Histoire de France: Louis XIV avait une fille Noire, Serge Bilé en fait un livre


La Mauresse de Moret, la fille de la Reine Marie-Thérèse, épouse de Louis XIV

La Mauresse de Moret, la fille de la Reine Marie-Thérèse, épouse de Louis XIV

Les livres d’histoire de France n’ont retenu ni sa date de naissance (1664?), ni la date de son décès (1728?), ni son nom. Pourtant, ses contemporains — parmi lesquels l’on trouve Voltaire — notent bien qu’elle a vécu au couvent des bénédictines de Moret-sur-Loing (dans la Seine-et-Marne). Voltaire précise d’ailleurs dans son ouvrage ”Siècle de Louis XIV” (ch. 28 – fin) que Louis XIV donna vingt mille écus en la plaçant dans ce couvent.

D’où venait-elle avant d’arriver dans cette abbaye? Qui était-elle? Aucune réponse claire, si l’on s’en tient aux rumeurs consacrées à cette religieuse du 18è siècle.

Et c’est précisément pour apporter de la lumière sur ces questions que Serge Bilé, le journaliste et écrivain français, décide de se consacrer à l’écriture d’un livre intitulé ”la Mauresse de Moret” ou ”la religieuse au sang bleu”.

Serge Bilé n’est pas Alexandre Dumas, et c’est l’esprit du journaliste qu’il applique à ce petit fait-divers ordinaire du dix-septième siècle, la naissance et la disparition d’un enfant, fût-il royal. De source en source, il défile l’écheveau d’une existence secrète, parallèle, niée, d’une religieuse à la peau noire d’un petit couvent sans gloire que la Reine de France, pourtant, venait visiter, qui bénéficiait d’une pension indirecte du Roi (via Madame de Maintenon) et à qui les enfants du couple royal rendirent visite pendant toute sa vie… Comme à une sœur et plus qu’à une ”bonne sœur”.

Le récit de la Grande Mademoiselle…

Les faits sont présentés dans quelques récits contemporains, notamment celui de la Duchesse Anne-Marie de Montpensier, cousine germaine du Roi, libre et frondeuse dans sa jeunesse, qui relate ce que lui a raconté son oncle, le Duc d’Orléans, frère du Roi, présent au moment des faits, et trop langue de vipère pour se plier avec elle à l’omerta royale qui règne dans les heures qui suivent…

 ”Monsieur me conta l’effroi que l’on avait eu sur la maladie de la Reine, le monde qui était au Louvre lorsqu’on lui apporta Notre-Seigneur, et comment monsieur l’Abbé de Gordes, présentement évêque de Langres, son premier aumônier, s’était évanoui d’affliction ; que Monsieur le Prince avait ri, et tout le monde ensuite ; que la Reine avait fait une mine (je ne m’en étonnai pas ; quand on est dans cet état et que l’on voit rire, on n’est pas trop aise) ; que la fille, dont elle était accouchée, ressemblait à un petit maure…” 

Eclat de rire général… Masquant la gêne !

Il faut, pour bien saisir tout l’humour du récit, imaginer la Reine accouchant en public, car la naissance d’un fils eût donné un héritier au trône de France, dont la naissance, donc les droits, devait pouvoir être attestée par des témoins ! Et l’ahurissement général transformé en hilarité par le Prince de Condé, lorsque l’enfant présenté… fut un nourrisson noir ! Plusieurs historiens, dont Alain Decaux, avaient déjà révélé et commenté cet événement inattendu, dont il n’est pas certain qu’il ait beaucoup contribué à rapprocher Louis XIV le cavaleur de son épouse… elle-même très certainement infidèle !

A un médecin qui lui expliquait que la Reine aurait pu concevoir un enfant noir parce que son jeune serviteur noir, Nabo, la regardait avec passion, Louis XIV aurait répliqué d’un mot cinglant : ”Il faut qu’il ait eu le regard bien pénétrant”.

Le Roi ne peut pas être cocu…

Idéologie monarchique oblige, le Roi Soleil ne peut pas être cocu, la Reine ne peut pas être infidèle. Sinon c’est la légitimité même du pouvoir qui est sapée, dans une royauté héréditaire par primogéniture mâle. Ainsi l’existence même de l’enfant, preuve de l’adultère, doit être occultée.

Son destin sera donc difficile à suivre pour les historiens, d’abbayes en couvents… Les pièces étant souvent manquantes aux archives, de bonnes âmes successives ayant pris soin de gommer celle qui ne devait pas figurer sur la photo de famille… Tout juste peut-on imaginer son père, Nabo, le nain noir, sur quelque tableau contemporain représentant des dames de la Cour, avec au milieu d’elles sa petite silhouette souple… Le pauvre Nabo dont personne n’entendit plus jamais parler, au lendemain de l’accouchement, et qui disparut définitivement, en tous les cas, de l’entourage de Marie-Thérèse

Merci à Sergé Bilé, par ailleurs journaliste à France Télévisions, de nous offrir ce petit livre pétillant, amusant, sans prétention, et très éclairant sur la manière dont la médecine du dix-septième siècle permettait aux dames de nier leurs infidélités avec des amants Noirs… en prétextant par exemple un excès de chocolat, pour justifier la couleur du bébé !

Les époux étaient-ils vraiment dupes ? Louis XIV ne le fut sans doute pas.

Article écrit par KHALED ELRAZ



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