Immigration: La Suisse claque la porte au nez de l’Union Européenne


En matière d’immigration, soyons clairs, les citoyens européens des pays frontaliers de la Suisse se rendent dans ce pays coincé entre l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Autriche, comme les Africains se rendent en Europe: ils sont tous à la quête de meilleures conditions de vie.  Et ce mouvement de populations européennes vers la Suisse est officiellement possible — sans restriction aucune — depuis 2002, l’année pendant laquelle l’Union Européenne et la Suisse ont signé des accords bilatéraux, parmi lesquels figure la libre circulation des citoyens européens.

Vingt deux (22) ans plus tard, après le refus de la Suisse de faire son entrée dans l’Union Européenne, à la faveur d’un vote qui s’était aussi soldé par un score de 50,3%; voici une autre “votation” des Helvètes “contre l’immigration massive d’étrangers” qui plonge toutes les capitales européennes dans une nouvelle crise politique et diplomatique. Selon les experts de Bruxells, c’est un vote qui va non seulement à l’encontre de l’Union européenne, mais qui a aussi pour conséquence d’encourager tous les mouvements populistes européens, qu’ils soient eurosceptiques ou d’extrême-droite. Alors que le gouvernement suisse (Conseil Fédéral) et toutes les élites du pays avaient appelé les citoyens à rejeter un retour à une politique de quotas face à l’immigration européenne, les Suisses qui habitent les cantons ruraux, où il y a le moins d’étrangers, ont dit oui au rétablissement de ces quotas. Certes à une très faible majorité, 50,3 %, mais en contradiction complète avec les sondages. Un avertissement redoutable à quelques mois des élections européennes, que les partis d’extrême droite comptent transformer en victoire.

D’ailleurs, hier lundi, la chancelière allemande Angela Merkel ne s’y est pas trompée, en déclarant franchement que le vote suisse posait des “problèmes considérables”. A l’opposé, les leaders des partis eurosceptiques ont crié victoire, du leader du PVV aux Pays-Bas Geert Wilders en passant par Nigel Farage, le président d’Ukip, le parti anti-européen britannique qui a salué “une merveilleuse nouvelle”.

Refusant de faire partie, mais située en plein coeur de l’Europe, la Suisse a adopté en 2002 l’accord de libre-circulation avec l’Europe et est lié à l’Union par une centaine d’accords bilatéraux. Ce qui lui donne un accès libre au marché européen. Aussi doit-elle accueillir, en contre partie et sans restriction sur son sol, tous les citoyens de l’Union s’ils veulent y voyager, travailler, ou s’y installer pour des raisons familiales, selon les règles de la libre-circulation des citoyens qui sont au cœur de la construction européenne. Comme l’a fait remarquer la commissaire européenne à la Justice Viviane Reding, la Suisse ne peut pas s’attendre à bénéficier des avantages du libre-échange avec l’Union européenne sans accepter la liberté de circulation. “Ce n’est pas possible. Vous prenez tout ou vous laissez tout”, a-t-elle dit. “Les relations étroites qui lient la Suisse à l’Union européenne apportent des deux côtés aux populations de grands avantages et la liberté de circulation est au coeur de ces liens étroits”, a déclaré le porte-parole d’Angela Merkel, qui attend le 18 février à Berlin le ministre suisse des Affaires étrangères Didier Burkhalter (Président de la Confédération Helvétique pendant 12 mois) pour examiner la situation.

1,2 millions d’Européens vivent en Suisse, dont 145’000 travailleurs frontaliers français. À l’opposé, 400’000 Suisses sont installés dans l’Union. Et si 23 % de la population suisse est étrangère, il faut rappeler qu’il est très difficile d’acquérir la nationalité suisse (douze [12] ans de présence minimum) et que la plupart des Européens qui y vivent, ne la demande d’ailleurs pas. Que va-t-il se passer maintenant ? La Commission européenne attend la proposition du gouvernement fédéral suisse, qui a trois ans pour décliner législativement le référendum suisse. “C’est aux Suisses d’agir, mais pour nous il est clair que s’ils adoptent une politique de quotas, nous devrons alors dénoncer un grand nombre d’accords bilatéraux liés à la libre-circulation”, explique un diplomate européen.

Dans l’immédiat, la Suisse doit dire oui à la Croatie, le nouveau membre de l’Union. Si elle ne le fait pas, l’Europe suspendra les accords en cours sur la recherche et Erasmus (échanges universitaires).

Avec Anne Bauer



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