La commande géante de VietJet à Boeing déclenche un vent de panique chez son concurrent européen


Max_Neo

Depuis cinq ans, les low-cost asiatiques enchaînent des commandes impressionnantes auprès de Boeing. Aujourd’hui, l’Asie du sud-est a encore frappé. Après l’indonésien Lion Air en 2011, c’est au tour de la low-cost vietnamienne VietJet de faire exploser les compteurs de Boeing. A l’occasion de la visite sur place de Barack Obama, la compagnie a annoncé ce lundi 23 mai une commande de cent 737 MAX 200, la version à haute densité (200 sièges) du nouveau mono-couloir de l’avionneur américain. Avec ce contrat estimé à 11,3 milliards de dollars au prix catalogue, l’avionneur américain franchit ainsi la barre des 3’000 commandes pour son 737 MAX, avec 3’080 engagements fermes, mais reste loin de 4’515 commandes fermes du grand rival, l’A320 NEO d’Airbus.

La commande VietJet confirme, s’il en était besoin, que l’Asie du Sud-Est est bien devenue un nouveau hub majeur de l’aviation. La région surfe sur la croissance impressionnante d’une poignée de compagnies low-cost ultra-agressives (Lion Air, le malaisien AirAsia, TigerAir, VietJet), qui ont multiplié les commandes impressionnantes depuis 2009. Lion Air attend la livraison de près de 450 avions, AirAsia doit en recevoir 382. VietJet rejoint la grande famille avec 185 appareils en carnet de commandes. Les chiffres ont de quoi interpeller: au 1er janvier 2016, les compagnies low-cost asiatiques n’affichaient que 609 appareils en flotte, mais elles affichent le double (1’137 appareils) en carnet de commandes, selon le Centre for Aviation CAPA, cabinet de conseil basé en Australie.

Malgré un léger ralentissement, la croissance économique de l’Asie du Sud-Est reste un bon argument

Pendant qu’en Europe, l’on s’interroge si toutes ces commandes auprès de Boeing sont bien raisonnables? il est utile de souligner qu’une bonne partie des clignotants reste au vert, malgré le ralentissement chinois. La région peut s’appuyer sur une croissance du PIB encore appréciable de 6,3% au Vietnam; 4,7% en Indonésie et 5% en Malaisie. Côté trafic aérien, la région Asie-Pacifique affiche encore une croissance annuelle de 9,5%, selon IATA, l’association internationale du transport aérien. A long terme, la région reste promise à une croissance impressionnante: Airbus prévoit une demande de 12’810 avions sur les vingt prochaines années, soit un marché de 2’000 milliards de dollars.

Mais, la croissance des low-cost d’Asie du Sud-Est, clients essentiels d’Airbus et Boeing, est en train de ralentir: elle est passée de 30% en 2013 (en nombre de sièges proposés) à 14% en 2014 et 9% en 2015. Les commandes au dernier salon de Singapour, en février, se sont effondrées de 75% par rapport à l’édition de 2014. Même le champion malaisien AirAsia souffre: seules les filiales malaisienne et thaïlandaise étaient rentables en 2015. Le groupe du médiatique Tony Fernandes doit donc couper dans les capacités de ses autres filiales (Philippines, Indonésie). Résultat: la flotte du groupe (AirAsia et ses filiales, dont la filiale long-courrier AirAsia X) ne devrait augmenter que de 10 appareils en 2016 selon CAPA.  Le ralentissement chinois s’ajoute à la concurrence acharnée que se mènent les compagnies low-cost asiatiques entre elles, et vis-à-vis des acteurs traditionnels (Malaysia Airlines, Vietnam Airlines). Une agressivité qui pèse sur les marges.

Une bulle des commandes est-elle à craindre?

Certains spécialistes évoquent désormais clairement le spectre d’une bulle de commandes, ou tout du moins de surcapacités sur le marché asiatique. Le loueur Aircastle mettait en garde dans son rapport annuel 2015 contre un “risque de surcapacité” lié aux “énormes carnets de commandes des compagnies asiatiques”. “Une surcapacité reste à craindre, vu l’énorme carnet de commandes de la région, confirmait CAPA en janvier dernier. Une consolidation et des ajustements plus significatifs vont être nécessaires pour que le secteur atteigne des marges acceptables”.

Chez Airbus et Boeing, on reste pourtant sereins. Le directeur commercial d’Airbus John Leahy niait farouchement en février au salon de Singapour tout scénario de bulle: “Certains disent que nous sommes en pleine bulle [de commandes], mais la réalité, c’est que la seule chose qui me tracasse, c’est d’être capable de livrer les avions que nos clients ont commandés”, assurait-il. Les deux champions ont de tout façon un joli matelas de sécurité: leur carnet de commande cumulé atteint 12’466 appareils.

Avec Vincent Lamigeon



Categories: Economy

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