La Chine et la volatilité des marchés expliquent la prudence de la FED


La banque centrale américaine (FED) a achevé une réunion de deux jours, ce jeudi, en laissant ses taux directeurs inchangés. Janet Yellen, Présidente de la FED, pour expliquer le bien fondé de cette décision, a tenu à mettre en avant les developpements qui sont en cours sur les marchés financiers et dans l’économie mondiale. Elle n’a, toutefois, pas exclu de revenir sur cette décision, au courant des réunions du conseil d’administration de la FED qui auront lieu respectivement aux mois d’octobre ou de décembre prochains.

Cette annonce de la FED correspond exactement aux prédictions de  plusieurs économistes et du Fonds monétaire international (FMI). Une hausse des taux directeurs aux Etats-Unis serait une “grave erreur”. Malgré des pressions considérables pour changer de cap monétaire pour la première fois depuis juin 2006, la FED maintient ses taux directeurs dans une fourchette de 0 à 0,25%. La principale raison invoquée par la banque centrale relève de l’état de l’économie mondiale. “Les perspectives à l’étranger semblent être devenues plus incertaines. Des inquiétudes plus vives concernant la croissance en Chine et dans d’autres marchés émergents ont conduit à une volatilité sur les marchés financiers”, souligne Janet Yellen.

Les critiques de la politique monétaire accommodante de la Réserve fédérale relèvent que les fondamentaux de l’économie américaine sont bons. “Il est temps de laisser le marché décider. Je ne sais pas comment on va s’extraire de cette politique monétaire monstrueuse”, relève Ron Paul, l’ancien candidat à la Maison-Blanche en 2012. Le produit intérieur brut du second trimestre a été revu à la hausse à 3,7% et les consommateurs, endettés peu après la grave crise financière de 2008-2009, sont à nouveau plus prompts à dépenser. Le taux de chômage est passé en cinq ans de près de 10% à 5,1% en août. Le pays crée trois millions d’emplois par année, un niveau jamais atteint depuis 1999. Janet Yellen prévoit un taux de croissance de 2,1% pour 2015 et de 2,3% pour 2016. Le chômage devrait lui aussi baisser à 5% d’ici à la fin de l’année et à 4,8% en 2016.

La présidente de l’institut d’émission a justifié le statu quo en soulignant que l’inflation (0,3% en juillet) va rester à un taux très bas tout au long de 2015, bien en dessous de l’objectif des 2%. Avec une baisse du prix de l’énergie en raison d’un baril de pétrole en dessous de 50 dollars et de prix à l’importation à la baisse, Janet Yellen craint un effet négatif sur l’inflation et un risque de déflation.

L’économie américaine reste pourtant solide même si, poursuit la patronne de la FED, les exportations ont un impact négatif sur la croissance en raison d’un dollar qui s’est fortement apprécié ces derniers mois (entre +16 et +20%) et d’une demande mondiale en recul. Une hausse des taux directeurs aurait créé un risque, explique la FED, de voir des capitaux des pays émergents affluer vers les Etats-Unis et renforcer encore davantage le dollar.

La prudence de la banque centrale américaine peut surprendre. En 2012, ses responsables laissaient entendre qu’ils maintiendraient les taux proches de zéro jusqu’à ce que le taux de chômage chute à 6,5%. Il est aujourd’hui de 5,1%. Au sein du Comité de politique monétaire de la FED, il n’y a toutefois pas eu unanimité jeudi. Jeffrey Lacker, président de la Réserve fédéral de Richmond s’est opposé à la décision de maintenir les taux inchangés. Plusieurs économistes estiment cependant que le marché de l’emploi offre encore une marge de manœuvre, les salaires n’ayant que peu augmenté depuis la crise. Le taux de la population active reste toujours en dessous de son niveau d’avant la crise. En août dernier, le vice-président de la FED, Stanley Fischer avait pourtant estimé que le marché de l’emploi aux Etats-Unis était suffisamment porteur pour se permettre de hausser les taux.

Janet Yellen s’applique à rassurer. La reprise économique aux Etats-Unis depuis la crise a été bonne. Ce sont surtout le ralentissement de l’économie mondiale et son possible impact sur l’économie américaine qui a poussé la FED à la prudence. Pour Janet Yellen, il est question de “renforcer la confiance”. Mais il n’est pas question “d’altérer fondamentalement” la politique de la FED. Le Comité de politique monétaire se réunira encore en octobre et en décembre. La Réserve fédérale pourrait décider à ces occasions de changer le cap d’un politique d’assouplissement monétaire sans précédent. Choisir le moment d’augmenter les taux reste délicat. Trop tôt et le risque de déflation pourrait devenir réel. Trop tard et l’inflation pourrait vite dépasser l’objectif des 2% et laisser la FED avec une marge de manœuvre plus restreinte.

Avec Stéphane Bussard



Categories: Economy, Subjects in French

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