointe de l’ONU composée par des membres du Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA), le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Fonds des Nations Unies pour les populations (FNUAP), le Programme alimentaire mondial (PAM), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF)) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation internationale des migrations (OIM), arrivée en terre libyenne, déplorait déjà l’état des services de santé débordés et la situation sanitaire qui s’aggravait par le fait que de nombreux membres du personnel médical étranger avaient commencé à quitter le pays, à cause de l’intensification des frappes militaires de l’OTAN et du fait des fournitures sanitaires et des médicaments qui commencaient à manquer. Le manque de carburant et des denrées alimentaires qui restent disponibles sur les marchés, mais deviennent chers, constitue également un problème majeur, selon le constat fait par ce groupe d’organisations non gouvernementales.

S’agissant d’un pays dont l’IDH (Indice de Développement Humain), avant le début de la crise, était parmi les meilleurs au monde, ce constat posé par les services de l’ONU ne manque pas de soulever quelques questions de fond, comme par exemple: A qui profite la chute du dictateur libyen, au peuple de la Libye ou aux membres de l’OTAN?

La libye, sous le règne de Kadhafi, vivait dans la prospérité, si l'on en croit ces données.

L'indice de développement humain de la Libye, depuis 1970, en bleu clair.



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