Pétrole: la crédibilité de l’opep s’affaiblit après l’échec de Doha


La crédibilité de l’OPEP pour coordonner la production est désormais très faible, commente Peter Lee de BMI Research, une filiale de l’agence de notation Fitch. Le problème pour les Saoudiens n’est pas seulement le pétrole. C’est au moins autant une question de politique régionale.”

Pour le porte-parole de Morgan Stanley, l’échec des discussions “souligne l’état déplorable des relations au sein de l’OPEP”. La banque d’investissement d’ajouter : “Nous voyons maintenant un risque accru d’une augmentation de l’offre de l’OPEP”, en particulier du fait de la menace de l’Arabie saoudite d’augmenter sa production à la suite de l’échec de Doha.

Chacun poursuit ses objectifs égoïstes et cela peut conduire aux scénarios les plus imprévisibles”, a quant à lui déploré Valery Goloubev, administrateur du groupe gazier russe Gazprom lundi lors d’une conférence sur le secteur de l’énergie à Moscou.

Les dix-huit pays producteurs de pétrole avaient l’obligation de réussir. Et c’est sur un constat d’échec qu’ils se sont quittés dimanche soir à Doha, comme le certifient les commentaires qu’on peut lire ci-dessus. Les membres de l’Opep emmenés par l’Arabie Saoudite et les pays non Opep conduits par la Russie n’ont pas réussi à trouver un accord sur le gel de la production de brut. Après six heures de tractations, le ministre qatari de l’Energie Mohammed ben Saleh al-Sada a annoncé que les pays concernés ont besoin de “plus de temps”. Les prix de l’or noir qui étaient remontés de 30% depuis le point bas de janvier (27 dollars le baril) ont donc logiquement plongé.

Lors des premiers échanges ce lundi matin, le baril WTI perdait plus de 5% par rapport à la clôture de vendredi. Et comme le dit Alexandre Andlauer, analyste à AlphaValue, “la chute aurait été beaucoup plus importante s’il n’y avait pas eu dimanche une grève au Koweit qui a privé le marché d’un million de barils”. L’échec de Doha est la conséquence de la position inflexible de l’Arabie Saoudite vis-à-vis de son ennemi séculaire l’Iran. Le royaume wahhabite par la voix du vice-prince héritier Mohammed ben Salmane, avait déclaré samedi à l’agence Bloomberg que son pays ne gèlerait sa production de brut qu’à la condition que l’Iran en fasse autant. Une demande inacceptable pour Téhéran. Le pays des mollahs qui vient juste de sortir des sanctions internationales veut retrouver son niveau de production des années 2000.

Absence iranienne remarquée

Aujourd’hui, l’Iran ne représente plus que 12% de la production du Moyen-Orient, contre 28% en 1975”, indique Daniel Gerino, président de la société de gestion de fonds Carlton Selection. “Quand l’Irak était sorti du régime des sanctions pour la période 1990-2003, on ne lui a pas infligé de quota de production”, rappelle Francis Perrin, président de Stratégies et Politiques énergétiques. “L’Iran veut bénéficier du même régime de faveur”. Mais Riyad fait la sourde oreille. Ce qui a conduit le ministre iranien du pétrole Bijan Namdar Zanganeh à jouer la politique de la chaise vide. Avant Doha, il déclarait: “Si l’Iran gèle sa production pétrolière au niveau de février, cela signifiera que notre pays ne peut bénéficier de la levée des sanctions”.

L’Arabie Saoudite craint le retour de l’Iran sur la scène internationale. Dans une logique défensive, Riyad tient d’abord à préserver ses parts de marché car depuis 2014 il réinvestit dans de nouvelles exploitations pétrolières. En février, le royaume s’était certes entendu avec la Russie, le Venezuela, le Qatar et le Nigeria pour geler sa production au niveau de janvier. Mais comme le niveau était alors très élevé, cet accord apparaît aujourd’hui caduc.

Affaiblissement de l’Opep

La vérité est que l’Arabie Saoudite n’a aucunement le désir de geler sa production. Sa logique est de produire plus pour asphyxier ses concurrents et en premier lieu les producteurs américains de pétrole de schiste. Cette stratégie qui a longtemps échoué commence à porter ses fruits. Depuis six mois, la production diminue aux Etats-Unis. L’Agence internationale de l’énergie s’attend à une chute de 530’000 barils à la fin de l’année. L’échec de Doha témoigne aussi de l’affaiblissement de l’Opep. Hier, tous les pays membres tiraient peu ou prou dans le même sens. “En 2008, ils avaient tous baissé leur production”, rappelle Alexandre Andlauer. Bien sûr, des dissensions ont toujours existé. Mais elles n’apparaissaient au grand jour comme ce fut le cas entre Riyad et Téhéran. La prochaine réunion de l’Organisation aura lieu le 2 juin à Vienne. Mais après le fiasco de Doha, on voit mal comment, d’ici six semaines, les pays membres parviendront à trouver un terrain d’entente.

À moins que l’Arabie saoudite — qui est, plus que jamais, le pays qui fait la pluie et le beau temps sur la planète pétrole, le pays qui possède la clé dans la résolution de cette crise — ne décide de surprendre le monde.

Même si en dépit de ses appels à un accord à Doha, c’est bel et bien l’Arabie saoudite qui a insisté pour que la totalité des 13 pays membres de l’Organisation acceptent le gel.

Il semble que pour les Saoudiens, les questions politiques et la fierté nationale soient plus importantes que le prix du pétrole”, conclut Ralph Leczcynski, du courtier en transport maritime Banchero Costa.

Avec Nicolas Stiel et Reuters



Categories: Economy

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