Camrail

Vingt-et-un mois après la catastrophe ferroviaire d’Éséka, les procédures judiciaires lancées contre Camrail (entreprise du groupe Bolloré) n’ont toujours pas apporté de conclusions satisfaisantes aux familles des 79 victimes. Bien au contraire.

Le délibéré initialement prévu le mardi 10 juillet a été rabattu par le juge du tribunal de première instance d’Eseka. Et les débats renvoyés au 8 août. Ce nouveau rebondissement dans l’affaire Camrail est la conséquence d’une lettre écrite par Olivier Baratelli (défenseur des intérêts du groupe Bolloré) et transmise au juge par le cabinet Nyemb, représentant de Camrail dans le procès de la catastrophe d’octobre 2016.

Dans cette lettre, Olivier Baratelli, avocat français, s’invite dans le procès et intègre l’équipe de la défense. Ce faisant, il demande “le rabattement du délibéré et un renvoi d’audience afin qu’il puisse obtenir” un visa et agir pour son client devant le tribunal.

Qui est Olivier Baratelli?

Camrail Baratelli

Surnommé en France “l’avocat de la famille de France”, où il a longtemps plaidé pour les intérêts du comte de Paris, Henri d’Orléans, jusqu’à son décès en juin 1999, Olivier Baratelli a ensuite défendu plusieurs de ses enfants. Parmi lesquels Jacques d’Orléans (le duc d’Orléans). Ce dernier n’a jamais hésité à attaquer en justice la fondation mise sur pied par son père et qui protège les biens d’importance hérités des rois de France.

Dès 1998, lorsque Baratelli commence à défendre les intérês de plusieurs entreprises du groupe Bolloré, Il met en pratique ses compétences de spécialiste en droit pénal des affaires.

C’est à ce titre qu’il va défendre Vincent Bolloré et son groupe industriel au Cameroun. Ce procès qui oppose Camrail et treize de ses employés ou ex-employés — accusés d’“homicide involontaire et activités dangereuses”, dont l’ancien directeur général Didier Vandenbon — aux 79 victimes de la catastrophe du 21 octobre 2016 n’est pas prêt de prendre fin.

On se rappelle que durant l’audience du 27 juin dernier, l’avocat de la défense, Me Jacques Jonathan Nyemb, avait refusé de plaider, regrettant que le tribunal avait manqué de solliciter une expertise indépendante sur les circonstances du drame du 21 octobre 2016. Ce nouveau rebondissement dans le procès de Camrail s’inscrit, à l’évidence, dans la ligne droite de la stratégie de la défense: gagner du temps.

Pour Michel Janvier Voukeng, un des avocats des familles de victimes, ce rebondissement “n’est qu’une stratégie de la défense pour tenter de gagner du temps. Il cherche des incidents de procédure pour éviter une condamnation qui serait une véritable déflagration pour l’image de M. Bolloré”.

Dès le 19 décembre 2016, la défense avait demandé par courrier adressé au tribunal “la mise sur pied d’une expertise indépendante internationale”. Camrail avait toutefois été déboutée, le tribunal estimant que les expertises déjà mises à la disposition du tribunal étaient suffisantes pour un jugement. Camrail conteste la crédibilité desdits rapports, affirmant que ces études contiennent “des informations erronées ou approximatives”.

“Nous avons du respect pour le métier que nous partageons avec les avocats de la défense. Même s’ils n’avaient pas envie de s’exprimer lors de la dernière audience nous les écouterons le 8 août. Mais nous demanderons ensuite au juge de remettre l’affaire en délibéré”, conclut l’avocat des victimes de la catastrophe ferroviaire.

Leave a Reply

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.