Coopération entre Chine et Cameroun

Les investisseurs internationaux qui s’intéressent à l’Afrique ne voient, en général, qu’un important réservoir de matières premières. De fait, ils sont attirés par le pétrole angolais et nigérian, par le cobalt camerounais, par le cuivre de la RD Congo et de la Zambie ou encore par l’uranium namibien. Mais, à cause d’une classe politique stratégiquement inefficace, les Européens et les Américains la perçoivent également comme une inquiétante source d’instabilité, de migration et de terrorisme. La Chine, quant à elle, préfère toujours se concentrer sur les opportunités qu’offre ce vaste continent de plus d’un milliard d’habitants. L’économie prime-t-elle sur les questions politiques, ou est-ce tout simplement une stratégie méticuleusement élaborée par la Chine pour mieux asseoir son influence sur le continent noir?

Pékin compte aujourd’hui 52 missions diplomatiques dans les capitales africaines, contre 49 pour Washington, et est le membre du Conseil de sécurité des Nations unies qui dispose du plus grand nombre de Casques bleus sur le continent, soit plus de 2 000, au Congo, au Liberia, au Mali, au Soudan et au Soudan du Sud.

Infographie des investissements chinois en AfriqueSources: Financial Times et Jeune Afrique

Mais, cet intérêt chinois pour le Cameroun et l’Afrique, en général, ne se produit pas sans grincement de dents.

Début avril, selon Forêts et développement rural (Foder), une ONG camerounaise, quatre entreprises minières ont été interdites d’exploitation dans l’est du Cameroun, dont la société chinoise Lu et Lang, bien implantée dans la région.

Pour ce qui concerne l’entreprise chinoise, cette interdiction d’exercer survient après qu’un Camerounais qui cherchait de l’or sur la parcelle revendiquée par Lu et Lang fut tué par un Chinois.

“Les villageois révoltés ont, à leur tour, tué le Chinois” à coup de cailloux, explique Narma Ndoyama, agriculteur à Longa Mali, petit village de cette région aurifère du Cameroun où s’active l’entreprise chinoise.

Et sans avoir répondu aux frustrations légitimes des villageois, le gouvernement de Paul Biya ne s’est pas gêné de lever l’interdiction d’exercer brièvement imposée à Lu et Lang. Désormais, elle s’active sur le site de Longa Mali.

Les Chinois “ont tué mon fils, mais ils n’ont rien fait [pour moi]. Ils travaillent et personne ne les inquiète”, fulmine Philippe Balla, père de la victime.
“Il y a des conflits en permanence entre Camerounais et Chinois” autour de l’exploitation de l’or dans l’est du Cameroun, affirme un autre habitant de la région aurifère.
Les habitants pestent contre le rachat “pour des miettes” de nombreuses terres autrefois agricoles, selon Michel Pilo, chef du village de Mali, qui englobe Longa Mali.

Depuis son retour d’une viste d’État récemment effectuée à Pékin où la Chine a eu l’occasion d’ajouter $780 millions aux $2.8 milliards déjà investis au Cameroun, Paul Biya est, comme à son habitude, resté silencieux face aux cris de détresse des Camerounais de la région de l’Est.

Les cinq accords d’une valeur totale de près de 400 milliards de F. CFA récemment signés avec la Chine y sont certainement pour beaucoup.

Loin des analyses optimistes effectuées par des cabinets de conseil comme McKinsey qui prédit un bel avenir aux relations sino-africaines, la réalité vécue sur le terrain par les africains est loin d’être un enchantement. Pour beaucoup, la démarche de Pékin s’apparente à un système néocolonialiste dans lequel les entreprises qui extraient des minerais en échange d’infrastructures et de financements de projets agissent comme des intermédiaires pour le gouvernement chinois.

Follow me

Leave a Reply

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.