Afrique: le courant électrique passe mal


 

Disposant d’un potentiel énergétique (fossile et renouvelable) immense et d’un taux de croissance annuelle moyenne qui ferait palir d’envie des zones économiques comme l’Europe ou l’Amérique, l’Afrique continue de souffrir d’un manque d’infrastructures. C’est toute la contradiction africaine. C’est cette contradiction qui constitue un frein au développement que les pays du continent noir tentent de surmonter.

Avec une population qui doublera d’ici à 2050 pour atteindre 2 milliards d’âmes, dont 40 % vivront en zone rurale, l’Afrique se trouve à la croisée des chemins.

Dans un rapport publié en janvier, l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) indique : “En 2010, 590 millions d’Africains (57 % de la population) n’avaient pas accès à l’électricité. Si les tendances actuelles relatives à l’énergie ne se modifient pas, l’Afrique comptera, en 2030, 655 millions de personnes (42 % de la population) dans le même cas”.

Un tableau sombre, qu’il convient de nuancer. “On ne peut pas parler d’un seul et même marché, mais de trois marchés, indique Lynn Nahmani, conseillère indépendante en financements de projets énergétiques : l’Afrique du Nord, l’Afrique du Sud et le reste du continent. Ils se distinguent non seulement sur le plan des capacités installées, mais aussi sur celui des infrastructures de transport et de distribution”.

Dans les régions non électrifiées d’Afrique subsaharienne, le recours à des générateurs indépendants, à moteur fioul ou diesel, induit un effort financier très lourd, lié à l’importation des équipements et des combustibles. Dans les pays maghrébins et en Afrique du Sud, les infrastructures existent bel et bien, mais souffrent d’un déficit chronique de maintenance. “On estime à 12 milliards de dollars [9 milliards d’euros] par an le montant des investissements nécessaires aux pays du continent pour rattraper leur retard en termes de transport d’électricité ”, indique Latsoucabé Fall, directeur régional du Conseil mondial de l’énergie pour l’Afrique.

Au final, des maux d’origines différentes, mais un même résultat : l’IRENA estimait en 2011 que les délestages ainsi que le recours à des générateurs “off-grid” (déconnectés des réseaux de distribution d’électricité) à base de fioul et de diesel se traduisaient par une perte annuelle de 1 à 5 points du Produit intérieur brut (PIB).

Volontarisme politique

La situation est pourtant loin d’être insurmontable. L’IRENA indique en effet qu’“étendre l’accès à l’électricité à l’ensemble de la population africaine ne requiert que 900 térawattheures (un téra signifie mille milliards) supplémentaires sur vingt ans”.

De plus, nombre d’États africains ont pris conscience du caractère non durable d’une production basée sur l’importation de produits pétroliers — ces derniers ont coûté 18 milliards de dollars pour l’ensemble du continent en 2010.

Signe des temps, plusieurs pays ont affiché des objectifs de production d’électricité à partir d’énergies renouvelables. Le Maghreb est la région la plus emblématique en la matière, en classant l’énergie solaire en tête de ses priorités. À lui seul, le Plan solaire marocain prévoit d’installer, d’ici à 2020, une capacité de production en solaire thermique à concentration (concentrating solar power, CSP) de 2 GW, tandis que son équivalent algérien vise un total de 22 GW en 2030 – en CSP et en photovoltaïque. “Peu importe si ces objectifs s’avèrent très ambitieux, estime Lynn Nahmani. L’important est qu’ils manifestent une réelle volonté politique”.

Dans une moindre mesure, l’Afrique du Sud se montre également bien engagée dans le solaire (sa feuille de route prévoit 8,4 GW en photovoltaïque et 1,2 GW en CSP en 2030), comme dans l’éolien (8,4 GW en 2030). De façon plus éparse, d’autres pays, moins bien outillés, misent sur l’hydroélectricité. “Outre qu’elle est la moins chère des énergies renouvelables et qu’elle induit des coûts de maintenance négligeables, elle offre l’avantage de s’inscrire dans des projets à vocation régionale ou sous-régionale”, note Latsoucabé Fall.

La production des futurs barrages, tel le pharaonique Grand Inga (40’000 MW) en RD Congo, pourrait ainsi être mutualisée entre plusieurs pays. D’autres projets hydroélectriques, de moindre envergure, sont en gestation : en RD Congo, toujours avec Inga III (4’500 MW), mais aussi en Éthiopie avec Renaissance (6’000 MW), en Angola (Medio Kwanza, 6’000 MW) ou encore au Mozambique (Mphanda Nkuwa, 1’500 MW).

C’est dans ce même état d’esprit ambitieux que le Président américain Barack obama, lors de sa visite en Afrique du Sud, dans un discours prononcé à l’Université du Cap, a annoncé une initiative sur cinq ans, baptisée “Power Africa”. Un projet qui est décrit par la Maison Blanche comme “une nouvelle initiative visant à doubler l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne”.

Les Etats-Unis vont d’abord travailler avec l’Ethiopie, le Ghana, le Kenya, le Liberia, le Nigeria et la Tanzanie, des pays affectés par des coupures d’électricité fréquentes qui ont des “objectifs ambitieux” en matière de production d’électricité. Ils vont leur apporter 10’000 MW d’électricité “plus propre” supplémentaires, ce qui permettra de brancher 20 millions de foyers et d’entreprises.

Quand bien même cette initiative est annoncée en Afrique du Sud, le pays de Mandela n’est pas concerné par Africa Power. Pourtantil accuse un déficit de production en électricité qui empêche de répondre aux besoins de toute sa population.

Le plan du Président Obama associe plusieurs agences gouvernementales et devrait entraîner au moins 7 milliards de dollars d’investissements privés, selon la Maison Blanche.

En dehors des investissements américains ci-dessus évoqués, il existe aussi des  bailleurs de fonds tels que la Banque africaine de développement (BAD) ou la Banque européenne d’investissement (BEI) qui ouvrent régulièrement des lignes de crédit aux États africains pour financer des infrastructures énergétiques. Cce fut le cas pour le projet d’installation solaire de 160 MW à Ouarzazate, au Maroc, qui devrait être opérationnel en 2015.

Comment attirer les investisseurs privés dans le marché de l’électricité en afrique francophone?

Prenons l’exemple de la Côte d’Ivoire : ce pays a traversé des périodes extrêmement difficiles. Pourtant, nous savons par des sociétés exerçant dans le secteur de l’électricité que, dans ce pays, un contrat est un contrat, et qu’il est toujours respecté”, fait remarquer Édouard Dahomé, directeur Afrique d’EDF.

En d’autres termes, les garanties de sécurité et de solvabilité souvent exigées par les investisseurs aux Etats subsahariens ne devraient pas constituer quelque obstacle que ce soit à tout investissement dans le secteur de l’électricité en Afrique.

De manière plus générale, les pays du Maghreb ainsi que l’Afrique du Sud sont les économies les plus riches et, de fait, représentent des contreparties plus solvables. De plus, les marchés de l’électricité y sont bien établis, et l’accès aux réseaux de transport et de distribution y est bien meilleur qu’en Afrique centrale. C’est d’ailleurs ce qui conduit EDF, dans sa stratégie commerciale, à vouloir s’allier à un ou plusieurs acteurs locaux — une compagnie nationale d’électricité, par exemple — afin d’accroître ses chances de remporter des marchés.

Pour l’heure, la division Afrique de la société française prospecte le continent et s’intéresse de près au projet de barrage de Nachtigal, au Cameroun (400 MW). Selon Lynn Nahmani, certaines banques africaines pourraient également remplir ce rôle d’acteur de proximité : “Elles ont une approche des risques liés au pays différente de celle des banques étrangères et seront donc capables d’en assumer certains pour permettre l’octroi de financements. Mais toutes ne bénéficient pas forcément du savoir-faire adéquat en termes d’ingénierie financière et de techniques de financement de projet. Il faudrait là aussi un transfert de compétences, ce que les banques internationales ne sont pas enclines à faire”. C’est pourtant à ce prix que l’Afrique pourra enfin voir la lumière.

Ecrit par IDIR ZEBBOUDJ



Categories: Focus

Tell us what you think. Cliquez ici et donnez votre avis

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: