CAN 2015: le Maroc s’abrite derrière le virus ébola pour trahir la confiance du football africain


Tous les deux ans, la Confédération africaine de football (CAF) organise une grande fête pour les footballeurs africains. Et cela dure depuis 57 ans. À chaque édition, malgré une histoire africaine traversée de violences et d’infortunes diverses, jamais, la CAF ne s’est retrouvée devant une situation aussi ridicule que celle servie actuellement par la fédération de football du Maroc.

En effet, samedi 8 novembre, le Maroc est resté campé sur sa position, indiquant qu’il souhaitait “toujours organiser la CAN, mais pas aux dates prévues”. Trois jours plus tard, comme l’on pouvait s’y attendre, le conseil exécutif de la CAF, réuni au Caire, a considéré que cette demande de report “constituait un refus d’organiser la compétition” et a décidé que “l’équipe nationale du Maroc [qualifiée d’office en tant que pays hôte] était disqualifiée ”.

Pour justifier son choix, le Maroc a annoncé qu’il privilégiait “la question sanitaire à l’enjeu sportif”. Ce choix peut se comprendre, même si une Coupe d’Afrique ne draine jamais des centaines de milliers de fans, contrairement à une Coupe du monde, par exemple. La CAF lui a opposé deux arguments : le fait que Royal Air Maroc (RAM), la compagnie nationale, maintenait ses vols “par solidarité” vers les pays frappés par le virus Ebola, mais aussi que le Maroc accueille depuis plusieurs mois les matchs et les entraînements de l’équipe nationale de Guinée.

La Guinée est par ailleurs le seul pays – parmi les trois majoritairement touchés par le virus – encore susceptible de se qualifier pour la compétition. Enfin, la décision du Maroc peut être contestée parce que le royaume accueille du 10 au 20 décembre la Coupe du monde des clubs, un mois avant la CAN.

Des journaux algériens ont évoqué la crainte du Maroc de se faire éliminer prématurément dans la compétition et le risque de créer un traumatisme au sein de la population, comme au Brésil lors du dernier Mondial. Mais cette hypothèse paraît insuffisante pour justifier la demande des autorités marocaines.

Si la CAF tient absolument au respect des dates prévues, c’est pour ne pas bousculer un calendrier international déjà très chargé, mais aussi pour asseoir sa crédibilité auprès de ses partenaires financiers, dont Orange (sponsor principal de l’épreuve) ou BeIN Sports (qui détient les droits de retransmission pour le Maghreb et le Moyen-Orient).

Les deux fois  — en 57 ans d’histoire —  où la CAN a été organisée dans un pays autre que celui initialement désigné, ce fut en 1996 et en 2013. En 1996, le Kenya devait organiser l’épreuve. Mais deux ans avant le coup d’envoi, il a déclaré forfait à cause du retard accumulé dans la réalisation de ses infrastructures. Et en 2013, c’est la Libye qui devait être chargée d’organiser l’événement. Mais, en raison des attaques de l’OTAN (France, Angleterre et Etats-Unis) et de l’instabilité qui en a découlé — notamment, après la mort du colonel Kadhafi — l’organisation lui a été retirée. Dans les deux cas, c’est l’Afrique du Sud qui a servi de plan de secours à la CAF.

Dans tous les cas, Issa Hayatou a assuré que la décision serait prise “dans deux ou trois jours”, le temps d’étudier toutes les candidatures. Le nom du pays qui accueillera la 30édition de la CAN sera donc dévoilé avant la fin de cette semaine.

Avec Pierre Lepidi



Categories: Sports

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