l’Amérique vit au ralenti. le shutdown décrypté en 20 points


Faute d’un accord sur le budget entre démocrates et républicains au congrès américain, l’Etat fédéral et l’administration Obama fonctionnent au ralenti depuis le 1er octobre. Si cette paralysie se prolonge, quel sera l’impact sur la croissance mondiale? Voici tout ce que vous devez savoir sur la drôle de paralysie qui affecte les Etats-Unis (25% du PIB mondial).

1) Qu’est ce qu’un shutdown?

Au sens littéral “une fermeture”. Les élus démocrates et républicains n’ont pas réussi à s’entendre sur un budget 2014, censé démarrer le 1er octobre. Résultat, le shutdown s’est enclenché automatiquement avec l’arrêt total ou partiel de différents services publics fédéraux et administrations qui ne sont pas jugés indispensables. Une situation qui durera jusqu’à un accord entre les deux partis.

2) Y a t il eu des shutdown précédemment aux Etats Unis ?

Oui, depuis 1977, il y en a eu 17, dont certains n’ont duré que quelques heures. En moyenne ils ont duré 3 jours

3) Quel a été le plus long shutdown ?

Le plus long est aussi le plus récent : il a eu lieu sous l’administration Clinton du 14 au 19 novembre 1995 et du 16 décembre au 6 janvier 1996, soit 28 jours en tout.

4) Pourquoi ce présent shutdown ?

Bien moins technique et bien plus politique que les précédents, le shut down actuel est lié à une confrontation idéologique sur la réforme du système médical, l’Obamacare. Votée en 2010, déclarée constitutionnelle par la Cour suprême l’an dernier, elle est en train d’être mise en place. Les conservateurs, ceux des Tea Party en particulier, essaient de tout mettre en œuvre pour bloquer le processus.

5) Que fait Barack Obama ?

Il dramatise, jouant à fond la carte politique. Le shutdown “aura des conséquences économiques très réelles pour des gens dans la vraie vie, et tout de suite“, a-t-il averti, brandissant, samedi 5 octobre à la télévision, des lettres de citoyens désespérés. Dans sa ligne de mire le Tea party, plus que jamais lancé dans la guérilla. Comme ces lointains cousins de Berlusconi sont impopulaires dans les sondages, le Président joue à fond la dénonciation de leur politique de la terre brûlée.

6) Qui l’opinion publique américaine tient-elle pour responsable de la situation ?

Selon un sondage du Pew Research Center, les responsables sont les Républicains, pour 39% des Américains, l’administration Obama pour 36%. Pour 17% de la population, les deux partis sont co responsables.

7) Quels sont les effets concrets sur les fonctionnaires ?

900’000 agents – dont le travail est estimé ”non essentiel” – ont été mis en chômage technique non rémunéré, sur 2,8 millions d’employés. Ils ont été avertis par mail, dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre.

8) Vont-ils toucher leur paie rétroactivement ?

Cela avait été le cas plusieurs fois dans les années 1990, mais cette fois ci, c’est moins certain. Ce Congrès est bien plus dur, a souligné David Cox, président du syndicat des fonctionnaires. Néanmoins, samedi 5 novembre, la chambre des représentants a voté en faveur de cette rétroactivité. Reste à convaincre le Sénat.

9) Quels fonctionnaires restent en poste ?

Près d’un million d’agents, considérés comme indispensables pour le fonctionnement de l’Etat, continuent de travailler. Parmi eux les contrôleurs aériens, gardiens de prison, agents des services secrets ou les scientifiques des stations spatiales.

10) Certains agents peuvent-ils être réintégrés pendant le shut down ?

Oui, ce week end, 90% des employés civils du Pentagon ont été réintégrés à la demande du secrétaire à la Défense, soit environ 350 000 personnes.

11) Les administrations touchées par le shutdown peuvent-elles ouvrir malgré tout ?

Non, selon l’Anti-deficiency Act, elles engendreraient des dépenses illégales de l’argent des contribuables.

12) Les agents de l’Etat estimés non utiles ont-ils le droit d’aller travailler bénévolement ?

Non, une loi du XIXe siècle le proscrit, de peur que l’Etat fédéral ne soit poursuivi en justice et ne soit condamner à payer des salaires non versés et des indemnités.

13) Le shutdown a t il un impact sur des fleurons de l’administration américaine ou des secteurs stratégiques de la vie publique?

Oui. On a beaucoup parlé de la fermeture des 400 parcs et musées nationaux, qui sont un vrai manque à gagner. Mais d’autres secteurs sont touchés. Ainsi, vendredi 4 octobre, les chiffres du chômage n’ont pas pu être rendus publics. Depuis le 1er octobre, la NASA ne communique plus vers le grand public, et n’envoie plus de tweets sur ses missions spatiales. Plus grave pour la vie internationale, les pourparlers sur les accords commerciaux entre les Etats-Unis et l’Europe ont été suspendus.

14) Quel a été le coût du dernier shutdown ?

Le dernier shutdown, qui s’est déroulé sous l’administration Clinton (il y a 17 ans), a coûté, selon les estimations gouvernementales, 1,4 milliard de dollars de l’époque (soit 2 milliards de dollars d’aujourd’hui, ou 1,5 milliard d’euros).

15) Combien le shutdown actuel pourrait-il coûter ?

En extrapolant le coût du dernier shutdown, les économistes de la banque Goldman Sachs estiment à près de 8 milliards de dollars (6 milliards d’euros) par semaine le coût pour l’économie américaine. Selon The Economist, 0,1 à 0,2% du PIB du quatrième trimestre s’envolerait à chaque semaine partiellement chômée.

16) Le travail de la Food and Drug administration (FDA), l’agence pour la sécurité des aliments et des médicaments, se poursuit-il ?

Son rythme s’est ralenti, mais toutes les enquêtes sanitaires continuent.

17) Les coupons alimentaires continuent-ils d’être distribués ?

Oui

18) Les Américains reçoivent-ils du courrier ?

Oui, car le US postal service fonctionne de façon indépendante

19) Barack Obama continue-t-il d’être servi dans sa résidence ?

Partiellement, 15 de ses 90 agents s’occupent encore de lui

20) Le monde s’inquiète-t-il de la situation américaine ?

Pas encore trop, les bourses sont restées relativement calmes. Néanmoins, les mises en garde politiques ont commencé. Au FMI, Christine Lagarde a parlé de ”possibles dommages sérieux” pour l’économie mondiale. A la BCE, Mario Draghi d’un ”risque”, tandis qu’à Tokyo le président de la Banque centrale a observé que la planète pourrait ”être en difficulté” si la situation américaine perdurait.

Par Sabine Syfuss-Arnaud



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