CINÉMA: “I Am Not Your Negro” ou l’histoire des Noirs en Amérique racontée par Raoul Peck

L’Amérique a beaucoup changé. Le reste du monde aussi, d’ailleurs. Mais, dans “I Am Not Your Negro”, Raoul Peck — en s’appuyant sur un manuscrit non terminé de James Baldwin — dresse le portrait des activistes Malcolm X, Medgar Evers et Martin Luther King, Jr. dans une Amérique chaotique et carrément raciste. Le cinéaste haïtien tient à rapeller qu’être Noir aux Etats-Unis revient à se battre en permanence pour rester en vie. Se battre, il le faut. Mais, quelle est la manière la plus efficace? C’est justement la question que pose James Baldwin et que met en image Raoul Peck, sans jamais moraliser, mais en livrant des images émouvantes jusqu´à frémir.

Ce somptueux documentaire, nominé aux oscars 2017, est donc porté par Raoul Peck. Son travail s’est fait sur un scénario écrit par James Baldwin. Monsieur Peck est un scénariste et réalisateur haïtien au parcours accompli. Tour à tour journaliste, politicien et cinéaste, il est aussi l’auteur de “Lumumba”. James Baldwin, quant à lui, est un écrivain noir américain né à Harlem. il a vécu en France. il est revenu aux États-Unis et il a été, jusqu’à sa mort en 1987, une figure très active du mouvement pour les droits civiques.

Pour les accompagner dans leur maestria,  Samuel L. Jackson, de sa voix grave, assure la narration et endosse la parole de Baldwin.

De quoi parle ce documenatire qui a été nominé aux 2017 Academy Awards?

À la fin des années 1950 et pendant la décennie qui a suivi, des hommes se sont levés, ont pris la parole, certains prônant la résistance, d’autres le pacifisme, pour sortir de l’enfer dans lequel on les confinait depuis des siècles; pour que les jeunes Noirs puissent aller à l’école sans subir l’intimidation infligée par les Blancs, pour que les citoyens, quelle que soit leur couleur, puissent aller et venir comme bon leur semble et faire valoir leurs droits.

Ceux qui ont parlé le plus fort, qui ont levé le bras le plus haut, qui ont marché sans craindre matraques et boucliers, ceux-là sont tombés. Des images en témoignent : l’impact des balles qui traversent les fenêtres, Rodney King tabassé par des flics égarés, les funérailles de Martin Luther King, Jr. un chagrin que même les larmes de tout un peuple n’ont pas réussi à laver…

Des voix résonnent dans ce document. Peck raconte Malcolm X, Evers et King, mais aussi Baldwin, qui a incarné à sa façon le grand espoir du peuple Noir. On y voit également l’écrivaine Lorraine Hansberry, morte à 34 ans. On assiste à leurs discours, à leurs conférences. On entend leurs plaidoyers déchirants, prononcés dans des talk-shows.

Raoul Peck ne donne pas dans la dentelle. Des scènes d’émeutes, celles d’hier comme celles d’aujourd’hui, à Jackson comme à Ferguson, des constats affolants qui s’appuient sur les écrits de Baldwin, l’écho de phrases lourdes de sens qui retentissent : “Ce pays ne sait que faire de sa population noire et rêve à la solution finale”. Ça fait peur. Ça fait mal.

À travers des extraits de longs métrages hollywoodiens, on étale le paradoxe de l’Amérique, son double discours, son hypocrisie et, comme la nomme clairement l’écrivain,  “sa pauvreté émotionnelle abyssale“.

Le constat est dur : “L’homme blanc tire sa haine de la terreur qu’il focalise sur le Noir”.

En fait, une des choses frappantes que révèlent ce documentaire, c’est que la lecture de l’histoire, des évènements, des films, des discours n’a jamais été la même pour l’Afro-Américain que pour l’Américain blanc du nord ou du sud. Martin Luther King, Jr. l’illustrait fort bien en affirmant que “la ségrégation était à son paroxysme le dimanche à midi”. Il suffisait d’aller dans une église blanche et dans une autre noire pour constater le clash.

Ce n’est pas le pays des hommes libres ni celui des hommes braves… On ne peut changer tout ce qu’on affronte, mais nous ne pouvons rien changer si nous ne l’affrontons pas… ” On entend les phrases sur lesquelles sont posées des images.

En reprenant la réflexion de l’écrivain, Peck fait le constat désolant de l’échec du mode de vie américain; un bonheur jamais atteint.

L’histoire des Noirs en Amérique, c’est l’histoire de l’Amérique, et ce n’est pas une belle histoire ”, a écrit un jour Baldwin…

Ci-dessous une interview donnée par Kames Baldwin le 24 mai 1963

Écrit par Franco Nuovo



Categories: Buzz

Leave a Reply

%d bloggers like this: