Arnaques au Congo.


En République Démocratique du Congo (RDC), la campagne électorale a démarré le 28 octobre. Depuis cette date, plusieurs incidents sont venus émaillés une campagne qui s’avère de plus en plus tendue avant l’élection présidentielle et les législatives prévues le 28 novembre. Inquiet, le Bureau Conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a publié, le mercredi 9 novembre 2011, un rapport qui fait état de la ”répression continue des droits de l’homme et des libertés fondamentales” en RDC durant la période préélectorale. De plus, il exprime ses ”vives préoccupations quant à la situation actuelle” marquée par de vives tensions et des violences perpétrées  à l’encontre des membres de l’opposition. Depuis la fin de l’année dernière,  le BCNUDH a déjà fait état de quelques 188 incidents répertoriés entre novembre 2010 et septembre 2011. Des cas de violence liés au contexte des élections présidentielle et parlementaires prévues le 28 novembre.

En parlant de violences en République Démocratique du Congo et, plus généralement, de la situation particulièrement précaire des droits de l’homme en RDC, il n’y a pas que le contexte électoral actuel qui les justifie. Loin s’en faut.

Greenpeace, le mouvement pour la protection de l’environnement, rapporte, dans un article publié sur son blog et signé par René Ngongo, que des villageois (la communauté Yalisika, du territoire de Bumba) s’étant révoltés contre la compagnie d’exploitation du bois SIFORCO, filiale congolaise du groupe Danzer, pour  des motifs de non respect des engagements pris par ladite entreprise, ont fait l’objet d’une véritable expédition punitive. Bilan des violences cautionnées par le partenaire du groupe Suisse basé dans le canton de Zoug : Un villageois décédé (Monsieur Frédéric Moloma Tuka, né en 1952) ; plusieurs femmes violées (parmi lesquelles, des mineures) ; plusieurs personnes tabassées ; 16 personnes arrêtées et emprisonnées dans la ville de Bumba ; les maigres biens des protestataires saccagées.

La preuve, s’il en faut encore une, que face à un Etat congolais absent – à cause de son manque total de moyens – et avec des lois forestières qui sont peu ou pas appliquées, les compagnies forestières opèrent sur le terrain comme un véritable Etat dans l’Etat.

Face à un cas comme celui-ci, l’on peut bien être tenté d’émettre des réserves. Mais, c’est oublier que le Bassin du Congo, qui contient la deuxième plus grande forêt tropicale au monde, se trouve, comme son nom l’indique, principalement sur le territoire de la République du Congo et sur celui de la République Démocratique du Congo.  C’est également oublier que ces deux pays souffrent d’une corruption endémique, que les entreprises européennes et libanaises qui y opèrent sont de véritables états dans l’Etat. C’est surtout oublier que cette forêt que l’on pille si allègrement est, non seulement, d’une importance inestimable en termes de biodiversité et de ressources pour la population locale, mais aussi et surtout une gigantesque réserve de carbone, essentielle à la protection du climat de toute notre planète.

A ce jour, plus de 30 % de cet écosystème est passé sous le contrôle de l’exploitation industrielle. Dans une étude intitulée ‘’Arnaques au Congo’’ publiée en juillet 2008, Greenpeace démontre, preuves à l’appui, comment des entreprises européennes telles que la Holding allemande Danzer, basée dans le canton Suisse de Zoug – un canton réputé pour sa politique fiscale attractive pour les entreprises – exploitent chaque année les richesses de la population et comment elles arnaquent les impôts dus à l’administration de ces pays africains.

Et pour ne rien arranger à la réputation de ces entreprises, il se trouve que même les certifications ”accordées” à ces entreprises, supposées garantir le caractère responsable de leurs activités d’exploitation forestière, souffrent de problèmes de crédibilité.

En effet, Greenpeace dénonce le manque d’intégrité des certifications dites de ”Bois Contrôlé” et ”Chaîne de traçabilité”. L’ONG dénonce également le manque d’efforts fournis pour corriger la médiocrité des pratiques sur le terrain – notamment dans les exploitations forestières à grande échelle. Un manque de crédibilité qui met en danger la confiance globale accordée au FSC (Forest Stewardship Council). Et pour ne pas faire le travail à moitié, Greenpeace International s’oppose à la délivrance de certificats contestables dans le Bassin du Congo. Qu’il s’agisse des entreprises du groupe Danzer ou d’autres, sa position est sans équivoque. Pour cela, l’ONG a transmis officiellement deux plaintes, l’une au FSC et l’autre à l’organisme de certification SmartWood, concernant les récents certificats ”Chaîne de Traçabilité” et ”Bois Contrôlé” délivrés à la société forestière SODEFOR opérant aussi en République Démocratique du Congo (RDC).

Liant le geste à la parole, lundi 7 novembre, afin d’attirer l’attention des européens, et de l’opinion publique internationale, sur le caractère irresponsable des activités du groupe allemand (domicilié fiscal en Suisse) au Congo, quelques douze militants de Greenpeace ont investi un dépôt de bois appartenant à Danzer dans le port de Caen (Nord-Ouest de la France). Au passage, ces militants de la protection de l’environnement ne se sont pas gênés de mettre en cause l’Agence française de développement (AFD). Ils l’accusent notamment d’aider financièrement la filiale congolaise de Danzer ”sous prétexte de soutenir le principe d’une soi disant ‘exploitation forestière durable’ dans le bassin du Congo, idée qui est constamment démentie”.

Pour finir, il est utile de rappeler que Danzer a, entre autres clients, des entreprises comme Ikea, Saint-Gobain (Point P en France et International Timber au Royaume-Uni). Des entreprises européennes qui profitent bien des activités condamnables de SIFORCO. Sur place au Congo, cette filiale du groupe Danzer dispose aussi de soutiens comme la Banque Mondiale, le FMI et de l’agence française de développement (AFD).



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