Paul Biya à l’Elysée : trente ans au pouvoir, doyen de la Françafrique


Le visiteur du Palais de l’Elysée ce mercredi fait partie de ceux avec lesquels François Hollande n’a sans doute pas trop envie d’être photographié. Il fait pourtant partie de l’héritage de la Françafrique, qu’il le veuille ou pas.

Paul Biya, le président du Cameroun, est arrivé au pouvoir en 1982, presque en même temps que François Mitterrand en France. Mais lui est toujours aux commandes de son pays trois décennies plus tard, et donne d’autant moins de signe de départ qu’il a été « brillamment » réélu en 2011.

Trois décennies… Il n’y a plus guère que Robert Mugabe, le despote du Zimbabwe, pas vraiment une référence, pour faire mieux en terme de longévité, surtout après le départ « à la retraite » de Fidel Castro et Hosni Moubarak, ou la mort de Kim Jong-il.

A son arrivée au pouvoir, Paul Biya était porteur d’espoirs. Il avait succédé, dans un « coup d’Etat médical » à peine déguisé, à Ahmadou Ahidjo, le « père de la nation » à l’ancienne. Biya, ancien séminariste, avait des allures de « moderniste » et beaucoup d’intellectuels et cadres camerounais ont cru en lui.

« L’Etat c’est moi »

Trente ans plus tard, le moderniste s’est transformé en hectoplasme, président qui préside à peine, réunissant rarement son Conseil des ministres, enchainant les longs voyages de plaisir à l’étranger, et s’inscrivant dans une longue tradition de chefs d’Etat pour qui « l’Etat c’est moi », avec des entourages transformés en prédateurs par la longévité aux affaires.

Dans une critique sans précédent, Johnnie Carson, le responsable de la politique africaine de l’administration Obama, déclarait l’an dernier au Congrès américain :

« Le pétrole a permis d’entretenir la corruption et le clientélisme qui ont permis à Biya de se maintenir au pouvoir ».

Le responsable américain a en particulier critiqué la gouvernance totalement opaque du Cameroun, avec des institutions votées il y a de nombreuses années et jamais mises en place, comme la création d’un sénat et d’une cour constitutionnelle.

Même la France, toujours timide avec les pays du « pré carré », s’était livrée à une pique en 2011, lors d’une flambée de violence de la population contre la vie chère. Le Quai d’Orsay avait déclaré :

« La France espère que les autorités sauront prendre rapidement les réformes permettant de répondre aux aspirations légitimes du peuple camerounais et qu’elles s’engageront en particulier dans la mise en place de toutes les institutions prévues par la Constitution ».

Pas vraiment le président avec lequel François Hollande a intérêt à se faire photographier au moment où les troupes françaises, au Mali, sont censées défendre les valeurs de la liberté et de la démocratie, pas celles du pré carré de la Françafrique.

Mandat de trop

Si elles finissent par voir le jour, ces institutions nommées et placées sous le contrôle de Paul Biya et de son omniprésent parti politique, le RDPC, ne changeront pas la donne. D’autant que, à près de 80 ans, Biya ne fait rien pour permettre une succession démocratique que la nature va finir par imposer.

Là où les Sénégalais ont su empêcher l’an dernier Abdoulaye Wade de faire le « mandat de trop » et ont permis l’alternance démocratique l’an dernier, les Camerounais doivent subir ce ou ces « mandats de trop » d’un chef de l’Etat « à vie » qui a perdu, depuis longtemps, la capacité, la volonté et la légitimité pour transformer un pays qui n’attend que ça.

Seule distraction, sa deuxième épouse, Chantal Biya, dont les coiffures extravagantes sont un régal, au point d’avoir suscité un savoureux dossier sur le site Tumblr, « Chantal Biya’s hair ».

Et pourtant ça tourne. Pays pétrolier, avec une population dynamique, le Cameroun ne se porte pas si mal, malgré Biya pourrait-on dire. Et le monde qui se pressera à la rencontre entre le président camerounais et les chefs d’entreprise du Medef lors de sa visite à Paris en sont le reflet.

Les Camerounais, c’est autre chose, qui se réveillent chaque matin avec le refrain de Michel Delpech en 1966 : « et toujours le même président »

Par Pierre Haski | Cofondateur Rue89



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