Malgré François Hollande, l’extrême-droite s’impose dans l’élection présidentielle française.


Si l’on se fie aux différents sondages publiés depuis l’ouverture officielle de la campagne présidentielle française, demain dimanche, 6 mai 2012, le prochain président des français sera François Hollande.

Après François Mitterand en 1981, vainqueur face à Giscard d’Estaing, François Hollande est sur le point d’être le premier socialiste, depuis plus de trente (30) ans, à battre un président sortant. Pour cette simple raison, Monsieur Hollande et toute sa coalition (de l’extrême gauche jusqu’au centre représenté par le Modem de François Bayrou) auront toutes les raisons du monde de célébrer cette victoire qui avait déjà échappé à Lionel Jospin (contre Chirac) en 2002 et à Ségolène Royal (contre Sarkozy) en 2007.

Mais, à côté de cette gauche en liesse, l’autre vainqueur de cette élection présidentielle française est, déjà, le populisme de l’extrême-droite, promu et représenté par le Front National de Marine Lepen. En quoi le Front National peut-il se targuer d’être l’autre vainqueur de cette élection? Les raisons, pour cela, ne manquent pas.

Bien avant d’entamer l’étape du deuxième tour de cette élection présidentielle qui s’achève, l’UMP, parti républicain notoirement établi à droite, décide d’embrayer sur les thèmes chers au parti extrémiste de Marine Lepen dont la réputation du père (et fondateur du parti) n’est plus à faire. Au coeur de la rhétorique électoraliste du candidat de l’UMP, il y a l’islamophobie à outrance, nouvelle marque de fabrique du Front National. Puis, au  milieu de la panoplie de Sarkozy, en quête du vote extrémiste, siège bel et bien le discours anti-immigré. L’étranger, ce bouc émissaire parfait qui menace la civilisation européenne. Ce quidam dont la seule présence sur le territoire français (et européen) suffit pour justifier (et oublier) le fort taux de chômage actuel, la crise financière, la crise économique, la crise de la dette publique, l’injustice fiscale, la délinquance, l’insécurité, le faible pouvoir d’achat, la précarité en voie de généralisation, le déficit des comptes publics, les déficits dans le commerce avec la Chine et l’Allemagne, la guerre contre le terrorisme, etc… L’étranger étant devenu l’épouvantail parfait dans le discours de la droite et de l’extrême droite, la question que l’on est désormais en droit de se poser – face à cet extrémisme décomplexé –  c’est de savoir si les limites que l’on croyait infranchissables, il y a quelques années, seront bientôt franchies pour basculer dans le fascisme absolu.

A l’allure où Nicolas Sarkozy court après les électeurs de Marine Lepen pour l’élection de demain dimanche, il n’y a pas l’ombre d’un doute que, face à l’atmosphère de crise actuelle, à droite comme à l’extrême droite, l’on ne peut se priver de ressortir et de brandir les racines chrétiennes de l’Europe, d’agiter l’argument du nombre envahissant d’étrangers et de musulmans, etc… pour rassurer le peuple en jouant la carte du protecteur.

Dans la course aux électeurs du Front National, Sarkozy n’est pas seul. Après tout, il faut encore quelques points à François Hollande pour complètement bétonner son score face à Sarkozy au soir du second tour. Il en va de la crédibilité et de la légitimité de sa future présidence. Pour ce faire, il a, lui aussi, besoin d’électeurs supplémentaires. Il ne va pas faire la fine bouche face à ceux de Marine Lepen. Pour cette raison, ses appels du pied en direction des 6,5 millions voix rassemblées par Madame Lepen ne sont pas différents de ceux exécutés par Sarkozy. A la seule différence que la difficulté pour Hollande de convaincre les électeurs de Marine Lepen est plus importante. Car idéologiquement, Sarkozy est plus proche de Marine Lepen que ne l’est Monsieur Hollande.

Par conséquent, pour séduire ces électeurs frontistes tant convoités par les deux camps, François Hollande n’a pas hésité à marteler que dans l’hypothèse où il serait président, il ne manquera pas de maintenir l’interdiction du port du voile. Un interdit qui a sa faveur ”depuis 2003”, a-t-il tenu à rapeller à Sarkozy mercredi dans le débat télévisé l’opposant à Sarkozy. Toujours, en réponse à son adversaire qui le défiait sur la question de la viande halal , François Hollande n’a pas hésité à se jeter corps et âme dans la mêlée en affirmant que dans les cantines scolaires, ce type de viande sera proscrit lorsqu’il sera aux affaires.

Ainsi, comme on peut le constater, l’idéologie et les thèmes de l’extrême-droite ont fait irruption dans dans le débat politique en France. Lorsque l’on sait la place qu’occupe la France au sein de l’Europe politique, économique et culturelle, l’on peut être amené à s’inquièter. Car historiquement, la France a toujours été le point de départ de plusieurs tendances qui ont parcouru l’Europe. Par exemple, la révolution française a bel et bien été le point de départ, si ce n’est l’étincelle qui a allumé la mèche de la démocratie moderne dans toute l’Europe.

Aujourd’hui, aux côtés de l’Allemagne, la France est au coeur de l’Union Européenne. Politiquement, l’une et l’autre en sont le moteur. Les deux forment les deux poumons économiques de la zone. Jusqu’à présent, les populistes avaient réussi à prospérer dans des pays comme les Pays Bas, l’Italie ou la Pologne. La France n’est guère aussi minuscule que la Hollande; elle n’est guère aussi politiquement dysfonctionnelle que l’Italie; elle a une expérience de la démocratie beaucoup plus établie comparée à la Pologne. Pour ces quelques raisons, la France a le devoir de ne pas se laisser aller dans le triste spectacle de la course aux voix extrémistes qui ont trouvé en Marine Lepen leur nouveau Messie.

L’extrême-droite n ‘a jamais été la solution. Les coalitions dans lesquelles, elle a fait partie ont toutes échoué. Que ce soit en Italie avec la Ligue du Nord, au Danemark, en Autriche ou aux Pays Bas, tous les gouvernements qui ont composé avec l’idéologie extrémiste ont fini par voler en éclats. Même Angela Merkel et David Cameron qui sont contre le multiculturalisme – empruntant ainsi le ton de leurs compétiteurs de l’extrême-droite – n’ont pas encore franchi le pas que l’UMP et Sarkozy ont franchi dans cette élection française de 2012.

Courir après des électeurs pour gagner une élection, c’est une chose; mais leur courir après au point d’en perdre son âme…cela en vaut-il la peine? Cet acharnement qu’a démontré Monsieur Sarkozy, tout au long de la campagne, à vouloir s’accrocher à sa reélection, pour légitime qu’il est, il n’en est pas moins suspect. L’immunité présidentielle pour les cinq prochaines années au point de courtiser l’extrême-droite avec autant d’entrain… Et pouvoir ainsi échapper aux nombreux dossiers actuellement examinés par la justice. Des dossiers parmi lesquels il y a celui traité dans la vidéo qui suit… Rien de rassurant, en somme.



Categories: OPINION

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