Paul Biya

Paul Biya, 85 ans, dont trente-six au pouvoir, a déclaré vendredi 13 juillet, sur Twitter, être candidat au poste de Président. Une semaine plus tôt, il avait déjà annoncé la tenue de la prochaine élection pour le 7 octobre. Un septième mandat présidentiel d’affilé qui fera de lui le Chef d’État au règne le plus long dans le monde, juste derrière Teodoro Obiang Nguéma Mbasogo de la Guinée équatoriale, et loin devant Ali Khameni d’Iran.

Depuis plusieurs mois, ses soutiens le présentent comme le “candidat naturel” de la majorité. À l’évidence, sa candidature n’a donc jamais souffert d’aucun doute. Paul Biya, 85 ans, va ainsi briguer un septième mandat, en tant que candidat du parti du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).

Arrivé au pouvoir en novembre 1982 à la faveur de la démission de son prédécesseur, Ahmadou Ahidjo, le second président du Cameroun a, tour à tour, été élu en 1984 et 1988 sous le régime du parti unique; et après l’instauration du multipartisme en 1992, en 1997 et 2004.

En 2008, l’Assemblée nationale du Cameroun largement dominée par le parti au pouvoir supprime la limitation du nombre de mandats présidentiels. Ce qui va lui offrir l’opportunité de briguer un nouveau septennat en 2011.

Ses adversaires politiques lui imputent un bilan économique négatif ainsi qu’une mauvaise gestion des finances publiques et une corruption généralisée. Les statistiques les plus récentes (2014) montrent que 75 % de la population camerounaise a moins de 25 ans et n’a donc connu que Paul Biya comme président.

Ses principaux opposants et adversaires déclarés pour cette élection d’octobre 2018 sont:

  • Joshua Osih, candidat déclaré du Social Democratic Front (SDF, principal parti d’opposition),
  • Maurice Kamto, du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC),
  • Akere Muna (avocat et ancien vice-président de Transparency International).

Sans équivoque, tous accusent Biya d’être le responsable du “chaos” qui règne dans les régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest.

Question sécurité, en effet, Paul Biya doit aujourd’hui faire face à la montée des périls sur deux fronts : à l’extrême-nord toujours sous la menace de Boko Haram, et dans les régions anglophones de l’Ouest du pays où séparatistes armés et forces de défense et de sécurité s’affrontent depuis fin 2017.

La présidentielle, prévue le 7 octobre, va se tenir dans un contexte de violences quotidiennes dans les régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest qui risquent de perturber la scrutin. L’annonce du président Biya a été faite ce vendredi 13 juillet, au lendemain de l’attaque du convoi de son ministre de la Défense, Beti Assomo, par des séparatistes anglophones armés dans le sud-ouest. Le ministre Assomo y avait été envoyé par le Président camerounais pour évaluer la situation sécuritaire.

En dépit de cette attaque, Beti Assomo, le lendemain, devait se rendre dans l’autre région anglophone du nord-ouest. Dans ces deux régions — parmi les dix qui forment le territoire administratif du Cameroun — les affrontements sont quotidiens entre militaires, policiers et séparatistes armés.

Ces derniers affirment vouloir rétablir dans un État indépendant pour la “dignité” d’une minorité anglophone qui se sent marginalisée par le pouvoir central de Yaoundé, essentiellement francophone.

Depuis fin 2017, ces séparatistes, éparpillés en divers groupes, s’en prennent sans relâche aux forces de l’ordre et de sécurité, mais aussi aux symboles de l’administration comme les fonctionnaires qu’ils enlèvent, et les écoles qu’ils incendient.

Plus de 80 membres des forces de sécurité ont perdu la vie depuis le début du conflit qui a également entraîné le déplacement d’environ 195’000 Camerounais fuyant les violences, dont quelque 34’000 ont trouvé refuge au Nigeria voisin.

Ce conflit armé de plus en plus violent, dans lequel les forces armées et de sécurité sont accusées par plusieurs défenseurs des droits de l’homme d’exactions graves, fait parti du bilan globalement négatif de 35 ans de règne de Paul Biya à la tête du Cameroun.

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