La fin de l’€uro: Un guide pour la survie.


Chaque crise économique comporte toujours son moment de vérité. Bientôt, partout dans la zone euro, des millions d’hommes et de femmes sortiront brutalement d’un long sommeil dans lequel leurs politiciens ont, pendant longtemps, contribué à les plonger. Et au réveil, c’est un chaos économique qui les attend: La fin de l’euro.

Pour comprendre la situation telle qu’elle se présente, il est utile de se défaire de nombreuses illusions jusqu’ici vendues.

La crise qui secoue l’Europe aujourd’hui est le résultat d’une succession de ”tournants majeurs” qui se sont révélés être une suite d’étapes qui mènent finalement l’union monétaire européenne (la zone euro) vers une abysse économique. L’élection légistative grècque du 17 juin prochain est un autre exemple de ces ”tournants majeurs” qui ont conduit l’Europe vers sa crise actuelle. Peu importe l’issue de cette élection, la vérité est que, bientôt, dans les rues d’Athènes, une nouvelle dévise supplantera l’euro. Quelques exemples qui justifient ce raisonnement?… Il est déjà impossible d’entendre le nouveau Président français et Angela Merkel prononcer une phrase à propos de la grèce qui ne comporte l’hypothèse d’une sortie des héllènes de la zone euro; même si tous les deux refusent de s’y résigner. Cette attitude du moteur franco-allemand de l’Union Européenne a pour résultat: le retrait massif  des dépôts bancaires en Grèce; les délais impartis pour le paiement des impôts et autres taxes ne sont guère respectés par les contribuables; les entreprises peinent à honorer leurs obligations vis-à-vis de leurs fournisseurs – soit pour cause d’insolvabilité, soit parce qu’elles attendent de s’acquitter de leurs factures dans une monnaie avantageusement dévaluée (la drachme ressucitée).

Jusqu’ici l’action menée, de manière coordonnée, par la Commission Européenne (CE), la Banque Centrale Européénne (BCE) et le Fonds Monétaire International (FMI) s’est révélée être un désastre dont les proportions sont aujourd’hui à peine imaginables. Et si d’aventure, cette troïka mettait sur pied un programme supplémentaire de sauvetage de la Grèce, il est évident qu’il conduirait dans une impasse similaire à celle d’aujourd’hui. D’ailleurs, c’est en réaction à la frustration causée par le cas de la Grèce que la Directrice Générale du FMI, Madame Lagarde, ne s’est pas privée de faire remarquer ”qu’en ce qui concerne Athènes, [elle] pense aussi à tous ces gens qui essaient d’échapper aux impôts tout le temps.

A l’évidence, la patience de Madame Lagarde envers les grecs s’amenuise rapidement. Cela tombe plutôt mal, car, en vérité, l’incapacité que les grecs ont démontré à tenir leurs différents engagements – en contrepartie du sauvetage pourvu par les bailleurs de fonds internationaux – est surtout la preuve de l’nadéquation d’une monnaie unique pour les différents pays de la zone euro. Le retour de manivelle actuellement vécu en Grèce, suite à la mise en place des mesures d’austérité, reflète l’immense désarroi et la peine  qui accompagnent la tentative désespérée de dévaluation masquée, pilotée depuis Bruxelles (Commission Européenne) et Francfort (Banque Centrale Européenne), afin de restaurer la compétitivité et d’éponger une bonne partie de l’immense dette accumulée par Athènes.

Face à une recession qui dure depuis cinq ans, menacée par un taux de chômage qui tutoie les 20% de sa population active, sous le poids des mesures d’austérité mises en place – dans le cadre du deal que la troïka et Athènes ont paraphé – prise en otage par une classe politique particulièrement divisée à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières, la Grèce ne peut s’attendre au soir de l’élection du 17 juin prochain qu’à un autre ras-le-bol de son peuple. Et si l’on ajoute à cela les états d’âme du leadership du FMI, le petit jeu mesquin des leaders politiques de la zone euro, les pronostics échevelés des journalistes et autres experts financiers qui n’hésitent plus à évoquer ouvertement la sortie de la Grèce de l’euro, quel est l’investisseur ou même l’épargnant qui ira risquer son argent ou les économies de toute une vie dans un pays dont l’avenir économique immédiat donne froid au dos?

Tenez vous tranquille, il se trouve qu’il existe quand même des politiciens et des dirigeants assez gonflés qui pensent que la Grèce peut sortir de l’euro sans causer de grands heurts aux autres membres de cette zone monétaire. Ils se trompent. La sortie de la Grèce de la monnaie européenne n’est qu’une autre étape dans la chaine d’évenements  qui balisent le chemin vers la fin chaotique de la zone euro.

Au cours des prochaines étapes de la crise qui secoue l’Europe, les citoyens de l’Union vont découvrir les énormes risques financiers qui ont été pris en leurs noms dans la tentative désespérée des politiciens de garder en vie l’euro. Et si d’aventure la Grèce venait à sortir de la zone euro, son gouvernement laisserait derrière lui une ardoise évaluée à 120 milliards d’euros de dette impayée auprès de ses créanciers officiels et 27 milliards d’euros dûs au Fonds Monétaire International.

Plus effrayant encore, ce fait méconnu par le contribuable allemand, la Grèce sera incapable de rembourser 155 milliards d’euros de dette contractée auprès du système euro (constitué par la Banque Centrale Européenne et les 17 banques centrales des pays de la zone euro). Cette somme due comprend les 110 milliards d’euros fournis automatiquement à la Grèce à travers le système de paiement du Target2 – c‘est un mécanisme financier qui s’occupe des arrangements entre les différentes banques centrales utilisant la monnaie européenne. L’ampleur de la fuite des capitaux des banques grècques oblige les banques centrales des 17 pays membres de la zone euro à venir en aide aux banques grècques, faute de quoi, celles-ci mettraient la clé sous le paillasson. Ce manège entre les 17 banques centrales des pays membres de la zone euro et la Grèce a cours en ce moment même, en sourdine. Les comptes du système de paiement Target2 l’illustrent très clairement. Et les emprunts contractés par la Grèce dans le cadre de ce système de paiement démontrent que la majeure partie de cet argent prêté à la Grèce provient de la Bundesbank, la banque centrale allemande; étant donné le fait que les capitaux fuyant les banques grècques prennent, la plupart du temps, la direction des banques allemandes.

Pourtant, il est utile de faire remarquer qu’en cas de sortie de la Grèce de l’euro, les pertes seront partagées par tous les 16 pays encore membres.

Officiellement, la Banque Centrale Européenne a toujours nié avoir pris des risques excessifs dans le cadre de cette crise, même si les faits prouvent le contraire. Si l’on ne prend en compte que le système de paiement Target2 sus évoqué et l’achat des obligations, l’on découvre qu’entre l’Irlande, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la Grèce, le système euro (BCE et les 17 banques centrales), les frais de la tentative de sauvetage s’élèvent à  plus de 1.1 trillion d’euros. Cette somme représente plus de 200% du capital du système euro. Aucune banque au monde ne peut déclarer qu’une pareille somme d’argent est un rique mineur vis-à-vis de son capital ou (dans le cas d’une banque centrale) des contribuables des pays membres. De plus, afin d’avoir une idée précise de l’ordre de grandeur de cette somme risquée, il faut savoir qu’elle représente 43% du PIB allemand qui, lui-même, s’élève actuellement à 2.57 trillions d’euros.

[…]

Voici à quoi ressemble la fin de l’euro: Une fois que la Grèce aura évacué la zone euro, les pays périphériques (Espagne, Portugal, Italie, Irlande) plongés dans la recession et ne pouvant pas atteindre les objectifs fixés par la troïka, causant ainsi une aggravation du poids de leurs dettes respectives, l’euro comme monnaie perdra de sa valeur en comparaison avec d’autres dévises concurrentes. Cette perte de la valeur de l’euro ne signifiera pourtant pas que l’Europe sera soudain devenue une zone attractive pour les investissements étrangers. Bien au contraire.

Les raisons pour ce constat ne manqueront pas. La banque Centrale Européenne ayant perdu le contrôle de la politique monétaire, le marché international se rendra vite compte qu’elle est devenue l’otage des politiciens qui ne vont pas hésiter à l’obliger à fabriquer du crédit pour compenser la fuite inaltérable des capitaux et tenir à bout de bras des économies nationales sous perfusion. Se rendant compte que les crédits délivrés par la Banque Centrale Européenne ne seront jamais remboursés, les marchés se détourneront de l’euro. Même avec des taux d’intérêts élevés, les obligations des Etats européens auront du mal à trouver des investisseurs. Y compris l’Allemagne. Et lorsque le contribuable allemand se rendra compte de la situation, et prendra finalement la mesure du désastre occasionné, notamment à travers l’inflation qui baissera son pouvoir d’achat et surtout la necessité – encore une fois – de payer pour les partenaires européens croulant sous le poids de la dette et l’impossibilité de la rembourser seuls; alors la solution la plus simple pour l’Allemagne sera de quitter l’euro. Cette attitude de l’Allemagne obligera les autres pays à retrouver leurs anciennes monnaies et c’en sera fini de l’euro.

Mais, sachons rester réalistes. Les remords de l’Allemagne, la conséquence des conflits passés qui ont dévasté l’Europe, étant plus forts, et surtout la peur de perdre les bénéfices de 60 ans d’intégration européenne, conduiront, encore une fois, la zone euro à renvoyer l’inévitable, à plus tard.

Mais, le problème avec ce jeu dangereux du chat et de la souris auxquels se livrent les 17 membres de la zone euro avec l’inévitable fin de leur monnaie unique, est que lorsque la digue qui retient les vagues cèdera sous son propre poids, les conséquences et les dommages seront démultipliés et les antagonismes, qui vont avec, seront bien pires.

Durant les trente dernières années, les politiciens européens ont toujours promis de ”faire tout ce qui est en leur pouvoir” pour sauvegarder l’Union Européenne et, plus tard, l’euro. A l’évidence, ils n’en ont pas été capables. […] Il est grand temps que l’union Européenne commence, avec le soutien du FMI et des Etats-Unis, à démanteler la zone euro. Plusieurs moyens existent pour réduire le chaos que pourrait engendrer cette perspective. Des problèmes techniques, légaux et financiers pourraient être réglés, en toute discrétion, à l’avance. De plus, l’Europe a besoin de préserver les principaux acquis de ces 60 ans d’intégration, par exemple, la mobilité pour le marché du travail et le commerce qui n’ont rien à voir avec l’erreur de la monnaie unique qu’est l’euro.

Malheureusement, et nous le savons tous, les politiciens refusent d’admettre la vérité. En fait, ils détestent d’admettre leurs erreurs et leurs incompétences passées. Il leur est plus facile de se battre contre vents et marrées à vouloir coordonner la descente aux enfer de 17 pays différents en inventant de nouveaux concepts comme la ”mutualisation de la dette”, la mise sur le marché international des ”Eurobonds”, l’appel à la rescousse du G7,  du G8 ou même du G20, et d’autres contes pour enfants. Ce qu’ils semblent oublier, c’est que nous sommes dans le système du chacun pour soi.

Article écrit par Simon Johnson, auteur américain de l’ouvrage ”White House Burning: The Founding Fathers, Our National Debt, and Why It Matters To You” en collaboration avec Peter Boone, un universitaire anglais qui officie au ”Centre for Economic Performance”, London School of Economics et au Salute Capital Management Limited.
Traduit de l’anglais et édité par Philemon OWONA.


Categories: Economy

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