Economie: Pourquoi fête-t-on les 40 ans des accords monétaires de la zone Franc (CFA)?


Le vendredi 23 novembre 2012, à Malabo (Guinée équatoriale), s’est achevée, à la faveur de la célébration du quarantenaire de la banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC), la fête du Franc CFA, présidée par le chef de l’Etat équato-guinéen, Téodoro Obiang Nguéma, en personne.

Dans ce pays riche en pétrole (ancienne colonie espagnole), la célébration des quarante ans du Franc CFA (anciennement dénommé: Franc des Colonies Françaises d’Afrique) a également donné lieu à un symposium, intitulé ”Intégration monétaire en Afrique : expériences et perspectives”. Une réunion des économistes et des spécialistes du Franc CFA, au cours de laquelle, il était manifestement question de rendre hommage à l’héritage légué par le colon, il y a plus de cinquante ans de cela.

Avec le zèle et l’entrain qui sont si particuliers à nos leaders de la zone Franc CFA (14 pays du continent et l’archipel des Comores) lorsqu’il est question de célébrer l’héritage reçu de l’ancienne mère-patrie (la France), il est inutile de s’interroger sur la torpeur et la léthargie qui caractétisent leur attitude face à la question de l’indépendance de la monnaie et face à la question de la compétitivité de l’économie des deux sous-régions (Afrique centrale et Afrique de l’Ouest) impliquées.

Pour ceux qui ne le savent pas, la zone Franc et sa monnaie le Franc CFA constituent le seul système monétaire colonial au monde à avoir survécu à la décolonisation. La mise en place de ce système est une stratégie qui a longtemps permis à la France de sauvegarder ses intérêts économiques dans ses anciennes colonies. A l’évidence, ce choix stratégique de la France a réussi à empêcher la création des monnaies proprement africaines, cela d’autant plus que, jusqu’au début des années 2000, les banques privées françaises, battant pavillon local (bien évidemment), quadrillaient l’économie des 15 pays en question.

Il convient aussi de signaler que le Franc CFA n’est reconnu, en tant qu’acte législatif, par aucune constitution des Etats Africains, qu’ils soient de la CEMAC ou de l’UEMOA. Il n’a donc aucun cour légal. Mais, reconnaissons-le entre nous, ce n’est pas une telle omission dans la constitution d’un Etat africain qui viendra empêcher nos dictateurs démocratiquement élus (note: oxymore voulu) de disposer de la richesse du peuple à leur convenance.

Tenez, par exemple: Dans une interview accordée au magazine Jeune Afrique du mois de mai 2010, Christine Lagarde (Directrice du FMI), à l’époque ministre de l’économie française, déclare que ”La Banque des États de l’Afrique Centrale place, par exemple, près de 90 % de ses avoirs auprès du Trésor français. Si les dirigeants de la Banque centrale le font, c’est qu’ils y ont un intérêt et que l’affaire n’est pas si mauvaise”. Cette interview, accordée au magazine panafricain, précédait une rencontre entre le membre du gouvernement français et les ministres en charge de l’économie dans les anciennes colonies françaises d’Afrique.

Madame Lagarde, ”90 % des avoirs [de la BEAC] auprès du Trésor français”, c’est autant d’argent qui est amputé du budget de ces six (6) États africains. Et quelle est l’attitude de la France dans ce subterfuge savamment organisé? Elle rémunère la banque centrale de ces 6 Etats en intérêts, tout en se servant au passage, grâce à des placements privés (des sommes dégagées au profit de la France qui se comptent en centaines de millions d’euros). Pire, la part d’intérêts versée à la BEAC est comptabilisée dans l’Aide Publique au Développement (APD) que la France déclare octroyer chaque année à ces pays africains !

Ainsi dépouillés de ”90%” de leurs réserves de change et gratifiés, au passage, d’une dette… pardon, d’une aide publique au développement, ces pays de la zone CEMAC se retrouvent dans une situation économique et sociale intenable, d’autant plus que la France (soutenue par le FMI et la Banque Mondiale) leur impose une rigueur budgétaire (c’est-à-dire une baisse des dépenses publiques) contre la garantie de la convertibilité du Franc CFA en euro. Une garantie de convertibilité qui n’a, jusqu’ici, rapporté aux pays de la zone F CFA, qu’une baisse de la compétitivité des produits de leurs sous-régions, un fort taux de chômage du fait des coûts de production élevés, en comparaison avec leurs concurrents internationaux, etc, d’une part. Et d’autre part, la convertibilité supposément garantie par la France, a surtout permis — avec une facilité ahurissante — l’investissement français, le rapatriement des capitaux français, l’importation par la France de matières premières et la fuite des capitaux de l’Afrique vers la France.

Quarante (40) ans après la signature des accords de coopération monétaire de la zone franc, il est légitime de s’interroger sur le sens des célébrations organisées par la Guinée Equatoriale (dont le directeur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique Centrale est ressortissant) et par d’autres pays membres signataires de cet accord de dupes.

Une chose est sûre: Le modèle imposé par le système franc CFA ne peut pas permettre l’autonomie monétaire de la CEMAC et de l’UEMOA. De plus, il empêche leur développement. Il perpétue une relation asymétrique et néocoloniale entre la France et les 15 pays de la zone CFA.

Dès lors, comment comprendre les célébrations et autres évènements organisés autour des 40 ans de ces accords monétaires qui empêchent ces économies de s’auto-déterminer et de prendre leur envol? Dans un monde où les règles du jeu sont déterminées par l’OMC, la Banque Mondiale, le FMI et les grandes multinationales, aujourd’hui, l’Afrique peut-elle encore se permettre le luxe de garder le Franc CFA? Peut-elle encore se permettre d’avoir les mains liées par le Trésor français, du fait de l’incompétence de dirigeants dont la seule stratégie de développement se résume à l’octroi des richesses de leurs pays à la Chine contre quelques contrats mal ficelés et bâclés.

Qu’attendent les dirigeants africains pour libérer le géant qu’est l’Afrique? Car, comme le note le professeur ès économie l’Ivoirien Agbohou, ”la décision de battre monnaie revient aux gouvernements. Le vrai problème, c’est la décision politique. Et les dirigeants [de la zone franc CFA] ne la prennent pas”.

Qu’espèrent-ils? Que Charles André Joseph Marie de Gaulle revienne à Colombey-les-Deux-Églises pour leur octroyer la souveraineté monétaire, comme il l’avait prétendument fait avec ”l’indépendance” politique à l’aube des années 1960?

Tout savoir sur l’arnaque du Franc CFA …

Première partie

 

Deuxième partie

 

Troisième partie



Categories: Economy

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