Brexit: séisme politique en Europe


Avec près de 52% des voix, lors du référendum du 23 juin — selon les résultats définitifs — le Royaume-Uni a décidé de claquer la porte de l’Union Européenne, avec pertes et fracas. Une date historique pour Nigel Farage, le chef du parti anglais UKIP, qui vient de déclarer son “independence day”. Un séisme politique pour le projet européen, qui effectue un saut dans l’inconnu. Et une fin de carrière brutale pour le Premier Ministre David Cameron, qui vient d’annoncer sa démission prochaine de la tête du gouvernement britannique.

 

A peine annoncés les résultats du référendum britannique, en faveur du “Brexit”, les réactions européennes ne se sont pas fait attendre.

Au Pays Bas, le député néerlandais Geert Wilders a réclamé ce vendredi un référendum sur une éventuelle sortie des Pays-Bas de l’Union européenne (UE). “Les Néerlandais ont le droit à un référendum aussi. Le Parti pour la liberté demande ainsi un référendum sur un “Nexit”, une sortie néerlandaise de l’UE”, a-t-il déclaré dans un communiqué. En Italie, alors que le chef du gouvernement Matteo Renzi n’a toujours pas commenté les résultats du vote, Matteo Salvini, le leader du parti autonomiste et anti-immigrés de la Ligue du Nord a été le plus prompt a réagir ce matin en saluant “le courage” des Britanniques : “Maintenant c’est à notre tour”, écrit-il sur Twitter.

En France, Marine Le Pen, chef du Front national a salué une “victoire de la liberté !” : “Comme je le demande depuis des années, il faut maintenant le même référendum en France et dans les pays de l’UE”. Le ministre français des affaires étrangères, Jean-Marc
Ayrault, estime que “l’Europe continue mais elle doit réagir et retrouver la confiance des peuples. C’est l’urgence”.

En Allemagne, le ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a estimé sur son compte Twitter, et en anglais, que le résultat du référendum en Grande-Bretagne marquait “un jour triste pour l’Europe et la Grande-Bretagne”. “Les nouvelles de ce matin en provenance de Grande-Bretagne sont une vraie désillusion”. Son homolgue du ministère des finances, Wolfgang Schäuble, qui ne s’est pas caché d’voir “souhaité un autre résultat” a demandé aux Européens de “regarder vers l’avant et composer avec cette situation”.

L’économie britannique et les marchés face à l’inconnu

Du côté de l’économie, aussitôt la nouvelle du Brexit confirmée, la livre britannique (£) a plongé au plus bas depuis 1985. La monnaie anglaise, qui s’était envolée au-dessus de 1,50 dollar à la fermeture des bureaux de vote, tombait sous la barre de 1,36 dollar vendredi, puis à 1,3459 dans les échanges asiatiques, au plus bas depuis septembre 1985. La Bourse de Hong Kong, elle, plongeait de 3% vendredi en séance. Ce matin, l’indice composite Hang Seng perdait 3,05%, soit 637,24 points, à 20.231,1 points. La Bourse de Sydney, elle aussi, chutait de 3% aux premières heures de ce vendredi, tandis que l’indice S&P/ASX 200 perdait 156,8 points, soit 3,1%, à 5.123,9 points,

Ce passage à vide des différentes bourses ci-dessus évoquées laisse présager un “vendredi noir” sur les marchés mondiaux, face à la décision de la cinquième puissance économique mondiale de quitter l’UE, un acte sans précédent en soixante ans de construction européenne.

Faisant fi des menaces de désastre économique en cas de sortie agitées par le camp du maintien et les institutions internationales, les Britanniques ont préféré croire aux promesses de reconquérir leur indépendance vis-à-vis de Bruxelles, et d’arrêter l’immigration en provenance des pays de l’UE, l’un des thèmes majeurs de la campagne. Ils viennent ainsi de rompre avec un projet dans lequel ils étaient entrés en 1973 — à reculons déjà — voyant dans l’Europe avant tout un grand marché unique, sans s’engager dans le projet politique.

Démission  de David Cameron et menace sur l’intégrité du Royaume-Uni

La décision inédite du Royaume-Uni de quitter l’UE constitue un terrible désaveu d’une Union affaiblie par la crise des réfugiés et la persistance de la crise économique, et le leadership de David Cameron qui a montré ses limites. Après ce désaveu, le Premier Ministre a annoncé ce vendredi son départ du gouvernement d’ici à septembre. Il va laisser à son successeur le soin de mettre en oeuvre l’article 50 sur le traité de l’Union européenne — qui permet aux Etats membres de quitter l’UE.

Autre écueil de taille: le Brexit risque en outre de mettre en péril l’intégrité du Royaume-Uni. La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a déclaré vendredi que sa région “voit son avenir au sein de l’UE”, entrouvrant ainsi la porte à un nouveau référendum sur l’indépendance. En Irlande du Nord, le Sein Fein, favorable au maintien dans l’UE, a lui appelé à un référendum sur une Irlande unifié.

Londres va à présent entrer dans un long processus de négociations avec l’UE sur les conditions de sortie, un processus qui pourrait durer jusqu’à deux ans et dont l’issue n’est pas écrite. En attendant la conclusion de sa sortie, le Royaume-uni restera lié par les accords avec l’UE.

Selon David Cameron, négocier ces nouveaux accords et des traités commerciaux avec l’UE et les pays hors-UE pourrait prendre une décennie. Le Royaume-Uni va aussi devoir s’atteler à panser les blessures occasionnées par une campagne référendaire au ton particulièrement violent, marquée par le meurtre d’une députée pro-UE, Jo Cox, et la désignation des immigrés comme bouc-émissaires de nombre de problèmes.

Avec l’AFP



Categories: News

1 reply

  1. Les dirigeants européens n’ont rien vu venir sur ce coup-ci.

    Confortés dans leurs dogmes par les médias et les instituts de sondages divers, les pro-UE, les institutions internationales, Barack Obama et David Cameron ont longtemps cru qu’il suffisait d’agiter l’épouvantail des lendemains rudes et la gueule de bois pour l’économie britannique pour dissuader les pro-Brexit.

    Si les dirigeants de l’UE ne se mettent pas en ordre de bataille, le Brexit risque de contaminer d’autres pays importants de l’Europe, comme le suggère justement l’article ci-dessus.

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