Camrail

Après les plaidoiries des avocats des victimes, c’est à celle de l’avocat de Camrail que le tribunal de première instance d’Eseka s’attendait à accorder une audience ce mercredi 27 juin. Mais, à la surprise générale, Me Jacques Jonathan Nyemb a refusé de plaider, regrettant que le tribunal n’ait pas diligenté une expertise indépendante sur les circonstances et les causes du déraillement du train Yaoundé-Douala, le 21 octobre 2016. En l’absence de plaidoiries de la défense, il ne restait donc au juge qu’à mettre en délibéré l’affaire. Le jugement sera rendu le 10 juillet prochain.

Ce n’est pas la première fois que la défense de Camrail fait une telle demande. Cette stratégie de défense semble également être la même pour les treize employés ou ex-employés de cette entreprise du groupe Bolloré qui sont accusés d’“homicide involontaire et activités dangereuses”. Et parmi les anciens employés appelés devant le juge se trouve l’ancien directeur général Didier Vandenbon,

Dès le 19 décembre 2016, la défense de Camrail demandait par courrier adressé au tribunal “la mise sur pied d’une expertise indépendante internationale”. Suite à cette demande, Camrail avait été déboutée, le tribunal estimant que les expertises déjà mises à la disposition du tribunal étaient suffisantes pour un jugement.

Tous les cinq rapports d’experts qui figurent déjà au dossier depuis novembre 2016 concluent à une responsabilité de l’entreprise ferroviaire dans la catastrophe, notamment en raison d’un présumé défaut de freinage et d’une présumée surcharge du train.

Camrail continue de mettre en doute la crédibilité desdits rapports. Dans une note d’observation adressée au tribunal en décembre 2016, (dont voici un extrait…)Note de Camrail remettant en cause la crédibilité du rapport des expertselle émettait des réserves sur l’indépendance et l’impartialité des experts, dont trois sont notamment d’anciens employés de l’entreprise, et demandait leur récusation. L’entreprise du groupe Bolloré affirmait en outre que leurs études contenaient “des informations erronées ou approximatives”.

Que relève le rapport d’expertise?

L’un des quatre rapports d’expert commandés par le Procureur général près la Cour d’appel du Centre, chargé de l’enquête menée conjointement par la police et la gendarmerie camerounaises pour le compte du tribunal d’Eseka indique que les données provenant de la boîte noire du convoi ayant déraillé le 21 octobre 2016 à Eseka, l’analyse de débris des voitures et les témoignages des acteurs et le déroulement des faits convergent sans équivoque vers une “responsabilité totale et entière” de Camrail.

“Selon les informations recueillies, le défaut de freinage de 13 des 17 voitures (dont 12 de série 1300 CSR et de fabrication chinoise, NDLR) serait connu de tous les opérateurs à Camrail”, écrit ainsi le spécialiste, dont Camrail a réclamé la récusation au motif qu’il était un de ses anciens employés.

Cet expert ajoute même que plusieurs incidents s’étaient déjà produits dans le passé à cause des mêmes anomalies, en mai et en juillet 2014 notamment, lorsque plusieurs conducteurs avaient perdu le contrôle de leur convoi.

Au-delà du problème de freinage, l’expert ajoute également que trois autres causes ont contribué au drame : la surcharge du convoi “en violation des capacités prescrites” (ce que conteste Camrail) et l’ajout de voitures “ayant parcouru plus de 600 kilomètres sans vérification fiable de leur état”, la “mise hors-service par les services d’entretien du système de frein rhéostatique de la locomotive” (qui aurait pu permettre de ralentir le moteur électriquement, NDLR), et la “non-prise en compte par la direction technique des réserves émises par les conducteurs”. Il ajoute: “Dans de telles conditions, la catastrophe était inévitable”.

En conclusion, la cause du déraillement est donc, “techniquement”, la survitesse du train. “Mais en réalité, celle-ci n’est que la conséquence des défaillances techniques connues de longue date, des erreurs graves et des décisions inconséquentes qui ont été prises lors de la formation du train et de son départ de la gare de Yaoundé, alors que son système de freinage était gravement défaillant”, explique l’expert.

Et la réponse de l’État camerounais?

La réaction du Cameroun

Avec Mathieu Olivier

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