Discours de Barack Obama sur la NSA: Il y a eu tromperie sur la marchandise


Vendredi, 17 janvier 2014, Le Président américain, Barack Obama, a prononcé un discours sur la NSA, l’agence américaine de surveillance et d’espionnage. Comme la plupart des discours délivrés depuis qu’il préside à la destinée des Etats-Unis, celui-ci était attendu par les médias, le monde politique et une bonne partie du peuple américain. La raison de l’importance de ce discours se trouve dans le fait que la Maison-Blanche avait promis des réponses aux questions sur la protection de la vie privée qui inquiètent le peuple américain.

Voici donc qu’arrive Barack Obama devant les objectifs des caméras. Le grand discoureur qui avait séduit le peuple américain en 2008, puis en 2012 et qui, avant son arrivée à la Maison-Blanche, enseignait le droit constitutionnel à l’université de Chicago, ce beau parleur allait enfin traiter d’une question qui relève du droit constitutionnel. Qui mieux que lui pouvait traiter avec éloquence et justesse cette question du droit à la protection de la vie privée!

Beaucoup de bruit pour rien

Nous l’avons déjà dit, Barack Obama a l’habitude de donner de beaux discours. Et celui de vendredi dernier en fait partie. Mais, au-delà de la beauté d’un discours, que vaut-il si, malgré les intonations prosodiques et la musicalité de la langue, le fond, la substance et le message délivrés ne valent pas un clou? C’est précisément de cette faute que l’ancien professeur de droit constitutionnel s’est rendu coupable vendredi. Le manque flagrant de détails clairs, les nombreuses inquiétudes exprimées par le public américain qui n’ont pas trouvé de réponses définitives, ou dont les réponses ont été renvoyées à plus tard, le manque de détails spécifiques sur les nombreuses réformes réclamées et promises sur la NSA et le fait que la mise en place desdites réformes soit confiée à ceux-là même qui sont à l’origine de toute la situation décriée aujourd’hui. En somme, le beau discours du Président… ce n’est que du vent. Beaucoup de bruit pour rien.

La preuve? le Président n’a encore fait que des promesses. Et des promesses non tenues, sa présidence à la tête des Etats-Unis en a déjà délivré un joli paquet. Dès lors, comment espère-t-il regagner la confiance des observateurs et des électeurs si tout le programme de réformes promises sur le fonctionnement de la NSA doit se résumer à “faites-moi confiance, j’ai la situation en main”? Oublie-t-il que la confiance est comme l’âme? Une fois partie, elle ne revient jamais. Ceux qui ont observé son travail à la tête du pays le plus puissant au monde savent que le droit des individus à la vie privée est régulièrement bafoué par l’agence d’espionnage et de surveillance de masse (la NSA). La promesse de plus de transparence sous son deuxième mandat de quatre (4) ans est, par conséquent, un leurre. Les révélations régulièrement faites dans des journaux par les informations du jeune Edward Snowden en sont la preuve la plus éclatante.

De quelles réformes parle le Président?

Parmi les “réformes” mentionnées par Barack Obama, il y a la promesse que les données collectées ne seront plus gardées par la NSA. Le Président américain promet que ces données seront désormais confiées à une structure indépendante. Cette base de données gardée sous scellé ne pourra être accessible aux agences de renseignement que sur présentation d’une autorisation délivrée par un juge. Cette promesse de réforme fait doucement sourire lorsque l’on se rappelle que la structure indépendante dont il est question ici sera forcément privée. Et cela n’est pas un critère de sûreté absolu. La preuve? L’entreprise pour laquelle Edward Snowden travaillait avant de lancer l’alerte s’appelle Booz Allen Hamilton. Cettre structure indépendante n’a pas pu empêcher un employé d’utiliser des informations trouvées dans la base de données du système de la NSA. Heureusement, dans ce cas précis, Edward Snowden a lancé l’alerte pour avertir le monde entier sur l’ampleur de l’espionnage américain contre ses propres citoyens et contre les dirigeants de pays étrangers (amis et ennemis, peu importe).

Sur l’espionnage des pays étrangers, Barack Obama promet à quelques leaders de respecter leurs sphères privées. Angela Merkel peut donc sourire. Bien évidemment, il ne s’agit là que de dirigeants de pays amis. Mais, même sur ces pays amis, Obama n’exclut pas de maintenir une surveillance accrue. Notamment, les comptes e-mail et les messages SMS des collaborateurs et autres assistants de ces leaders amis. La surveillance sera-t-elle aussi maintenue sur les parlementaires, les membres de famille de ces leaders, les officiers supérieurs de l’armée de ces pays, etc? Mystère et boule de gomme. Une autre belle leçon de confiance en perspective. Lénine ne disait-il pas que la confiance n’exclut pas le contrôle qui, lui-même, renforce la confiance?

La seule garantie qui semble s’être dégagée du discours du Président américain, c’est le fait que les informations collectées sur les citoyens de pays étrangers ne seront plus conservées ad vitam æternam dans les bases de données de la NSA. Quels seront les délais exacts? Circulez, il n’y a [encore] rien à voir.

Quid des vraies réformes de la NSA, Monsieur le Président?

Qu’est-il advenu des réformes promises? La question se pose car, en écoutant attentivement le discours de Barack Obama du 17 janvier, aucune recommandation faite par les observateurs de la communauté du renseignement n’a été mentionnée. Mis à part les deux points évoqués plus haut, toutes les autres propositions du Président ressemblent à un vaste écran de fumée. Biensûr, il y aura toujours des gens qui diront qu’il n’a jamais été prouvé que la NSA, en dehors de son activité d’espionnage traditionnel, a été l’auteure d’un abus condamné par la loi. À ceux-là, il suffit de dire que le simple fait, pour une agence de gouvernement, d’accéder aux données personnelles de citoyens américains et étrangers, sans l’autorisation dûment signée d’un juge, ce simple accès aux informations relavant de la sphère privée est une atteinte aux droits des citoyens. Par conséquent, la NSA est coupable de violation de droits et libertés de citoyens, et devrait subir une réforme profonde et sérieuse.

Malheureusement, en lieu et place d’une vraie réforme, Barack Obama sert au monde un écran de fumée enveloppé dans un joli discours dont il a le secret. Cet écran de fumée présidentiel s’appuie sur un argument d’une faiblesse affligeante: “les Etats-Unis d’Amérique ne sont ni la Chine, ni la Russie”. Comparaison n’est pas raison, Monsieur Obama. Et Edward Snowden, citoyen américain actuellement réfugié en Russie, n’est certainement pas de cet avis. Il ne suffit pas de demander aux gens qu’ils aient confiance en vous pour que leurs inquiétudes, comme par enchantement, disparaissent. Il faut de vraies réformes. La première étant de réduire la taille, de recentrer les activités et de spécifier les objectifs de la NSA.

Il y a eu tromperie sur la marchandise

Barack Obama a été élu en novembre 2008 sur la promesse qu’il allait corriger les erreurs faites par George W. Bush aprés le 11 septembre 2001. Les trois guerres (Irak, Afghanistan et les terroristes à travers le monde) dans lesquelles George W. Bush a embarqué les Etats-Unis ont toutes été un fiasco total. Un retentissant désastre. Y compris sous l’ère Obama. Cinq ans plus tard, les ennemis des Etats-Unis sont en plein regain de forme. L’Irak est un chaos. L’Afghanistan ne va pas mieux. La corne de l’Afrique (la Somalie), le Nord de l’Afrique (la Libye), la péninsule arabique et le golfe persique demeurent des poudrières — à quelques exceptions près. La politique étrangère de Barack Obama a conduit à un monde où la mentalité va-t-en-guerre et la peur qui ont précédé les erreurs commises par George W. Bush au début des années 2000 se sont renforcées. L’actuel Président américain a lui-même favorisé l’attitude aujourd’hui tant décriée de la NSA. Il est le champion d’une NSA qui surveille le monde entier. Au lieu de corriger les travers de ses prédecesseurs, ils les a renforcés. Sous la présidence de Barack Obama, et sans risque de se tromper, l’on sait que n’importe qui, n’importe où est désormais perçu(e) comme une menace par l’Oncle Sam.

Durant les années de la guerre froide, les Etats-Unis n’avaient qu’un ennemi. Désormais, ils en ont des millions, voire des milliards. Barack Obama, l’homme qui promettait, en 2008, de changer le pouvoir s’est vu, lui-même, être changé par le pouvoir. Obama a été complètement transformé par l’ivresse du pouvoir en l’espace de cinq (5) ans.



Categories: OPINION

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