CEMAC

L’Afrique change. Son économie aussi. Mais, pendant que l’économie du monde entier rompt avec les équilibres sur lesquels elle s’est construite depuis l’avènement des institutions de Bretton Woods, la finance africaine n’a subi aucune transformation en profondeur.

Bien au contraire, la diversification des sources de financement est quasiment inexistante. Seuls, les modes de paiement ont marginalement évolué. Ce qui n’a rien enlevé à la vulnérabilité fondamentale de l’économie africaine.

Comme exemple, cette vulnérabilité se vérifie par le fait que ces six économies de la CEMAC (Cameroun, Gabon, Guinée équatoriale, Centrafrique, Congo, Tchad) ne sont pas passées loin de la catastrophe en 2017. La chute spectaculaire des cours du pétrole à partir de 2014 a non seulement cassé la croissance, mais aussi déséquilibré gravement les budgets des États, aggravé les déficits des comptes courants et surtout asséché les réserves en devises, qui sont tombées pour l’ensemble de la communauté à 3 mois d’importations de biens et services ($ 4 milliards) au mois de décembre 2018, le Tchad n’ayant plus rien en caisse.

Le couteau sous la gorge et menacés d’une dévaluation de leur monnaie commune, le franc CFA, les six États ont taillé dans leurs dépenses, notamment en matière d’investissements. L’aide du FMI et des bailleurs de fonds continue de leur permettre de gagner du temps.

Alors, se pose la question: face aux défis du financement et du développement de leur secteur financier, que peuvent faire les pays africains et, notamment, le Cameroun et la CEMAC, pour s’inscrire dans le processus de transformation des économies et intégrer définitivement le cercle des économies émergentes?

De toute évidence, les économies africaines peinent encore à créer une finance capable de jouer pleinement son rôle.

Dans la zone CEMAC, par exemple, les six pays qui y partagent le Franc CFA restent incapables de connecter efficacement leurs épargnants. De fait, cette sous-région n’a toujours pas été capable de ramener à la seule ville de Douala (siège de la Douala Stock Exchange) la bourse des valeurs mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) de Libreville — initiative pourtant approuvée depuis 1999 par la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) et recommandée à la COSUMAF par le cabinet Roland Berger depuis 2016.

En effet, une analyse rapide des masses financières des pays sous la supervision de la COSUMAF estimait en 2016 à 1’000 milliards de Franc CFA ($1.8 milliards) la capacité d’émissions par an à l’horizon 2020.

Sur le seul marché camerounais, la Société Générale, la BICEC et Afriland First Bank dominent 75% du marché, de par leurs chiffres d’affaires cumulés. Sur les 13 banques autorisées par la COBAC à y exercer, ces chiffres montrent un marché financier dominé par un secteur fortement sous le monopole des capitaux étrangers, en majorité.

La modeste taille des intermédiaires bancaires et des investisseurs, principaux animateurs des marchés financiers, a pour corollaire une stagnation, voire une régression, des capitalisations boursières ainsi qu’une faiblesse structurelle de la liquidité des marchés. Toutes choses qui n’enthousiasment guère de nouveaux investisseurs.

Pour transcender cette atonie de la finance dans la zone CEMAC, la solution passe par un changement total de modèle. Il s’agit tout d’abord d’instaurer la confiance des investisseurs comme de l’ensemble de l’écosystème dans les marchés financiers.


Cela passe par la mise aux normes internationales des leviers essentiels à la confiance : conditions d’information et d’accès aux marchés financiers, transparence et gouvernance des marchés et des entreprises et, enfin, protection des investisseurs. Une deuxième étape consisterait à mettre en liaison ces marchés avec des infrastructures de marchés internationaux, ce qui garantirait la pérennité d’un tel système de transparence, de bonne gouvernance et de protection des investisseurs.

Ailleurs sur l’Ile Maurice, par exemple, l’on expérimente une transition similaire, avec des résultats prometteurs, notamment en matière d’attractivité pour les investisseurs internationaux. Il conviendrait bien évidemment d’accompagner ces évolutions par la mise en place de véhicules d’épargne longue, à la fiscalité incitative.


La zone CEMAC a tout à gagner à s’inscrire dans un tel processus. Cela d’autant qu’elle ne dispose pas encore d’atouts nécessaires pour rassurer les potentiels investisseurs internationaux intéressés par son marché financier.

La mise sur pied d’institutions financières solides et une volonté politique forte de développer le secteur financier devraient dès à présent servir de moteur pour conduire les nombreuses initiatives qui doivent être lancées, en particulier dans le domaine monétaire.


La transformation de la finance, notamment des modèles financiers, la digitalisation, la mise sur pied d’une monnaie digitale (l’e-Franc CFA, par exemple) pourraient également représenter un levier accélérateur de la financiarisation des économies de la CEMAC, en particulier au Cameroun.

Enfin, une Bourse régionale installée à Douala faciliterait grandement la concentration de la liquidité, notamment internationale, dans la zone CEMAC qui, à bien des égards, offre un potentiel d’attractivité, de croissance et de développement parmi les plus importants d’Afrique.

C’est d’ailleurs la seule réponse ambitieuse que le leadership de la sous-région peut apporter, en réponse au rapport du FMI qui souligne que l’Afrique subsaharienne est mal préparée à la montée des risques présentés par les tensions commerciales provoquées par les États-Unis .

La mobilisation des ressources domestiques par l’impôt ou par l’épargne y étant trop faible pour qu’ils y trouvent les moyens de leur développement et leur éviter de s’endetter dangereusement, le Cameroun et la zone CEMAC n’auront bientôt plus d’autre choix que d’opter pour la modernisation de leur marché financier et la digitalisation de leur économie.

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