En Afrique, “les groupes chinois profitent du retrait des Occidentaux”


Les destinées de la Chine et de l’Afrique sont étroitement liées, et leur amitié est profondément ancrée dans les peuples chinois et africains”, a déclaré Hu Jintao, hier, lors de l’ouverture de la 5ème conférence ministérielle du Forum de coopération Chine-Afrique (FOCAC).

Le 19 juillet, également, Pékin a annoncé qu’il doublerait ses crédits alloués à l’Afrique. Le doublement des crédits chinois à destination de l’Afrique n’est pas une surprise, après l’annonce de 10 milliards octroyés en 2009 à Charm el-Cheikh, en Egypte. La Chine est depuis 2009 le premier partenaire commercial de l’Afrique. Les échanges ont atteint l’an dernier un record à 166,3 milliards de dollars, en hausse de 83% par rapport à 2009, d’après le ministère chinois du Commerce.

Mathieu Pellerin, chercheur à l’IFRI, spécialiste des relations sino-africaines, estime que la Chine est la puissance économique dominante en Afrique, qui favorise la croissance des pays du continent.

Question: La présence chinoise a-t-elle un impact sur la croissance des pays africains ?

Mathieu Pellerin: Les impacts sont indéniables, ils ont même été reconnus par le FMI, pour qui la présence chinoise a non seulement contribué à la croissance des PIB nationaux, mais a aussi été un facteur de résilience pour nombre d’Etats africains durant la crise financière. Les investissements chinois en Afrique sont assez diversifiés, ils s’orientent majoritairement vers le secteur manufacturier, et se développent dans le domaine bancaire.

La Chine a été un moteur pour la construction d’infrastructures. Elle fait également renaître des projets jugés insuffisamment rentables par les entreprises occidentales, comme des projets pétroliers au Niger. Mais, certaines industries africaines naissantes ont été touchées par la concurrence chinoise, et la population locale ne bénéficie pas toujours de l’effet d’aubaine de ces nouveaux projets, en raison d’un taux insuffisant de “local content”, c’est-à-dire d’embauche et de sous-traitance locale.

Question: Quels sont les autres pays du monde qui s’implantent en Afrique ? Sont-ils des concurrents sérieux pour la Chine ?

Mathieu Pellerin: Les partenaires dits “traditionnels” (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Japon) perdent des parts de marché au profit des pays que l’on qualifie d’émergents, bien que certains aient déjà émergé, comme la Chine et l’Inde. Avec eux, la Corée du Sud et le Brésil sont parmi les acteurs les plus investis sur le continent. La Turquie y est également de plus en plus présente, de même que l’Iran, le Qatar et Dubaï.

Pour l’heure, l’Inde est le seul véritable Etat capable de concurrencer la Chine pour plusieurs raisons : Elle dépend plus que la Chine de ses importations de pétrole et de minerais, sa croissance démographique préfigure un accroissement de ses besoins, les entreprises indiennes (Tata, Arcelor-Mittal…) sont de dimension mondiale. L’Inde, de part sa valeur ajoutée dans le domaine des NTIC [nouvelles technologies de l’information et de la communication], constitue un attrait certain pour nombre de pays africains. Reste à savoir si le pays honorera ses promesses en matière de transfert de technologies.

Question: Les problèmes géopolitiques dans certains pays peuvent-ils être un frein à l’implantation chinoise ?

Mathieu Pellerin: Bien au contraire, la Chine profite des désordres géopolitiques. Officiellement, le pays montre une réserve diplomatique dans les pays en crise, comme ce fut le cas au Soudan ou au Zimbabwe. Mais dans le même temps, les groupes chinois profitent du retrait des Occidentaux de ces pays pour pénétrer leurs marchés.

La Chine est de plus en plus soucieuse de préserver son image sur le plan international et de s’aligner sur la communauté internationale. Des actes de l’Etat chinois le prouvent, comme la participation à la lutte contre la piraterie maritime dans le golfe d’Aden ou les pressions exercées par la Chine sur le régime d’Omar El Bechir au Soudan.

Le pays a conscience que la durabilité de sa présence ne pourra être assurée que par l’amélioration des conditions de ses implantations. Les entreprises chinoises sont donc désormais incitées par les autorités à s’engager en matière de responsabilité sociale, et ce, pour éviter les manifestations anti-chinoises, et dissuader les enlèvements de Chinois en Afrique.

Propos recueillis par Laure Beaulieu.



Categories: News

2 replies

  1. L’intervention Chinoise et Européenne en Afrique, on le voit sont très différentes. La Chine à décider d’investir dans les infrastructures des pays, alors que l’europe est arrivée avec pour objectif de faire “évoluer” les gouvernements. Il semblerait que la stratégie chinoise soit la plus judicieuse pour aider au développement de ces pays… Maintenant il est vrai, il va falloir aussi développé le coté social dans les entreprises chinoise à l’étranger .

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    • Après avoir endetté leurs pays respectifs auprès des occidentaux et du Japon pendant de longues années – avec le résultat que l’on sait – ; désormais, les mêmes dirigeants africains se tournent vers la Chine et, soudain, espèrent un meilleur partenariat… Sylvie, si vous voulez mon avis, je vous donne rendez-vous dans pas longtemps pour que nous reparlions, avec lucidité, de la stratégie chinoise que vous qualifiez de ”judicieuse”.

      Et sans vouloir exagérer, pour illustrer mon propos, je vous recommande de vous interesser à la Zambie. Le 04 août 2012 (il y a un peu plus d’une semaine de cela), le patron chinois d’une mine de charbon a été assassiné et un autre a été grièvement blessé par des employés zambiens remontés.

      Ma question: Si ”la stratégie chinoise [est] la plus judicieuse pour aider au développement de ces pays”, qu’est-ce qui peut bien pousser des employés à attenter à la vie de partenaires qui veulent aider au développement de leur pays?

      Hier, c’était l’occident avec sa ”civilisation”. Aujourd’hui, c’est la Chine avec ses ”infrastructures” qui nous subjugue avec ses espèces sonnantes et trébuchantes.

      Toujours avec la même naïveté désarmante, nous, les africains, courons ventre à terre, pour hypothéquer les ressources, les richesses et l’avenir d’un peuple aujourd’hui estimé à près d’un milliard d’êtres humains.

      Quand commencerons-nous à prendre les bonnes décisions pour l’intérêt des africains?

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