Le Cameroun, une république bananière au service de PHP? [VIDEOS]


Aujourd’hui au Cameroun, une entreprise dont les dirigeants sont bien infiltrés dans les réseaux du pouvoir est une entreprise qui peut se permettre d’ignorer la loi et de faire son business en toute quiètude. En ce moment où de nombreux camerounais peinent à vivre décemment, des entreprises actives dans l’agro-alimentaire comme la franco-américaine PHP (plantations du haut pendja, société détenue à 60 % par la Compagnie fruitière, basée à Marseille, et près de 40 % par l’américain Dole et par des actionnaires privés camerounais), productrice de bananes au Cameroun, peut se targuer d’effectuer un chiffre d’affaire moyen annuel de 92 millions d’euros (environ 60 milliards de F CFA). Les 6’000 employés qui, pour certains, travaillent jusqu’à quinze heures par jour sans compensation, gagnent un salaire mensuel pouvant aller jusqu’à 18’000 F CFA ( environ 27 euros). ”Certains postes de cadres sont occupés par des camerounais”, tente de justifier un cadre de PHP. ”Les faibles rémunérations sont liées aux contraintes imposées par de lourdes charges d’exploitation et de transport. Mais, nous essayons d’offrir à chacun toutes sortes de bonifications”, poursuit-il.

La structure acquise à 46 millions d’euros (environ 30 milliards de F CFA) par des investisseurs privés au milieu des années 1980, à la faveur de la vague des privatisations imposées par le FMI aux gouvernements africains à travers son plan d’ajustement structurel, est une affaire qui marche bien pour lesdits investisseurs et pour le régime camerounais qui peut se vanter d’être un leader mondial dans l’exportation de la banane.

La république bananière dans toute sa splendeur

Le Cameroun bénéficie d’un sol très fertile propice à l’activité agro-alimentaire. La région du Moungo, où se trouvent les plantations du haut penja, a un sol particulièrement riche. Mais, cela n’empêche pas les ingénieurs employés par PHP, au nom de la course au rendement et à la productivité, de faire un usage intensif des engrais chimiques. Ainsi, par exemple, les populations de Njombé, dont les habitations se trouvent près des bananeraies de PHP, se plaignent régulièrement de la pollution causée par les fongicides et pesticides utilisées par la compagnie. Des produits chimiques dont l’usage est interdit par les autorités de l’Union Européenne, notamment pour leur danger sanitaire, depuis l’an 2000. En plus du paludisme, qui est une maladie présente dans toutes les régions équatoriales de la planète, les populations de la région où se trouvent les plantations du haut penja font face, depuis plusieurs années, à deux problèmes souvent associés à l’utilisation de substances chimiques:  les dermatoses (maladies de la peau) et les maladies respiratoires.

Toutes ces informations et bien d’autres  — récoltées par des journalistes et des ONG militant pour la cause environnementale — n’empêchent pas l’Union Européenne d’apporter des subventions à la banane camerounaise dominée par les investissements étrangers.

Pour enfoncer le clou, la journaliste Fanny Pigeaud, dans un article publié en mai 2009, ajoute que:

PHP a les responsables politiques, administratifs ou judiciaires de la région dans sa poche. ”En tant que chef traditionnel, je suis payé chaque mois par la PHP, confie une «élite» locale. Le sous-préfet, le préfet aussi.” Le 29 février 2008, le maire de Njombé [Paul Eric Kinguè] a été accusé d’avoir participé à des actes de vandalisme chez PHP, en marge d’un mouvement national de contestation politique et sociale. Il a été condamné à six ans de prison. A Njombé, beaucoup estiment qu’il a en réalité été puni pour avoir accusé la compagnie de ne pas payer tous ses impôts. PHP ”fait ce qu’elle veut à qui elle veut”, ses dirigeants ”sont capables de tout”, résume un homme d’affaires originaire de Njombé qui ne veut pas être identifiable. Gêné, un entrepreneur souligne : ”C’est délicat de parler du secteur de la banane, beaucoup de personnalités y ont des intérêts.”

PHP compte ainsi parmi ses cadres [un responsable chargé de la communication de l’entreprise] un député du parti au pouvoir et loue des terres appartenant notamment à des hauts gradés de l’armée. Plusieurs sources affirment que le président Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, est actionnaire de la compagnie, ce que dément son directeur général. Des employés de PHP sont en tout cas souvent envoyés en mission dans les plantations d’ananas de Biya, inaugurées en 2000 en présence du président de la Compagnie fruitière, basée à Marseille, Robert Fabre. PHP est membre de l’Association de la banane camerounaise, un lobby dirigé par un autre député du parti au pouvoir, beau-frère de l’actuel ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana. Lequel n’est rien moins que le président du conseil d’administration de PHP. Ministre, c’est lui qui a négocié avec l’Union Européenne l’Accord de partenariat économique (APE) paraphé en janvier [2009] par le Cameroun. Jugé catastrophique pour l’économie camerounaise, à la fois, par les ONG et par le patronat, cet accord de libre-échange avantage en premier lieu les… producteurs de bananes du Cameroun.

Ci-dessous, et en intégralité, l’enquête effectuée et diffusée par la télévision française. (La vidéo peut aussi être regardée sur youtube.com)



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