Les terres rares, l’objet d’une plainte collective contre Pékin.


Les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon attaquent la Chine devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’accusant de restreindre les exportations de ”terres rares”. Ces métaux, indispensables aux produits de haute technologie, sont un enjeu économique et géopolitique. Les explications de John Seaman, chercheur à l’Institut français des relations internationales, spécialiste de la Chine et des questions énergétiques.

Que sont les terres rares, et à quoi servent-elles ?

John Seaman: Ce qu’on appelle ”terres rares” regroupe en fait 17 métaux: yttrium, scandium… Ils ne sont d’ailleurs pas forcément rares, mais plutôt difficiles à exploiter. Ils n’ont pas tous les mêmes usages et ne se trouvent pas tous dans les mêmes gisements. On les utilise principalement dans la haute technologie, où ils permettent de fabriquer des aimants d’usage courant dans les éoliennes, les voitures hybrides, les batteries, les téléphones et ordinateurs…

Quel est le problème avec la Chine ?

John Seaman: Elle assure aujourd’hui plus de 90% de la production mondiale. Mais, depuis 2005, elle a limité ses exportations via des quotas. Entre cette date et 2010, ceux-ci sont passés de 60’000 tonnes par an à 30’000, alors que la demande mondiale passait de 46’000 à 50’000 tonnes. Les prix de certains métaux ont été augmentés par 1’000, même si leur faible quantité dans les produits finis fait qu’il n’y a pas eu de répercussion visible pour les consommateurs. En revanche, toute la chaîne de production intermédiaire est affectée.

Comment Pékin a-t-il acquis cette position dominante ?

John Seaman: Les Chinois ont compris l’intérêt stratégique de ces métaux dès les années 1980. En 1992, le président Xiaping expliquait que ”le Moyen-Orient a le pétrole, la Chine a les terres rares”. A l’époque, les autres pays comptaient sur le libre-échange pour garantir un accès facile à ces ressources, et n’ont donc pas développé leur production. La Chine, elle, l’a fait, sans tenir grand compte des contraintes environnementales, ce qui lui a permis de remplacer les Etats-Unis comme premier producteur mondial.

Comment les autres pays ont-ils réagi ?

John Seaman: Ils ont entrepris des démarches diplomatiques pour convaincre Pékin que son attitude était contre-productive, et contraire aux règles de l’OMC. Ils attendaient aussi les résultats d’une démarche devant cette institution, concernant le blocus chinois sur plusieurs autres métaux non-rares. La Chine a été condamnée dans ce dossier fin 2011. D’où la nouvelle démarche entamée devant l’OMC, dans l’espoir d’un résultat similaire.

La nouvelle décision de l’OMC peut-elle être différente ?

John Seaman: Ce n’est pas dit. Pour se justifier, la Chine invoque la carte environnementale – qu’elle prenait bien peu en compte auparavant. Au nom de l’écologie, on pourrait faire exception aux règles de l’OMC. Il est vrai que l’extraction et la séparation des terres rares est un processus très polluant. Des déchets radioactifs, des acides très puissants, de l’eau polluée sont rejetés dans la nature. Surtout dans le cas de petites mines illégales.

Si l’OMC donne tort à la Chine, celle-ci fera appel. Mais in fine, je pense qu’elle s’y pliera : elle profite trop du commerce international pour risquer des représailles. En revanche, l’augmentation de la production fera baisser les prix, et donc la rentabilité des mines non-chinoises.

Les terres rares sont-elles un enjeu géopolitique ?

John Seaman: Bien sûr, les pays étrangers voient l’attitude chinoise comme une menace. Pour sortir de la crise, ils misent sur les hautes technologies, qui ont besoin de terres rares. La Chine a à peu près le même but, elle cherche à réorienter son économie vers plus de valeur ajoutée. Les terres rares sont un élément majeur de sa stratégie de puissance. Elle les a notamment utilisées contre le Japon, avec qui elle est en conflit sur des questions territoriales en mer de Chine. Après une récente phase de tension, elle a bloqué les exportations de plusieurs produits vers l’archipel, notamment les terres rares, dont l’industrie est très dépendante.

Quels autres pays pourraient extraire des terres rares ?

John Seaman: On estime que 47% des réserves mondiales se trouvent en Chine. Le reste, on le trouve un peu partout : la plus grande mine du monde est censée ouvrir cette année en Californie, une autre se trouve en Australie. Il y en a aussi en Asie centrale, en Afrique du Sud. Possiblement au Groënland. Il est même possible d’en trouver en Europe. Le problème est que la mise en route de l’exploitation prend beaucoup de temps. Il faut cinq à dix ans pour faire les études nécessaires, réunir les autorisations…

Pourra-t-on un jour se passer des terres rares ?

John Seaman: Les chercheurs y travaillent. Mais les solutions alternatives permettront-elles de faire des produits de même niveau ? Sinon, cela profitera à la Chine. On peut aussi avancer sur le recyclage des produits contenant des terres rares, pour réutiliser celles-ci. Mais si le prix de ces métaux baisse, il sera moins rentable de les recycler.

Source: Liberation.



Categories: Economy

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