Nicolas Hulot

Nicolas Hulot, ministre français de la transition écologique et solidaire, a annoncé son départ du gouvernement sur France Inter mardi 28 août. “Je prends la décision de quitter le gouvernement”, a-t-il affirmé, ajoutant : “Je ne veux plus me mentir.”

Il a assuré ne pas avoir prévenu ni le président français Emmanuel Macron, ni son Premier Ministre Edouard Philippe, de sa décision de quitter son poste : “C’est une décision entre moi et moi.”

Mais, le fait est qu’en annonçant son départ du gouvernement, Nicolas Hulot met Emmanuel Macron au pied du mur face à ses engagements, en particulier sur le climat. Plus important encore, sa démission démontre que l’activisme ne prospère pas pendant longtemps sur le terrain de la politique.

Longtemps considéré comme l’animateur de télévision le plus regardé de France, Nicolas Hulot a le sens du spectacle et de la mise en scène. Il sait dramatiser, et avoir les mots qu’il faut. Son annonce de sortie du gouvernement, en direct lors de l’émission matinale de France Inter, et sans en avoir, dit-il, informé auparavant le président français et son chef du gouvernement, correspond donc parfaitement à son style.

Le ministre de la Transition écologique et solidaire avait besoin d’un coup d’éclat pour redorer son blason, après des mois à patauger dans les arbitrages politiques difficiles. Son sens de la dramaturgie médiatique ne peut pas être dissocié du fond de sa décision.

“C’est une décision personnelle qu’il a prise. Si j’ai choisi Nicolas Hulot il y a quinze mois, c’est parce qu’il est entre autre un homme libre et donc je respecte sa liberté.” a déclaré le Président Macron.

Ancien homme des medias devenu politicien

Son message, en revanche, sanctionne deux erreurs. La première fut la sienne. Crédité par les spécialistes du dossier climatique pour son activisme sincère et son lobbying avant la Conférence sur le climat de Paris, en décembre 2015, Nicolas Hulot a cru que son expérience comme conseiller écologique du président sous le quinquennat Hollande lui avait permis de maîtriser les codes et les règles intraitables de la politique. Erreur grave.

Sa candidature présidentielle avortée de 2012, conclue par sa défaite à la primaire des Verts face à l’ex-juge Eva Joly, lui avait pourtant démontré avec éclat que la politique est d’abord, toujours, un rapport de force. Or cette réalité demeure. Sa familiarité personnelle avec Emmanuel Macron – tous deux conseillaient François Hollande – et son volontarisme ont, depuis sa nomination ministérielle en juin 2017, vite buté sur d’insurmontables écueils. Le poids de la raison financière et économique. Le virage vers la droite du gouvernement français mené par le juppéiste Edouard Philippe. Et la pression médiatique, devenue machine à broyer après les révélations sur les accusations de harcèlement et de viol relayées à son sujet par le défunt hebdomadaire Ebdo.

Leader naturel et charismatique, Nicolas Hulot ne dominait plus les débats. Il redoutait la presse. Il se barricadait derrière sa communication. Le ministre de la Transition écologique, attaquant naturel, ne jouait qu’en défense.

La seconde erreur que sanctionne ce départ est celle d’Emmanuel Macron. Politiquement, l’entrée de Nicolas Hulot au gouvernement était, au lendemain des législatives de juin 2017, un coup de maître. Le président, résolu à incarner à la fois le centre, la modernité sociétale, le réalisme économique et l’engagement européen (pilier de son discours de rentrée devant les ambassadeurs français lundi), croyait avoir trouvé le trait d’union qui lui manquait avec la frange écolo-alternative-intelligente de la société française.

Autre erreur grave. Cette France-là n’a jamais été celle du technocrate Macron, plus à l’aise avec les banquiers et les diplomates qu’avec les activistes du climat, même si sa riposte initiale au renoncement de Donald Trump, en juin 2017, en anglais depuis l’Elysée, fut courageuse et éclatante. Pire: Macron est lui aussi un animal médiatique qui cherche la lumière. Sur la scène politique, les deux hommes se sont retrouvés inéluctablement rivaux.

L’activiste parti, l’écologie redevient une cause accessoire

La leçon de ce départ abrupt de Nicolas Hulot est que la traditionnelle politique française reprend ses droits à vitesse grand V. Le rassemblement macronien est embourbé dans les réalités économiques, et bloqué par les populismes européens. L’Elysée aimerait croire à un possible agenda vert-libéral, capable de transcender les clivages et de transformer l’écologie et la lutte contre le réchauffement climatique. Mais la France reste verrouillée par de puissants lobbies, dont celui du nucléaire. L’écologiste vétéran Daniel Cohn Bendit l’a compris, en prenant rapidement ses distances avec Macron, dont il continue toutefois de soutenir la ferveur européenne. La démission de Nicolas Hulot est donc avant tout un constat d’échec.

Reste la société française. Hulot avait pour lui cette capacité incontestable à se faire comprendre simplement, à incarner un combat écologique débarrassé de ses accents gauchistes et révolutionnaires, à être une figure populaire. Va-t-il manquer? Pas sûr. Et échec là aussi. Son année ministérielle l’a usé. L’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, cher aux écolo-alternatifs, n’a pas été compensé par des avancées vertes fracassantes. Le «plan climat» d’Emmanuel Macron est naturellement tributaire de la donne internationale. Sans parler de sa réputation, ternie de toute façon par les accusations féminines lancées contre lui à l’heure de #MeToo.

Nicolas Hulot avait beaucoup de cartes en main. Son nom circulait comme possible tête de liste macronienne aux prochaines élections européennes de mai 2019. Mais l’homme de télévision a, finalement, perdu la partie sur le terrain qui est le sien: celui du public. Faute de convaincre l’opinion, faute de résultats, sa présence sur la scène politique finissait par être ce qu’il avait toujours redouté: un alibi et un accident “climatique”.

Quelques heures après son annonce, l’Elysée, dans un communiqué, estime que M. Hulot peut être “fier de son bilan” à la tête du ministère. La présidence française a fait savoir qu’il y aurait “un remaniement mais pas dans l’immédiat”.

L’ex-ministre assure avoir longuement mûri sa décision pendant l’été et s’être finalement décidé lundi soir. Pour autant, il n’avait initialement pas prévu de le dire en direct à la radio. Thomas Legrand, éditorialiste politique à France Inter, raconte les coulisses de cette annonce :

“Il avait décidé de démissionner et de l’annoncer dans quelque temps, histoire de faire fructifier ce moment d’influence politique. Mais en rentrant dans le studio, il a visiblement changé d’avis. Ses collaborateurs se sont décomposés. À la sortie du studio il m’a dit qu’il avait décidé de l’annoncer tout de suite. On a senti pendant l’interview qu’il arrivait au bout de ses contradictions. (…) On a vécu un moment de vérité politique.”

Avec Richard Werly

 

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